27-05-2021 12:33 - Etude de Cas : la balle de Tweila. Un passé simple très compliqué (Troisième partie)

Etude de Cas : la balle de Tweila. Un passé simple très compliqué (Troisième partie)

Mohamed Chighali - Aziz, un blessé VIP accusé par des rumeurs à variantes multiples.

Pendant que le président mauritanien admis en service de réanimation à hôpital militaire de Percy se battait contre la mort, les rumeurs de plus en plus fantaisistes envahissaient la capitale. Pour étouffer ces rumeurs, l’auteur de la « supposée » bavure militaire a été présenté au public sur le plateau de la télévision nationale pour donner sa version des faits.

Sa déclaration, version militaire officielle de la bavure, allait faire une autre « bavure » plus grave encore. Racolage de mensonges et de contre-vérités, cette « bavure » au lieu de calmer le jeu, allait ouvrir la voie à de nouvelles rumeurs de plus en plus folles que chacun taillait au goût de son imagination, (ce que dira d’ailleurs plus tard Ould Abdel Aziz sur les antennes de France 24). Chacun de son côté, au lieu d’éteindre l’incendie jetait de l’huile sur le feu.

Avant minuit, le 13 octobre 2012, déjà toutes variétés de rumeurs façonnées les unes et les autres au gout de leurs auteurs circulaient dans tous les sens. « Tentative de coup d’état », « Tentative d’assassinat préméditée », « Règlement de compte », « Scène de jalousie ».

Toutes les rumeurs qui circulaient évoquaient soit l’une soit l’autre des ces causes. Avant que la « version officielle », celle de Hamdi Ould Mahjoub porte-parole du gouvernement ne parvienne forcer le passage pour essayer de prendre la dominante sur toutes les autres versions, chacun y est allé au gout de sa haine pour Ould Abdel Aziz.

Les langues les plus méchantes avaient évoqué un drame conséquence d’une scène de jalousie. Selon cette version à laquelle tous les ennemis de Ould Abdel Aziz en déficit de « colportage » de rumeurs voulaient faire croire et privilégiaient, le président Aziz aurait été pris en flagrant délit par un homme avec sa femme. Alors, selon la version, le mari fou de rage aurait tiré sur le président. Mais, petit à petit, les gens ont fini par admettre que cette histoire n’était qu’une imagination fantaisiste répandue plutôt pour « dénigrer » un chef d’état qui était devenu de plus en plus invivable à cause de son tempérament agressif et de sa folie de grandeur démesurée. Ould Abdel Aziz, qui pouvait s’il le voulait, par ses moyens et son influence, prendre une femme mariée et l’amener aux iles Bahamas pour un instant de plaisir, ne pouvait pas commettre une telle imprudence. Une déduction donc logique qui a poussé beaucoup à douter de cette version.

Ould Abdel Aziz était un militaire. Il est vrai que dans les « mœurs » des militaires, avoir un penchant pour les femmes n’est pas considéré comme un défaut, mais plutôt comme une qualité qui est d’ailleurs incarnée par une vieille tradition dans le corps.

Autrefois au sein des unités, un dispositif abrégé par BMC – (dont je vais sauter la traduction par respect pour certains de mes lecteurs)- accompagnait officiellement les unités. Ce BMC permettait aux soldats d'avoir aisément et à convenance des relations avec des « travailleuses » d’un « genre un peu spécial » utilisées pour remonter le moral des hommes de troupes.

Les BMC étaient adaptés aux lieux, à la nature des opérations et aux circonstances. Ils avaient quasiment disparus après la Seconde Guerre Mondiale. Cependant même après les années 45, la Légion Etrangère restée très attachée à cette tradition avait fait de la résistance en gardant quelques-uns. Les deux derniers BMC qui opéraient encore étaient celui de la Guyane fermé en 1995, et celui de Djibouti fermé en 2003.

En Mauritanie à l’époque coloniale Il n’y avait pas officiellement de BMC contrairement à certains pays comme le Maroc ou l’Algérie. Mais généralement, chez nous, aux abords des camps militaires ou non loin des casernes, on trouvait quelques fois des « vendeuses de plaisir à bas coût » où les soldats pouvaient se rendre s’ils le souhaitaient pour mettre leurs « carnets de tirs à jour » comme ils disent dans leur jargon.

