04-06-2021 01:30 - Mauritanie : la campagne d’accaparement des terres de la Vallée est lancée

Mauritanie : la campagne d’accaparement des terres de la Vallée est lancée

Boubacar Diagana et Ciré Ba - Dans une interview accordée récemment à un hebdomadaire étranger, Monsieur Ousmane Kane, ministre des Affaires économiques et de la promotion des secteurs productifs affirme être «en train de travailler avec la Banque mondiale afin d’attirer le privé international pour investir dans l’agriculture» mauritanienne.

Son diagnostic est des plus clairs : «nous ne pouvons plus laisser ces terres sans valorisation, les populations locales n’ont pas les moyens d’en tirer tout le potentiel». Sa thérapie révélée dans un audio diffusé par la radio de Dar El Barka, il y a quelques semaines, l’est moins.

Son évaluation des avantages de l’investissement international occulte le fait qu’elle repose sur l’accaparement de ses terres, les dépossessions des uns qui subissent l’exclusion et les appropriations par d’autres considérés comme propriétaires exclusifs de l’espace national, de la mer, du ciel, des richesses et du pouvoir mauritaniens.

Le ministre est dans son rôle

Nul ne songera à le lui reprocher. Dans le même temps, nul ne peut méconnaître que venant de Monsieur Ousmane Kane, le propos revêt des significations politiques et même symboliques particulières. Il n'ignore rien des discriminations dont sont victimes les populations noires. Il avait fait état de ces discriminations lors de la conférence organisée par le Collectif des Cadres Mauritaniens Expatriés fin 2018. Il n'avait pas de charge politique.

Ministre technique à la compétence reconnue, Monsieur Kane est également perçu, à son corps défendant, comme une des cautions négro-africaines du gouvernement Ghazouani dont on sait à quel point il est peu soucieux de la représentation de cette communauté. Monsieur Ghazouani est en effet celui qui a poussé le plus loin l’entreprise de blanchiment tranquille et par contrecoup celle de l’effacement des Négro-africains de tous les pans du paysage mauritanien : forces armées et de sécurité, administration, magistrature, enseignement, monde médical... Les concours et les recrutements se suivent et se ressemblent dans leur implacable monotonie chromatique. Plus blanc que blanc. L’ensemble fait système. Il faut être aveugle pour ne pas le voir.

Quel rapport avec le foncier diriez-vous?

Un rapport évident : en Mauritanie, seul l’État, par le jeu de l’Ordonnance de 1983, peut accorder des concessions aux citoyens (et pour la circonstance aux investisseurs internationaux) qui en font la demande. Les concessions entre 30 000 et 100 000 ha sont soumises à une autorisation du ministre des finances. Celles de plus de 100 000 ha sont cédées par décision du conseil des ministres, auquel il siège. La déclaration du ministre ne peut se lire en ignorant l’arrière-plan qui en est le socle et le soubassement. Ceux-ci ont pour nom réforme foncière. On sait aussi comment l’Institution de Bretton Woods profite des lois floues de certains pays dans lesquels l’État, en « immatriculant » des terres faisant auparavant l’objet de droits traditionnels, droits reconnus au demeurant jusqu’au moment où il décide du contraire, pour exproprier des populations rétives à la modernité ou hostiles au pouvoir.

Associer les populations! Qu’à Dieu ne plaise, elles ne demandent que ça

Oui, Monsieur le ministre. Du moins au principe : « La mise en valeur des terres de la Vallée du fleuve Sénégal débouche sur processus gagnant-gagnant, afin d’en faire une source de croissance et d’emplois au profit d’une région que les habitants quittent».

