30-10-2021 20:16 - Soudan: pas de négociation avec l'armée après le putsch, dit une ministre

Soudan: pas de négociation avec l'armée après le putsch, dit une ministre

Courrier International - Dénonçant un coup d'Etat "grotesque", la ministre soudanaise des Affaires étrangères Mariam al-Sadeq al-Mahdi a affirmé à l'AFP samedi que ni elle ni le Premier ministre renversé Abdallah Hamdok ne négocieraient avec les militaires qui ont mis "un peuple entier en état d'arrestation".

Lundi avant l'aube, des soldats arrêtaient le chef de gouvernement chez lui à Khartoum alors que le général et chef de l'armée Abdel Fattah al-Burhane, annonçait dissoudre l'ensemble des institutions du pays. Depuis, le technocrate a été ramené à son domicile mais n'est toujours pas libre de ses mouvements, selon l'ONU.

Mme Mahdi, jointe par téléphone par l'AFP, a elle échappé à la rafle et même pu rencontrer vendredi le chargé d'affaires américain à Khartoum pour discuter de la transition démocratique tuée dans l'oeuf.

Samedi, alors que des dizaines de milliers de manifestants s'élèvent contre le général Burhane, seul aux commandes depuis le coup d'Etat, la ministre est recluse chez elle, pendue au téléphone pour avoir des nouvelles des défilés qu'elle a encouragés.

"Abdallah Hamdok est un nationaliste, un homme cultivé et un politicien, il ne participera pas à cet acte grotesque, cette trahison menée par les putschistes", affirme Mme Mahdi, alors que, selon des informations de presse, le général Burhane a un temps envisagé M. Hamdok comme chef du cabinet qu'il a promis pour bientôt.

Le propre père de la diplomate, Sadeq al-Mahdi, Premier ministre démocratiquement élu, avait été renversé par un coup d'Etat du général Omar el-Béchir en 1989.

Trente ans plus tard, l'armée obtempérait à la volonté de milliers de manifestants et le déposait.

Aujourd'hui, c'est son ancien chef de l'armée de terre, le général Burhane, qui est à l'origine de la dissolution de toutes les institutions soudanaises, dont le gouvernement que Mme Mahdi juge toujours "seul légitime".

- "Trahison" du peuple -

Par le passé, "j'ai défendu les militaires car ils ont soutenu le peuple soudanais" contre l'autocrate Béchir, reconnaît Mme Mahdi. Mais aujourd'hui, "impossible que je discute avec eux", ajoute-t-elle, après "la trahison du 25 octobre qui est un acte très très très dommageable".

Un acte qu'elle condamne comme "illogique et irresponsable". Il va "contre la volonté du peuple soudanais qui ne veut pas d'un pouvoir militaire et le dit dans la rue", assène-t-elle.

Pour sauver le pays, déjà englué dans le marasme politique et économique, "la seule solution est de revenir à la déclaration constitutionnelle et de libérer immédiatement tous les prisonniers politiques", préconise Mme Mahdi.

En 2019, quand militaires et civils se sont associés pour mener le Soudan vers ses premières élections libres depuis des décennies, ils ont ratifié une "déclaration constitutionnelle" prévoyant la création d'un Conseil de souveraineté militaro-civil et d'un gouvernement, comme première étape.

Plusieurs institutions comme le Parlement et la Cour constitutionnelle devaient suivre, mais n'ont jamais vu le jour. Quant au Conseil de souveraineté, il devait être remis aux civils qui mèneraient seuls le pays vers la démocratie, mais à l'approche de l'échéance, le général Burhane est intervenu, plongeant lundi le pays dans l'inconnu.

Depuis, la liste des figures de l'opposition au coup d'Etat arrêtées ne cesse de s'allonger. Parmi elles figure le frère de la ministre, Sedig al-Sadeq al-Mahdi, numéro deux comme elle du parti Oumma, plus grand parti soudanais fondé par leur père.

"Nous n'avons toujours aucune nouvelle de ceux qui ont été arrêtés", déplore Mme Mahdi, elle-même emprisonnée sous le régime de Béchir, qu'elle a annoncé souhaiter remettre, au nom de son pays, à la Cour pénale internationale (CPI) il y a deux mois.

Actuellement derrière les barreaux à Khartoum, M. Béchir est notamment recherché par le tribunal installé à La Haye pour "génocide" dans le conflit meurtrier au Darfour (est).

"Nous sommes un peuple entier en état d'arrestation car nous n'arrivons plus à avoir des nouvelles les uns des autres", regrette Mme Mahdi.

Depuis lundi, les communications téléphoniques et a fortiori le réseau internet sont restés coupés la plupart du temps dans le pays, un silence radio auquel la communauté internationale a appelé à mettre fin.

Le Caire (AFP)




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