07-07-2021 08:30 - Impossible Justice … ou Justice Impossible… Par Me Oumar MOHAMED MOCTAR EL HAJ, Avocat

Impossible Justice … ou Justice Impossible…  Par Me Oumar MOHAMED MOCTAR EL HAJ, Avocat

Me Oumar MOHAMED MOCTAR EL HAJ - Il est bien évident que tout le monde doit être content de voir la loi appliquée à tout le monde. Il est bien évident qu'une application circonstancielle n’aboutirait qu’à dénuder, encore plus, l’autorité de la loi dans notre pays.

Nous voulons que l'argent, mais aussi les avantages publics, détournés depuis le 28 novembre 1960 à nos jours puissent bien retourner dans les caisses et au crédit de l'État avec dommages et intérêts si possible.

Nous voulons que toutes les nominations par complaisance dans les postes clés de l’administration publique qui doivent être pourvus sur par de profils académiques, techniques et moraux adaptés aux postes concernés, soient annulées, rétroactivement, si possible.

Ces nominations, à solde, pour des considérations contraires à l’intérêt public, sont à l’origine des détournements de tout ce qui est public ou privé. Ce sont ces nominations qui ont freiné le développement de notre pays et ont occasionné avec force et rapidité son dépeçage.

Nous voulons que les millions de marchés publics attribués aux parents, aux amis et à ceux qui payent des dessous de table soient rendus infructueux (à titre posthume, même des décennies après, la mort des marchés, des auteurs et des attributaires) et réattribués rétroactivement à ceux qui les ont mérités. Nous voulons que ces milliers d’inscription aux études supérieures à l’étranger, mais aussi à l’intérieur du pays et ces milliers de bourses d'études accordés aux étudiants sur des bases tribales, ethniques, ou contre corruption, soient annulés et réattribuées, rétroactivement, à ceux qui les ont mérité (mêmes s’ils ne sont plus de ce monde).

Nous voulons que ces centaines de milliers de parcelles de terrains attribuées, dans toutes les zones urbaines et rurales de nos villes, parfois par centaines et dizaines de lots, aux mêmes personnes ou a des prête-noms soient reprises et attribuées à qui de droit, selon des critères objectifs.

Nous voulons que ces sociétés publiques, ces banques, ces sociétés d'assurances, ces sociétés de pêches, ces bateaux de pêches, ces autorisations d’usine de farine de poisson (entier) Moka (qui ont sinistré les populations de Nouadhibou et de Nouakchott) ces autorisations d'exercer les métiers de bureau de change, d'agences de transfert d’argent, de transitaire, de n’importe quoi, vendus pour une ouguiya symbolique, soient repris par l’Etat ou revendus, rétroactivement, aux plus méritant, en respectant la règle du meilleur rapport qualité/coût et du meilleur impact sur le devenir du pays.

Nous voulons que les milliards d’ouguiyas donnés à cadre supérieurs et aux agents de la police, des douanes, à l'infirmier, au gardien d'une administration publique, d'un poste frontalier, sous la contrainte de subir les foudres et violences « légitimes » ou de ne pas accéder à son droit, soit restitués. Nous voulons que les millions d'heures de cours détournées, à tort, dans les écoles, les centres d’études, les universités, les tribunaux (avec un nombre d’audience annuel dérisoire en raison des reports systématique et de l’incapacité des tenants du pouvoir judiciaire de bien rédiger une décision de justice et encore moins de pouvoir l’exécuter) alors soient restitués ;

Nous voulons que les millions d’heures de travail, que les fonctionnaires publics (cadres supérieurs, personnel d’encadrement et agents de l’administration publique, des EPICs, des sociétés mixtes et des administrations locales, les députés, les ministres, les magistrats, les Chefs d’Etats passent en dehors des lieux de travail et investissent pour des objectifs qui n’ont aucune relation avec leurs missions et pendant les horaires d’embauche, soient comptabilisés, valorisés restitués à notre pays, à notre peuple, tyrannisé, martyrisé, déshumanisé.