Les investisseurs internationaux visent des objectifs commerciaux internationaux. Ils n’ont pas le souci de la satisfaction des besoins alimentaires locaux. Au Mali, une société libyenne exploite dans l’Office du Niger, à forte chimisation, motorisation et irrigation, 100 000 ha pour cultiver du riz destiné à l’exportation. En Éthiopie, 4 millions de personnes dépendent de l’aide alimentaire. Dans le même temps, l’État vend des terres à des investisseurs internationaux pour produire des produits agricoles non alimentaires. En Guinée, 100 000 ha sont affectées à une société américaine pour produire du maïs ou du soja destinés à l’exportation ou à la production d’agrocarburants. Aucun véhicule dans ce pays, ni dans nul autre pays africain, ne roule à de tels carburants. Si dans le deal qui se trame, les paysans de la Vallée, détenteurs des terres, ne retrouvent «que» des emplois, non seulement ils n’y gagnent pas (il faudra désormais travailler selon des méthodes jusque là inconnues), mais ils perdent au passage la possession de leurs terres.Une approche gagnant-gagnant ? Éminemment souhaitable. Reste à en voir la traduction réelle.

Mais aurez-vous les moyens de vos ambitions affichées? De tenir vos engagements? Vous en laissera-t-on la possibilité? Le doute est permis

Il y a tout lieu d’en douter compte tenu des précédents et des pratiques traditionnellement brutales qui ont eu cours jusqu’ici. Faut-il rappeler que la politique foncière en Mauritanie est à l’image de la politique mauritanienne? Qu’elle est basée sur un système foncièrement raciste et discriminatoire? Qu’elle a pour levier un Land Act à la mauritanienne fondé sur la confiscation des terres négro-africaines au profit d’opérateurs privés issus tous de la même communauté et appartenant à la même couleur de peau? « Le privé mauritanien» a essayé de venir en appoint » dites-vous Monsieur le ministre.

Existe-t-il réellement un «privé mauritanien»? Les rares qui disposent de la puissance financière nécessaire ont mis à l’abri leurs terres en les mettant en valeur, au grand bonheur de leurs familles. N’avons-nous pas plutôt affaire à une caste monocolore d’hommes d’affaires avides et sans scrupule portée par un pouvoir racialiste jouant les communautés les unes contre les autres? Au risque de générer de nouveaux affrontements et des pogroms alors même que les plaies des pogroms anti négro-africains restent béantes? Les événements récents de Dar El Barka, Feralla et plus généralement dans le sud du pays n’incitent pas à l’optimisme. N’eût été le courage des populations, les terres ancestrales seraient à ce jour aux mains d’affairistes sans vergogne. Ce n’est pas avec la logique mercantile de ces rapaces que les populations tireront de l’exploitation des terres «tout le potentiel » comme vous l’appelez de vos vœux monsieur le ministre.

Vous voulez faire œuvre de «pédagogie»? Dieu vous entende

Ce serait une nouveauté. «La bonne approche» réside dans une bonne gouvernance financière impliquant populations locales via leurs représentants réunis par exemple en conseils ruraux ou collectifs d’exploitants. Ou toute autre forme qu’elles auraient choisie. En tout cas, «la bonne approche» ne saurait être la gouvernance actuelle dans laquelle l’État et ses démembrements imposent toute leur puissance, les paysans opposent leur courage.

Puissiez-vous, Monsieur le ministre faire preuve de la même prudence que vos partenaires potentiels de la Banque mondiale qui, dans un communiqué du 26 février dernier, se sont engagés à prendre en considération toutes les dimensions et tous les enjeux du sujet. Oui, Monsieur le ministre une problématique foncière ne peut être perçue sous le seul angle technocratique et économique. Elle recèle des dimensions de caractère humain, identitaire, symbolique et de justice sociale. Toutes choses allègrement ignorées jusqu’ici par le pouvoir dominateur, éliminationniste et raciste de Mauritanie.

Il est encore temps de changer. L’avenir de la cohabitation paisible entre nos communautés en dépend. Refusons toutes entreprises visant à liguer les unes contre les autres et toutes spoliations injustes de nos paysans. Leurs terres, c’est leur vie, leur dignité.

Pour rappel dans son article 17 la déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans, adoptée par résolution du Conseil des droits de l’homme en septembre 2018, stipule :« Les États prendront des mesures appropriées pour veiller à la reconnaissance juridique des droits fonciers, y compris les droits fonciers coutumiers actuellement dépourvus de protection légale …. Les États protégeront les formes d’occupation légitimes et veilleront à ce que les paysans et les autres personnes travaillant dans les zones rurales ne fassent pas l’objet d’expulsions arbitraires ou illégales et à ce que leurs droits ne soient pas éteints ni bafoués de quelque autre manière ». Dès lors, les terres des déportés aussi et toute terre considérées «vacantes» faute de moyens d’exploitations ne doivent faire l’objet d’expropriations.