C’était le cas d’Atar où, aux alentours du camp « Ghanemrite » (déformation linguistique de camp américain) et du camp « Kenewal » (déformation linguistique de camp Noel), les bidasses pouvaient jeter « l’encre de leurs vaisseaux ». A Atar, cette ville où sont passés des militaires français, américains, marocains et des tirailleurs de multiples nationalités africaines (appelés Mochis), on retrouve encore de nos jours quelques vestiges des traces ADN de ces bidasses de l’époque coloniale qui animaient les nuits « chaudes » des veillées nocturnes des hauteurs de l’Adrar.

C’était aussi le cas d’Aioun, une petite ville blottie dans le creux d’une chaine de montagnes créée en 1945 par le chef général de la tribu guerrière des Oulad Nasser, Ethmane Ould Bakar. Aioun à cette époque dépendait territorialement du Soudan français érigé en colonie française de 1921 à 1958. Le camp militaire de cette ville construit les années 45 portait le nom du français François Merlo, sergent des FAFL « Forces Armées Françaises Libres ». Ce camp avait une « entrante » qui ouvrait le passage sur deux tentes dressées à une centaine de mètres seulement de la porte du camp. Sous ces tentes, les bidasses de l’armée de la communauté se rendaient pour « vider leurs chargeurs ».

Ould Abdel Aziz, beau, séducteur, très riche, puissant, très célèbre mais pas accrocs des femmes.

En 2012, le Général Aziz, l’ancien président était âgé de 56 ans. Il était pratiquement le plus beau des chefs d’état des pays de l’Afrique de l’Ouest. A cette époque, en exercice, il était déjà très très riche et détenait entre ses mains tous les pouvoirs. Ces éléments étaient suffisants pour lui permettre d’obtenir tout ce qu’il voulait et même de s’autoriser des « virées » présidentielles osées où il voulait, quand il voulait et avec qui il voulait. Il est vrai que dans les conversations de la rue et dans les salons on a toujours dit et on le dit encore, que Ould Aziz avait beaucoup de penchants pour les femmes.

Ce n’est pas surprenant de la part de tout bon militaire. Et ce n’est surtout pas surprenant de la part de tout mauritanien. Dans ce pays de 2.600.000 femmes musulmanes arabo-berbères et négro-africaines toutes très belles, ce penchant pour les femmes, on le retrouve aussi bien chez le vendeur de la menthe du carrefour Aziz à Dar Naime que chez l’Imam de la mosquée qui a accompli sa Oumra et son Hajj. On le retrouve également aussi chez l’enseignant coranique qui se considère généralement plus proche de dieu que des femmes. Il n’est donc pas impossible que cette histoire de penchant de l’ancien président pour les femmes soit vraie ce qui, après tout, peut ne pas être surprenant pour son cas si l’on suit son parcours d’adolescence.

Ould Abdel Aziz est né à Fort Repoux, une petite cité minière, baptisée sous ce nom en 1936 en hommage au Capitaine Henri Repoux mort en Mauritanie en 1908. Cette petite ville dont les habitants sont très pauvres et ne vivent que des « retombées » de l’exploitation de la mine de cuivre est très célèbre. Au moment de l’adolescence de l’ancien président, les jeunes femmes de cette cité minière, toutes jolies pratiquement avaient déjà une longueur d’avance dans le domaine l’émancipation de la femme par rapport à d’autres villes du pays. Et le bon souvenir que certaines personnes gardent d’Akjoujt cette charmante petite ville bâtie sur le métal précieux est sa Mafia des années 70. Une Mafia qui « n’écoulait pas la drogue » mais écoulait le feu et la flamme d’une popularité qui a atteint les sommets les plus hauts du succès et de la popularité des femmes libérales.

L’ancien président avait parait-il aussi passé une partie de sa jeunesse à Louga une ville de charme et de toutes les libertés où, en 1869, le célèbre résistant du Damel du Cayor avait lancé une attaque contre les français. Cette bataille, très grande défaite pour chef guerrier s’était soldée par la mort de 600 de ses hommes et la perte de 150 de ses chevaux. 21 hommes de l’armée coloniale ont été tués au cours de cette bataille, l’une des plus célèbres qui ont été conduites par Lat Dior Ngoné Latyr Diop, résistant sénégalais et roi du Cayor. Un résistant qui avait lutté toute sa vie contre les volontés expansionnistes des autorités coloniales françaises. Malheureusement de nos jours Louga qui, par le passé avait attiré les populations musulmanes éprouvées par les exactions des Tiédos, fait encore de la résistance mais cette fois pour faire face aux mœurs légères de certaines de ses femmes. Si L’ancien donc le président ne déteste pas les femmes, c’est compréhensible. Sa jeunesse été partagée entre Akjoujt une ville dont la civilisation est centenaire et Louga une ville en avance sur son époque.