Ces centaines de millions d’heures passés, très souvent, avec des amis, des proches ou des visiteurs inconnus à discuter du passé, de la politique, des hivernages, du passé glorieux de chacun et des ses ascendants (par rapports auxquels il est souvent très descendant), d’un passé, dont très peu de leçons ont été tirées, d’un présent que chacun contribue à rendre invivable, tout en accusant l’autre de cette basse œuvre, ou d’un avenir merveilleux que l’on aborde stoïquement en se déplaçant sur le ventre, soient comptabilisés, valorisés restitués à notre pays, à notre peuple.

Nous voulons...Nous voulons… Nous voulons… Qu’est-ce que nous ne voulons pas ? L'ex-président Aziz a peut être détourné l'argent public. Il ne l’a peut être pas détourné comme il l’a soutenu, publiquement, sur plus d’un média, en lançant un défi à ceux qui l’accusent d’apporter publiquement un bout de preuve aussi dérisoire soit-il. Il a peut être trempé dans les combines les plus incroyables et en a retiré de l’argent dont l’odeur n’est pas très agréable. Il prétend avoir gagné cet argent par des moyens autres que le détournement des deniers publics et l’abus de pouvoir. Ila bien dit que cet argent avait bien été déclaré lors de son accession au pouvoir et lors de son départ. Il l’a peut être gagné, par miracle, comme des milliers de mauritaniens qui n’avaient pas un seul sou, au moment de leur prise de fonction dans l’administration publique et qui se sont retrouvés, après quelques années à la tête de grandes fortunes, dont certaines sont colossales.

Les hauts fonctionnaires de l’Etat, les grands cadres de l’administration publique (affiliés aux pouvoir exécutif, judicaire et législatif) ont pris la place des anciens cheikhs, auxquels le commun des mortels propose cadeaux et offrandes pour se rapprocher d’ALLAH. Nos cheikhs modernes (civils ou militaires) rapprochent leurs disciples (très souvent indument) du pouvoir, de la fonction et du trésor publics. Les meilleurs d’entre eux ne puisent pas dans le budget qui est affecté à leurs structures. Ils ne vendent pas le service qui leur est confié, contre des payements directs. Non, ils ne font pas tout cela. Ils savent bien que l’Islam comme nos lois de la république criminalisent de tels agissements. Mais quand un usager vient s’enquérir d’un droit ou d’un non droit, avec un espoir affiché qu’il pourrait bien compter sur eux.

Ils s’abstiennent de le corriger, « en bon musulman » ils ne veulent pas décevoir son attente. Ils ne demandent, jamais, rien, directement. Mais ils ne refusent, jamais, les offrandes, les dons et subventions et peuvent même les susciter, en créant une familiarité prudente avec l’usager. Ainsi, « en bon fonctionnaires » et « en bon musulman » ils gagnent de l’argent, lentement, mais surement. Un argent « clean » qu’ils accumulent au fil du temps avec le concours de plusieurs petits fournisseurs, sans, jamais, rien donner, ni rien refuser. Ils trouvent la formule, relativement, Hallal et se réconfortent intérieurement, d’être trempé dix fois dans le paradis par rapport aux autres, à ceux qui n’ont pas de pudeur.

L’Ex-Président Aziz est peut être innocent. Je dirai même qu’il reste innocent jusqu’à preuve du contraire. Hors cette preuve tarde à venir. Il a de l’argent, nous a-t-on dit, beaucoup d’argent. Il a reconnu ALLAH seul sait. Mais il n'était pas seul. De part sa fonction de président il ne pouvait accéder à l'argent public qu'à travers les autres, les 317 coaccusés pour les 10 projets évoqués par la CEP, avant que le gouvernement ne les réduisent à 8, en soustrayant POLY HONG DONG et le terminal d'ARISE.

Il ne pouvait détourner l'argent public pendant toute cette décennie sans le concours des membres du gouvernement, des cadres et agents de l'administration, de ces hommes d'affaires qui rôdent comme des rapaces autour de chaque denier public. Pendant la décennie Aziz, comme pendant toutes les décennies qui l'ont précédée la Mauritanie a été dépecée. Elle a tout perdu, car ses enfants, ceux qui devaient la porter vers les niveaux les plus élevés du développement humain, technique, scientifique, politique et économique se réveillaient, chaque matin, armées de couteaux, de haches et de scies pour aller l'amputer de quelque chose.