Boubacar Diagana et Ciré Ba – Paris, le 03/06/2021





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Commentaires (5)

  • pyranha (H) 04/06/2021 15:42 X

    Ce Kane ministre contribuera plutôt à vous noyer car dépourvu de personnalité,car si tel était le cas il aurait depuis longtemps démissionné face à de multiples humiliations .c'est pas parce qu'il soit un haut cadre financier que la personnalité suive ça n'a rien a voir.les maures sont d'une intelligence inouïe. Ils utilisent ce type pour vous liquider pour ainsi mettre tous vos malheurs sur son dos et vous entre tuer .si ce Kane avait QQ chose dans le cerveau, il allait demissionner pour préserver le peu qui lui reste en honneur.c'est une situation minable l'avenir de ces pullar.comme Kide qui est pourtant moins lotis que Kane pourquoi ne pas foutre le camp et laisser ce maudit poste ?

  • pyranha (H) 04/06/2021 15:29 X

    Ces oppresseur n'ont comme culture que les razzias, les vols,l'extorsion ,ils s'en fichent de l'islam ou de moral seule la violence et la résistance regleront ce différent qu'on cesse de parler de l'égalité face à des criminels sans foi.le pouvoir a toujours ses pions negros qu'ils soient cadres ou mendiants.ceux qui ont fait voter la loi d'amnistie étaient encore des K...e et leur malédiction coure toujours les pullars sont condamnés. La résistance est la seule option face à d'invertébrés brigands.

  • diargua (H) 04/06/2021 12:46 X

    Comme vous le dites l article 17 des NU est clair.Mais est ce que cet article juridique concerne les terres des neggros mauritaniens ? a savoir est ce que ces terres possedent des titres fonciers? Cet article des NU parlent de titre foncier en terme de droit et non de titre ancestral . Touchez du doigt la plaie

  • Faux-Parrains (H) 04/06/2021 09:04 X

    Messieurs, comme vous le savez dans ce pays et comme cela s’est passé dans les années passées, nous avons pu constater malheureusement que les fils du Walo et du Ferlo ont étaient utilisés, je veux dire mis devant pour que eux-mêmes soient les fautifs devant leurs populations meurtris, par une politique programmée de l’expropriation des terres aux pauvres qui n’avaient que leurs yeux pour pleurer après. Mais où sont les terres expropriées pour utilité public ou autres expressions politiques, ces terres sont devenues des propriétés privés mise en location aux vrais propriétaires fonciers, ce qu’ils pouvaient faire eux-mêmes, si l’état avait une petite once de piété a des pauvres paysans, ce que personnes n’ose faire dans les contrés du pays est entrains de se passer au SUD, pourquoi parce qu’ils sont des négros et même mieux, certains au sommet de l’état pensent qu’ils sont des étrangers.

  • Faux-Parrains (H) 04/06/2021 09:02 X

    Donc ne soyez pas surpris de voir monsieur Kane Ousmane ministre de la république, après avoir réussi de jouer le jeu des maitres de l’esclavage se voir viré de son poste, pour ne pas lui donner la force et le pouvoir de suivre la suite qui ne sera pas écrit ni dit en public et qui est le partage des terres entre riche et tribu du NORD, ne vous trompez pas d’interlocuteur et ne croyez pas aux écrits et conventions entre le pouvoir et les étrangers qui ne les engagent en rien devant aucune juridiction Nationale ou internationale. Ce complot contre les noirs de ce pays est enseigné dans les Mahadras et autres instituts connus des esclavagistes, il faut voir loin et très loin l’esprit de l’épuration dans une politique économique dominante qui a une seule couleur qui est la couleur blanche, quel que soit la Nationalité que vous portez, pourvu que vous êtes blanc, vous avez la primeur sur le noir mauritanien, on nous dit que ce n’est pas du racisme mais, c’est mon parent.