Aziz un président comme les autres mais plus préoccupé par la richesse que par les femmes.

L’ancien président mauritanien comme certains chefs d’états de sa génération a peut-être un penchant pour les femmes à cause des séquelles d’une jeunesse libérale et à cause de ses chromosomes de bon soldat. En tous cas, jusqu’en octobre 2012, date de l’incident de Tweila, jamais le nom de Ould Abdel Aziz n’avait été évoqué dans un scandale quelconque de mœurs légères contrairement à d’autres chefs d’états. Certains de ses amis chefs d’états étaient distingués pour leurs goûts excessifs pour les femmes. Yaya Jammeh de la Gambie, (trois femmes, des dizaines de maitresses et des enfants hors mariage). Le roi Swati du Sawaziland, celui qui avait fait défiler devant lui en 2012, 82.000 filles vierges les seins nus pour en choisir une comme épouse. Ce roi est marié à 15 femmes, il a 24 enfants et il dépense 22 millions de dollars par an pour entretenir sa cours royale. Jacob Zuma de l’Afrique du Sud, appelé aussi « l’obsédé » il est marié à 4 femmes il a 20 enfants et ses maitresses ne comptent plus. Il avait été accusé d’un viol. Mouamar Khaddafi, l’icône africaine. Il avait deux femmes et une tente traditionnelle véritable guichet de la Banque Centrale Libyenne. Certaines femmes de chefs d’états ont laissées l’odeur de leur parfum sous sa tente. Ngnassingbé Eyadéma du Togo père de nombreux enfants hors mariage qu’il a reconnus tous. Les noms de tous ces chefs d’états que je viens d’énumérer figurent au classement du top 10 des chefs d’états africains qui ont le plus de relations particulières avec les femmes. Dans ce classement publié par la chaine d’alerte numérique en ligne TOP AFRIC, le nom du président Ould Abdel Aziz ne figure pas. Par contre son nom figure au classement des dix chefs d’états africains les moins diplômés, mais considérés les plus puissants. Ould Abdel Aziz est un chef d’état très riche (il le dit lui-même). Pendant tout son règne il était beaucoup plus préoccupé par le rêve de devenir l’un des chefs d’états africains les plus riches. A son départ du pouvoir il était arrivé en pole position des chefs d’états du Sahel les plus riches, sans avoir touché aux finances du trésor public ou aux dollars de la Banque Centrale de son pays. L’origine de sa fortune pose des interrogations. Par quels moyens, quelles méthodes et quelles techniques il a accumulé cette fortune, jusqu’au moment ou j’écris cet article il refuse de s’expliquer attendant le moment venu.

Des rumeurs sans fondements pour rendre floue l’image d’un président d’une popularité inouïe.

Il n’y a donc aucune raison qui pouvait pousser à croire à cette version de scène de jalousie d’un mari qui aurait surpris sa femme en flagrant délit d’adultère. Tout, par contre porte à croire que cette version de la « scène de jalousie » avait été orchestrée et amplifiée par des politiciens surtout pour nuire à l’image d’un président qui devenait de plus en plus célèbre, qui faisait des émules et des jaloux. Dans son entretien accordé à France-24, l’ancien président avait dit que certains (que lui-même a forgés) font de la politique politicienne. Et se sont ceux-là mêmes qui ne parvenaient pas à l’éliminer politiquement qui se sont donnés pour activité d’essayer de l’éliminer en le dénigrant sur les antennes de la rue au moyen d’informations dénuées de tout fondement.

On avait également laissé circuler une rumeur selon laquelle une altercation aurait eu lieu entre l’ancien président et une femme avec laquelle il entretenait certaines relations. La version rapportait que, par esprit de vengeance de la femme, cette altercation s’était terminée par la blessure du président par arme blanche. Jusqu’à cette date aucune preuve matérielle n’a pu être avancée pour crédibiliser cette rumeur. Et, étant donné que le président, le 13 octobre 2012, n’avait pas été admis aux urgences de l’hôpital militaire pour la pose de quelques points de sutures, cette version a été écrasée, parce qu’elle ne reposait sur aucune logique.