Dans pareille situation, la poursuite acharnée contre l'ex-président à l'exception de tout coauteur ou complice, ne peut se justifier que par le seul fait qu'il n’a pas accepté de se ranger politiquement. Hier, alors qu'il n'avait pas encore, montré sa ferme intention de ne pas lâcher prise, il était un ami, un allié, quelqu'un qui a construit la Mauritanie. Aujourd'hui, parce qu'il a des prétentions politiques, il devient le voleur par excellence. Haro sur le baudet.

Non, ce n'est pas ça la justice. Ce n’est pas la justice dont rêvent les mauritaniens. La justice doit être générale, abstraite et impersonnelle. Il est bien évident, que ces réflexions feront sursauter de rage, à tort ou à raison, certains de nos concitoyens. A raison, parce que, tellement, l’injustice, l’impunité et la tyrannie se sont installés chez nous, que beaucoup de gens rêvent de voir punir quelqu’un, n’importe qui. Il en est d’autres qui se trémoussent de joie et qui se sentent bien heureux chaque fois qu’ils apprennent que quelqu’un a perdu la vie. Ils pensent, macabrement, et contrairement à toute éthique musulmane, que l’enfer c’est les autres.

Oumar MOHAMED MOCTAR EL HAJ

Avocat

oumarmohamed@hotmail.com





"Libre Expression" est une rubrique où nos lecteurs peuvent s'exprimer en toute liberté dans le respect de la CHARTE affichée.

Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.


Commentaires : 3
Lus : 1407

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (3)

  • Salem Vall (H) 07/07/2021 12:39 X

    Et si on essayait de ne pas noyer le poisson et avoir un résultat en oubliant les écarts très très peu nombreux et insignifiants des années 60 et surtout que les supposés acteurs ne sont plus de ce monde. Qu’Allah les agrée dans son paradis et qu’on se focalise sur les rapaces et voraces contemporains et les nominations actuelles sous le « règne » de Ghaazouani ainsi que les passe-droits et bien entendu ne rien laisser pour la décennie de Aziz surtout les dernières années. Cela mettra le pays sur les rails

  • colombus (H) 07/07/2021 11:36 X

    Si le detournement des deniers publics a toujours été et continue à etre le sport favori sous tous les gouvernements de ce pays, il n'en demeure pas moins que celui que vous semblez défendre doit répondre de dont il est accusé. Vous savez mieux quiconque qu'une accusationen justice est toujours motivée. Si dans l'absolu les mauritaniens justes et integres (une espece malheureusement rare!) voudraient que tous les détournements et autres crimes commis sur ce vaste territoire soient traités en conséquence,nous savons que ca ne restera que voeux pieux. Cependant un voleur de moins (Et quel voleur!) est toujours meilleur que rien; sauf si vous avez la solution pour juger et condamner, à la fois un peu moins de 4 millions de voleurs et les amputer chacun d'un bras. Ainsi la Mauritanie sera le pays qui comptera le plus de manchots au monde!

  • LA VERITE SUR LA MAURITANIE (H) 07/07/2021 10:22 X

    Vous avez parfaitement raison, cher maître. Cette situation catastrophique est due au laisser-aller, à la corruption, à la mauvaise gestion, au trafic de drogue, au blanchiment de l’argent et au laxisme.il suffit d’aller au port de Nouadhibou pour voir des politiciens, fonctionnaires de l’état, deputés , maires …etc blanchir d'énormes sommes d'argent public en se procurant des navires et en s’offrant de cargaison de poissons pour l’exportation vers les marchés européens et asiatique . Sans oublier les consignataires mauritaniens : le blanchiment de l’argent sale (revenus de la vente de drogue). La drogue est dissimulée au milieu de caisses de poisson surgelé provenance généralement navires Russes , Islandais , ukrainiens et dans les sacs de farines de poissons provenance usines Moka à Nouadhibou.