07-05-2021 10:35 - Mauritanie: Mécontent de contreperformances de ses ministres, le Président tape du poing sur la table
Senalioune - Assagi par une opposition en Mauritanie qui ne cesse de pondre jour après jour, des communiqués pour critiquer avec virulence les revers du gouvernement du Président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani, celui-ci commence à prendre conscience de cet état de fait et mettre en question l’authenticité des présumés appréciables bilans à mi-parcours présentés et défendus par ses ministres.
Abstraction faite de l’activisme embarrassant et troublant mené tambours battant par l’ex Chef de l’Etat Mohamed Ould Abdel Aziz et ses partisans, qui pourront trouver leur bête égarée, dans les fiascos du gouvernement de son successeur Ould Ghazouani, l’homme fort de Nouakchott se trouve aussi confronté à des élans de protestation multiples et persistants.
On peut citer à titre d’exemple la menace de grève brandie par les enseignants, les protestations au niveau du Tagant contre l’intention du gouvernement d’annuler le projet de construction d’une université dans cette région éloignée, la grogne des infirmiers de la Covid et des employés de la SNIM et la pauvreté extrême qui continue d’étaler ses tentacules sans compter les problèmes liés à l’accès à l’eau et à l’électricité.
Ce tout, dont on vient de citer seulement la partie émergée de l’iceberg, se trouve également plombé par la pandémie de la Covid-19 dont un variant de la souche britannique avait été officiellement détecté dans le pays, accompagné d’aussi une recrudescence spéctaculaire des contaminations au coronavirus enregistrée ces derniers jours en Mauritanie, notamment au niveau du Guidimakha et suscitant un état de panique.
Avec un tel tableau sombre, la réunion du Conseil des ministres de mercredi passé, 5 mai courant, ne pouvait aucunement se tenir, en fermant les yeux sur ces revers, surtout qu’aucun indicateur, minime soit-il, ne montre une chance sur cent du gouvernement de sortir du bourbier dans lequel il continue de s’enliser.
Et comme revers de la médaille, on voit des ministres bavards, roulant dans des voitures luxueuses, s’enrichir sur le dos de l’Etat et gérant leur département comme une société privée où la priorité de recrutement est donnée aux proches, aux amis.
Pour s’en assurer, il suffit de revisiter les mesures individuelles prises le mercredi passé qui montrent cette pagaille érigée en système par les ministres mauritaniens experts dans l’art de l’affairisme personnel.
Ainsi si pour dire, le grand tort de l’irréprochable et patriotique Président Ghazaouni, qui n’a pas encore fini les deux premières années de son mandat de 5 ans seulement, est incontestablement d’avoir donné carte blanche à des ministres qui n’ont cessé de briller par leur médiocrité, en dépit des moyens énormes mis à leur disposition pour mener à bien leur mission loin de toute ingérence.
Même les meilleurs ministres susceptibles de créer la différence dans l’équipe gouvernementale, et il y en a, n’ont pu faire avancer leur portefeuille dans une action d’ensemble appelée à évoluer de manière globale et harmonieuse.
Même les visites marathoniennes menées ces dernières semaines par le Premier ministre Mohamed Ould Bilal pour mobiliser le gouvernement et exiger des résultats concrets n’ont pu tirer les ministres de leur hibernation et de leurs contreperformances.
Si les nouvelles relatives à un possible remaniement gouvernemental sont restées jusqu’à hier peu crédibles, elles deviennent aujourd’hui une exigence populaire pour un Président qui a prouvé toutes ses aptitudes d’homme d’Etat par excellence, mais qui peine toujours à trouver dans le marécage politique mauritanien des cadres compétents, dévoués et engagés, loin de toute démagogie et de tout populisme à l’image des ministres de la santé Nedhirou, des finances Ould Dhehby et des affaires économiques Kane Ousmane, pour ne citer que ceux-ci.
Le coup de balai est incontestablement imminent pour insuffler un sang neuf au gouvernement afin de pouvoir relever le défi que représente la matérialisation des engagements électoraux du Président Ghazaouni dont le mandat s’éloigne au galop.
C’est donc dans cette atmosphère de contreperformances des ministres que le Président Ghazouani a tapé pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, du poing sur la table.
Et pour joindre l’acte à la parole, en illustration de ce mécontentement, il fit savoir sans détours aux ministres leurs échecs et quitta la réunion gouvernementale terminée en queue de poisson, comme en atteste l’absence de résultats à commenter dans la traditionnelle conférence de presse médiatique en raison de ce conclave agité.
Le Président va-t-il alors servir ? Beaucoup d’observateurs pensent qui oui, puisque condamné à des résultats face à un mandat qui s’estompe à grande vitesse.
Vrai ou faux ?
Wait and see...
Par
Mohamed Mohamed Lemine