Donc, toutes les rumeurs, (celle de la scène de jalousie et celle de l’altercation) avaient été abandonnées comme ont été abandonnées les rumeurs qui évoquaient la nuit du 12, aux premières heures du drame, une « tentative d’assassinat » attribuée à Aqmi ou une « agression » commanditée par une main étrangère.

Pour mettre fin à toutes les rumeurs qui volaient dans tous les sens, l’auteur de la « supposée » bavure militaire avait été invité le 21 octobre 2012, sur le plateau de la télévision nationale pour rapporter les faits tels qu’ils se sont déroulés. Cette déclaration version militaire, au lieu d’arrêter les « ont dit » des commentateurs de la rue qui s’acharnaient sur la personne de l’ancien président, avait relancé les rumeurs de manière encore plus persistante et plus folle.

Des déclarations qui se contredisent.

Pour mieux comprendre, il est important de revenir sur les éléments dans un ordre chronologique. Le porte-parole du gouvernement Hamdi Ould Mahjoub s’était exprimé sur la question dans la nuit du samedi 13 au dimanche 14 dans une brève déclaration de 20 secondes au micro de Zeineb Mint Errebih notre consœur de la Chaine El Jazzera. Dans cette déclaration improvisée, il avait affirmé que le tir provenait de l’arme d’une personne « amie » et non de celle d’une personne « ennemie ». Sans entrer dans des détails, et sans expliquer qu’est-ce qu’il entendait par « ami » et « ennemi», il avait ajouté qu’il profitait de l’occasion pour porter à la connaissance de tous les téléspectateurs de la chaine El Jazzera en Mauritanie et d’ailleurs qu’au moment de sa déclaration, le président se trouvait dans un « excellent » état de santé. Ce qui avait poussé Zeineb Mint Erebih à se poser la question de savoir, comment se faisait-il que le porte-parole du gouvernement parle de la « très bonne santé du président » au moment même ou ce dernier venait de subir une délicate intervention chirurgicale d’urgence qui avait duré 3 heures et demi d’horloge pour sauver sa vie.

Par rapport au lieu du « supposé » drame, la déclaration du porte parole du gouvernement n’avait pas, et pas du tout semble t-il, convaincu El Housseine Ould Imidou, l’un des meilleurs journalistes chroniqueurs du pays, l’actuel président de la Hapa. A l’époque analyste politique indépendant, sur les antennes d’El Jazzera El Housseine Ould Imidou s’était posé la question pertinente de savoir comment se faisait-il que le président blessé aux environs de Tweila (40 kilomètres), soit arrivé à l’hôpital militaire sans sa garde rapprochée et sans escorte sécuritaire ? Et pourquoi, s’interrogeait Ould Imidou, étant donné qu’il était passé par plusieurs postes de contrôles situés sur cet axe, (dont la gendarmerie en poste fixe à 25 km de Nouakchott et la police en poste permanent à la limite territoriale de la capitale), il n’avait pas été escorté par des éléments de l’un ou l’autre de ces postes. El Housseine Ould Imidou, très bon analyste, semblait vouloir sous entendre que le président n’avait pas été blessé aux environs de Tweila mais plutôt dans un rayon de moins de 10 kilomètres.

L’analyse du journaliste El Housseine Ould Imidou était très pertinente. Elle était pertinente parce que si, dans la réalité l’incident ne s’était pas produit aux environs de Tweila comme semble le confirmer plusieurs contradictions, pourquoi le président de la République, avant de perdre connaissance, avait-il donné le ton pour « faire croire » que « l’accident » avait eu lieu aux environs de Tweila, (40 kilomètres au nord de Nouakchott) et que sa blessure était la conséquence d’une bavure militaire accidentelle?

Est-ce qu’en précisant « bavure militaire » pour parler de la cause, et « environs de Tweila » pour indiquer le lieu de l’incident, le président ne cherchait pas à éloigner des soupçons sur les causes réelles de sa blessure et sur le lieu exact de l’incident ? Si oui, pourquoi ? Et si c’était le cas, qu’est ce que le président cherchait-il à cacher ? Et à qui ? A sa famille ? A l’opinion publique nationale ? A l’opinion et internationale ? Et pour quelle raison ? Il est difficile de donner des réponses à ces questions.

Mais en tous cas, l’étude de ce cas va essayer d’aider à démontrer que la version dite « balle de Tweila » cachait quelque chose à cause de ses multiples incohérences, ses contre-vérités et ses nombreuses contradictions.

La balle de Tweila version à la « Jeune Afrique ».

