08-07-2021 10:35 - Mauritanie : Malouma, la diva mélancolique

Mauritanie : Malouma, la diva mélancolique

Jeune Afrique - L’incontournable chanteuse a fait de son art un combat politique. Accusée de corruption en 2017, elle reste marquée par cette épreuve.

Lorsque ses doigts se posent sur son ardin, le silence se fait autour d’elle. Les cordes de cette harpe mauritanienne sont autant de fils qui relient Malouma Mint Meïddah à la tradition musicale de son pays. Un patrimoine qu’elle voit disparaître avec nostalgie. Alors, avant qu’il ne s’envole, elle l’a capturé en 2016 dans un double album, Chants populaires traditionnels hassani mauritaniens.

Elle y a réuni dix grands artistes originaires du Trarza (Sud) du Brakna (Sud-Ouest) ou encore du Hodh el-Gharbi (Est) et du Tagant (Centre). Les vingt compositions (appelées echouars) choisies, tantôt bluesy, rythmées ou mélancoliques, suivent les modes de la musique maure, dont son père, Moktar Ould Meïddah, fut l’un des grands maîtres.

Dans ses propres créations – dont la dernière, Knou, est sortie en 2014 –, elle n’a jamais cessé de lui rendre hommage, tentant même de le ressusciter dans ses chansons.

Élue sénatrice

Née en 1960 près de Mederdra, dans le Trarza, non loin des rives du fleuve Sénégal, Malouma a reçu cette éducation musicale en héritage, dès ses 6 ans. À l’âge adulte, très engagée aux côtés des femmes, cette ancienne griotte a combattu les mariages forcés, l’exclusion des plus démunis, le racisme… Ce qui lui a valu pendant de nombreuses années d’être marginalisée dans les médias. Son combat, incarné dans sa poésie, est devenu politique.

Engagée aux côtés de son grand ami, l’opposant Ahmed Ould Daddah (pour qui elle a composé une chanson, Habib Echaab, « le bien-aimé du peuple »), elle a été élue sénatrice en 2007.

Après la sortie de son album Nour, teinté de blues et de sonorités plus pop, la même année, cette amoureuse de musique classique (elle écoute et réécoute Mozart, Wagner, Chopin, Beethoven, Vivaldi…) a un temps délaissé son art pour se consacrer à l’organisation d’événements au travers de sa Fondation Malouma pour la culture, le patrimoine et les arts. Moutribat el-Chaab, « l’artiste du peuple », avait notamment imaginé La Grande rencontre, une nuit de concerts où elle avait réuni des musiciens mauritaniens de tous horizons.

Grande tristesse

Mais depuis 2017 et « l’affaire Mohamed Ould Ghadda », du nom d’un parlementaire accusé de corruption, Malouma l’insoumise est gagnée par la tristesse. Mise en cause parce qu’elle aurait accepté de l’argent pour rejeter le projet de réforme constitutionnelle voulu par le président d’alors, Mohamed Ould Abdelaziz, – finalement adopté –, elle a perdu son poste et évité la prison de justesse.

Placée sous contrôle judiciaire, elle était privée jusqu’au mois de mai dernier de son passeport. Elle a dû renoncer aux tournées internationales, elle qui s’est produite aux États-Unis, en Égypte ou encore en Arabie saoudite. « On m’a enchaînée avec des mensonges ! s’émeut-elle. Mon nom a été gâté, mon honneur blessé, toute ma vie a été touchée. » Ses doigts continuent de faire vibrer son ardin quand, à cet instant, elle fait résonner sa voix dans une grande mélancolie.

Par Justine Spiegel - à Nouakchott




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Source : Jeune Afrique
Commentaires : 3
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Commentaires (3)

  • Marrakech (F) 09/07/2021 07:11 X

    Il faut protéger la culture et les artistes !

  • mystere1 (F) 08/07/2021 15:07 X

    La diva a été piégé dans l'arène politique malsaine, où elle était, alors qu'elle n'oeuvrait que pour la bonne cause des gens ! il est difficile d'échapper dans le milieu de la politique ! et comme le relate l'article, elle a fait de son art, un combat politique, c'est là le problème justement, car dès qu'on mélange politique et autre domaine, sans user de délicatesse, et sagesse, on trébuche, ou même tombe ou bien aussi, on se heurte ! mais courage la grande diva, ne jamais désespérer, vous êtes tout d'abord, une citoyenne, ensuite, une artiste presque nationale et hors nationale, donc, bonne chance, on est humain, et on fait tous des erreurs !

  • pyranha (H) 08/07/2021 11:47 X

    Cette diva et son frère Hadrami devraient mériter plusieurs distinct ions et de légions d'honneur si c'était dans un pays civilisé. Aziz qu'elle a mis dans des difficultés c'est simplement infamant de la part d'un délinquant. La chaussure de Maalouma,a plus de valeur que 20 000 Aziz réunis.