A certaines questions qu’on se posait à l’époque et que certains se posent encore aujourd’hui, les réponses peuvent être trouvées dans la narration des faits signée de Justine Spiegel dans la revue Jeune Afrique du 29 octobre 2012 sous le titre : « Mauritanie, Ould Abdel Aziz blessé, le récit d’une méprise présidentielle ». Cet article était paru 15 jours après l’admission du président aux services des urgences de l’hôpital militaire de Percy. Selon la version de notre consœur Justine Spiegel qui donnait l’impression de raconter (ce qu’on lui avait peut être demandé de raconter), quand «le président Ould Abdel Aziz avait aperçu un véhicule qui lui barrait la route, il avait fait plusieurs appels de phares pour qu’on lui cède le passage. Selon elle, au lieu de dégager, le véhicule s’était arrêté bloquant le passage. Face à la situation, (toujours selon elle), le président avait foncé à toute allure en forçant le passage. Dès que le véhicule du président avait dépassé la « patrouille », -toujours selon Justine-, le lieutenant Ould Ahmedou s’était retourné et avait tiré plusieurs rafales en direction du véhicule. Treize balles avaient atteint la voiture. L’une des balles avait traversé le coffre de la voiture, puis le siège du conducteur, avant d’atteindre le président Aziz à l’abdomen et de ressortir ». Toujours selon notre consœur, « quand le second véhicule (un GX ) est passé à côté de l’Avensis sans s’arrêter, le lieutenant avait tiré aussi une autre rafale en direction de ce deuxième véhicule ».

Pourtant dans sa narration des faits à la télévision, l’auteur de la bavure Ahmedou n’avait à aucun moment évoqué ce tir sur le second véhicule qui était celui de l’escorte du président. Par contre le lieutenant avait dit « lorsque le second véhicule est passé, j’ai sécurisé mon arme et appelé mon supérieur pour lui rendre compte que je venais d’ouvrir le feu sur un convoi de véhicules suspects ».

Si en principe, le véhicule d’escorte qui suivait le véhicule du président était celui de sa sécurité rapprochée, ses gardes de corps auraient dus apercevoir l’Avensis et le lieutenant qui tenait une arme à la main. Il est impossible que les gorilles du président ne se soient pas aperçus de l’Avensis puisque le « tireur », (le lieutenant) avait dit lui-même à la télévision, que le second véhicule (celui donc de l’escorte) était passé « très très près de lui ». Et il avait répété l’expression « très près de moi » 3 fois.

Rien que ces éléments déjà, poussent à se poser les questions suivantes : Pourquoi, le lieutenant n’avait-il pas ouvert le feu sur le second véhicule ? Et s’il l’avait fait pourquoi il ne l’avait pas dit ? Puisque lui, ne l’a pas dit, d’où Justine la journaliste de Jeune Afrique avait obtenu l’information ? Et si le lieutenant avait bien tiré sur le second véhicule comme l’a dit Justine, comment sa fait-il que la garde rapprochée du président n’ait pas riposté ? Et pourquoi les six gorilles à bord du véhicule de l’escorte n’avaient-ils pas ouvert le feu sur l’homme qui venait de tirer sur le véhicule du président et qui avait encore l’arme à la main au moment du passage de leur véhicule ? Enfin, pourquoi, le président blessé leur avait demandé de ne pas le suivre et d’aller voir les gens qui lui ont tiré dessus ?

Pas de réponses à ces questions. Pas de réponses à ces questions parce que simplement a dit quelqu’un qui s’interrogeait à ce sujet et qui a gardé l’anonymat, il n’y avait ni premier véhicule ni second véhicule, ni Avensis, ni coups de feu ni Tweila, ni ses environs. Sans commentaire. En tous cas, le théorème de cette personne partait du principe que, si il y’avait contact visuel entre l’équipe de l’escorte du président et les occupants de l’Avensis, normalement un échange de coups de feu était inévitable. Les gorilles auraient ouverts le feu pour neutraliser des hommes armés qui ont tiré sur le véhicule du président, et les occupants de l’Avensis auraient tirés pour neutraliser les occupants d’un véhicule suspect qui suivait un autre véhicule suspect à bord duquel deux hommes masqués venaient de forcer leur barrage.

Blessé aux environs de Tweila, soigné à Nouakchott, un miracle.

Justine Spiegel dans sa narration avait dit qu’une des balles tirées avait traversée quatre obstacles. Le coffre de la voiture, (malle arrière) qui est en métal, le siège passagers arrière, ensuite le siège du conducteur, avant de traverser l’abdomen du président et de ressortir. C’est une curiosité balistique sur laquelle les spécialistes peuvent certainement donner une explication. En tous cas même pour les novices comme moi, il est difficile de croire qu’une balle, (même d’un Famas) tirée à d’une distance de 70 mètres (évaluation faite par le lieutenant), puisse percer la tôle d’une V8, passer par deux sièges et traverser un abdomen avant de ressortir. Ceci d’une part.

D’autre part, si la balle tirée avait effectivement traversé l’abdomen du président, blessé et au volant il lui était difficile de conduire un véhicule sur une longue distance parce que plus le temps passe, plus le corps se vide de son sang et plus l’individu affaibli perd petit-à-petit ses facultés physiques. Ceci d’une part. D’autre part, si le président se trouvait effectivement à Tweila, et même si son véhicule roulait à 150 kilomètres à l’heure sans s’arrêter et sans ralentir, (ce qui est impossible sur cet axe à cause du flux des véhicules poids lourds en navettes perpétuelles), il mettrait 22 minutes pour arriver à l’hôpital militaire à condition que toute la route du trajet soit dégagée et fermée à toute circulation. Dans la réalité, par exemple, une ambulance qui effectuerait le même trajet à la même vitesse toutes sirènes activées, n’arriverait à l’hôpital militaire que 35 minutes après son départ du lieu du drame. Parce que, seulement entre le poste de police de l’entrée de la ville et l’hôpital militaire, toutes sirènes activées, l’ambulance ne franchirait cette distance qu’en 20 minutes au moins auxquelles il faut ajouter 15 autres minutes pour atteindre la route bitumée. Ce qui fait 35 minutes au moins pour effectuer tout le trajet à bord d’une ambulance si la voie jusqu’à l’hôpital était dégagée et fermée à toute circulation.

Ceci en ce qui concerne le véhicule. En ce qui concerne la blessure, si une balle avait affectivement traversé l’abdomen du président et s’il saignait abondamment en 15 minutes seulement il se serait vidé complètement de son sang. En médecine d’urgence, tous les médecins l’apprennent à l’école, il n’y a pas de solution miracle pour stopper une hémorragie interne qui est la conséquence d’une lésion pénétrante lorsque celle-ci est provoquée par une balle par exemple. Les balles à feu qui pénètrent dans la cavité abdominale sont très souvent responsables de lésions importantes. Lorsque ces lésions sont fermées et touchent par exemple le thorax ou la partie supérieure de l’abdomen, elles peuvent provoquer des ruptures des organes abdominaux, comme le foie ou l’intestin grêle. En cas de blessure de cette nature, très souvent le sang s’accumule dans la structure des organes pleins. Cette situation peut provoquer une hémorragie non contrôlée dans la cavité abdominale ou dans l’espace entourant les organes. Ce que les chirurgiens désignent par hémorragie hémopéritoine.

Lorsque les lésions (occasionnées par des blessures à l’arme blanche ou arme à feu) sont importantes, elles peuvent entrainer des saignements abondants qui provoquent un choc et parfois le décès. Le choc, est une défaillance circulatoire périphérique aigue qui entraine un apport insuffisant de sang riche en oxygène aux cellules du corps. C’est l’hypoxie en terme médical. Et la conséquence peut être très fatale. Parce que l’hypoxie peut entrainer la mort ou la désorganisation des cellules et des organes lorsque l’irrigation sanguine est faible.

C’est pour expliquer qu’en tenant compte de ces éléments scientifiques, l’ancien président ne pouvait pas survivre à sa blessure s’il saignait abondamment, s’il se trouvait aux environs de Tweila, et si sa blessure était grave. Cela signifie aussi que s’il avait échappé à la mort, c’est peut être parce que comme le sous entendait le journaliste Oud Imidou, il venait d’un lieu situé dans un rayon de moins de 10 kilomètres et non des environs de Tweila et parce que l’intervention chirurgicale a eu lieu au moment de la limite vitale du danger.

Dispositif d’alerte et d’intervention rapide des forces armées défaillant ?

Dans sa narration des faits Justine avait dit que le président s’était emparé de son téléphone et avait appelé son escorte pour les informer qu’on venait de lui tirer dessus. Toujours selon Justine, il avait demandé à cette escorte de ne pas le suivre mais plutôt de retourner « voir » ceux qui ont ouvert le feu sur son véhicule. Là aussi, on peut de se poser la question de savoir, pourquoi le président avait ordonné à sa garde rapprochée de faire demi-tour au moment même où il avait vraiment besoin d’elle pour le protéger en cas de récidive des tireurs non identifiés, mais surtout pour l’assister dans son évacuation à l’hôpital ?

Dans la logique, le président qui venait de faire l’objet d’un tir dont il ne connaissait ni les motifs, ni la raison, ni les auteurs aurait dû (en principe) se faire sécuriser par la présence à ses côtés de ses gorilles pour ouvrir la voie à son véhicule et le cas échéant faire face à toute nouvelle agression. Ceci d’une part. D’autre part, on peut se demander puisqu’il s’était entretenu au téléphone avec le chef d’état-major de l’armée quelques instants seulement après sa blessure, pourquoi il n’avait pas demandé à Ould Ghazouani de donner l’ordre aux éléments de la 6 ème région militaire en position avancée prés du lieu du drame, de boucler le secteur et de ratisser la zone à la recherche des occupants de l’Avensis qui avaient ouverts le feu sur son véhicule au lieu d’en charger sa garde rapprochée ?

Comme d’ailleurs, aussi on peut se poser la question de savoir puisque le président avait informé le général de sa blessure et précisé le lieu, pourquoi, les services de santé militaire ou civils n’avaient pas dépêché une ambulance médicalisée avec à son bord un urgentiste pour le prendre en charge le long du trajet ?

« Bavure » Version officielle militaire peu crédible.

Le président obligé de quitter le pays de toute urgence, avait donc laissé derrière lui une situation vraiment confuse qui, par des rumeurs de plus en plus en plus folles, semait un grand doute dans les milieux politiques, diplomatiques et sécuritaires. C’est pourquoi, Ould Ghazouani, chef d’état-major, le seul à qui le président pouvait vraiment faire confiance à cette époque était obligé, compte-tenu des circonstances exceptionnelles et en sa qualité de chef des corps des armées de chercher à faire apporter des explications sur la supposée bavure militaire qui semblait être imaginée. L’armée devait donc trouver une solution pour donner une version crédible à un incident dont le scénario devait tenir compte de la déclaration du président.

Pour mettre de l’ordre dans « le désordre » des rumeurs qui se croisaient, c’est le 21 octobre 2012, huit jours après « l’accident », que l’auteur de la bavure a été présenté à la télévision nationale pour relater les faits tels qu’ils s’étaient « déroulés » selon sa version. Sur le plateau de la télévision, il avait à ses côtés un colonel « encadreur » qui semblait avoir pour « mission » de rectifier les « tirs » de l’auteur de la bavure et au besoin de mettre chaque détail important dans son contexte et dans le cadre de la version officielle. Le lieutenant El Hadj Ould H’hmoudy Ould Ahaimed, celui par qui le drame est arrivé, (comme par hasard natif de la même wilaya que Ould Ghazouani) a été utilisé comme « cobaye de communication de circonstance ». Il était Invité à répondre aux questions d’un journaliste événementiel de la Télévision nationale Cheikh Zeine. Pourtant très bon journaliste, notre confrère avait à cette occasion laissé de côté ses capacités d’improvisation, lisait un texte préalablement rédigé et il posait des questions qui étaient pré rédigées.

Dans un spectacle qui, pour beaucoup, ne cachait pas une mise en scène grossière, le jeune officier sous l’encadrement du colonel Tiyib Ould Brahim, Directeur de la communication et des Relations publiques des forces armées avait essayé comme il pouvait de répondre aux questions qui lui étaient posées. Mais malheureusement ses réponses paraissaient parfois inachevées et les mots qu’il employait donnaient l’impression qu’il était en déphasage complet avec les idées qu’il cherchait à exprimer. Tout ce qui avait été préparé minutieusement pour éviter toute gaffe et pour donner le plus possible de crédibilité à la déclaration du jeune officier de la marine, présentait des fissures linguistiques très visibles. L’auteur de la bavure cette fois en tenue de la marine nationale réglementaire, avait essayé d’expliquer tant bien que mal comment était « arrivé » ce qui n’était arrivé que dans l’imagination de ceux qui ont inventé un scénario digne d’un film navet.

Malgré toutes les précautions prises, la mise en scène avait fait de terribles ratées. Certains responsables de l’opposition étaient arrivés à la conclusion que le spectacle que leur offrait la télévision nationale n’était pas plus et pas moins qu’une médiocre mascarade de communication. Le « plan Marshall » du général-président qui était en convalescence en France, mis en exécution par le Colonel Tiyib Ould Brahim sous les ordres du général El Ghazouani chef d’état-major ne s’était pas déroulé tout à fait comme prévu.

En effet, dans la déclaration de l’auteur de la bavure, des mots et des expressions « échappés » avaient amenés souvent le colonel Ould Tiyib à intervenir pour rectifier ou ajuster « les tirs » du jeune lieutenant qui visiblement se sentait très mal à l’aise dans le rôle qui lui était confié. C’est peut être d’ailleurs pourquoi sa gorge s’enrouait de temps en temps à cause des petites déviations linguistiques qu’il avait du mal à maitriser.

Le lieutenant El Hadj Ould H’hmoudy Ould Ahaimed appartient à une unité de la marine nationale dont les éléments étaient en formation dans la zone de Tweila. Comme le colonel Tiyib l’avait précisé, il n’avait ni la charge, ni l’autorisation, ni la compétence de procéder à des contrôles dans cette zone qui dépendait de la 6eme région militaire. « Il avait agi de sa propre initiative croyant bien faire » ce qu’avait d’ailleurs expliqué le chef de l’état le 21 novembre 2012 au micro de France 24, un mois jour pour jour après la diffusion l’émission spéciale à la télévision.

Les téléspectateurs n’avaient pas été convaincus par la version du soldat « inconnu » qui avait tiré sur le véhicule du président apparemment « sans avoir été inquiété ». Mais les téléspectateurs qui ne pouvaient pas s’imaginer que l’Etat-Major des forces armées et la Télévision Nationale pouvaient faire du « recel de faux en information» étaient sur le point de croire à cette version de diversion. Ils s’étaient donc contentés de cette information militaire. Ils étaient presque sur le point oublier cet épisode de l’histoire du pouvoir de Aziz quand contre toute attente, le 4 août 2017, comme un météorite qui franchit la couche atmosphérique, une version de l’incident corrigée a été mise en ligne par le puissant sénateur Ould Ghade mis en chômage politique par Ould Abdel Aziz depuis la suppression du sénat.

Cette version qui s’appuyait sur la déclaration d’un témoin oculaire allait déchausser le « plan Marshall » tracé sur la « déclaration » du président avant de perdre connaissance le 13 octobre 2012 et avant de se « laisser confier » aux bistouris du brillant professeur de chirurgie Ould Mogueya, le « cow-boy » au chapeau en cuir de bison du nord du Canada, qui était assisté d’un autre professeur non moins compétent, Kane Boubacar un spécialiste des chirurgies des lésions à rixes.

Mohamed Chighali
( A suivre)





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Commentaires (4)

  • Nathaliekoah 2 (H) 27/05/2021 20:06 X

    Il n y a jamais eu de balles de Tweila. Il avait simplement été surpris ***. Une vraie affaire de mœurs.

  • hamaodo (H) 27/05/2021 17:57 X

    chigali;bonsoir;je ne sais ou est ce que tu as fait tes études mais sincèrement c'est très bien;très cultive et instruit et en plus truculent ;un grand lecteur de romans d'espionnage ;suis sur que tu as bcp lu SAS de malko linge le prince espion. la rubrique BMC est truculente mais je n'en démord pas pas;la balle de touweyla n'existe pas.

  • hamaodo (H) 27/05/2021 16:54 X

    et quelle est la version du sénateur ould ghadde? une main libyenne? du puissant senoussi? qui voulait liquider celui qui l'a vendu?

  • Terrier (H) 27/05/2021 15:03 X

    Merci Chighali pour ce volumineux texte ! Cependant ne vous laissez pas emballer par par une mémoire populaire imprécise au sujet notamment des appellations de kenewal et aghnemritt ! Et j’ajouterai même kendelek qui n’est pas dans le texte ! Je vous renvoie pour les 2 premières aux mémoires du colonel Goureaud intitulées ´´ colonne de l’adrar ‘´ et pour kendelek celles du capitaine frerejean intitulées ´´ randonnées et actions militaires au pays des beidanes’´ ! Ces conquérants entrent dans ces bleds et les nomment exactement de leur appellations actuelles ! C’est à dire qu’ils se nommaient ainsi avant leur conquête ! Merci de vérifier et de préserver le patrimoine ancestral berbère, sononké, peul ou arabe et surtout ne pas le considérer comme déformation de quoi que ça soit ! Merci