20-11-2021 00:00 - Lettre à titre posthume, au Président Léopold Sedar Senghor
Seydou NGam - Monsieur le Président, je vous adresse cette lettre à titre posthume. Par effraction intellectuelle, je me suis permis de l’écrire sur ton propre bureau, que vous avez légué à l’histoire sous le toit de votre unique maison de Dakar, transformée depuis en Musée Léopold Sedar Senghor.
Je suis à Dakar pour des raisons médicales, car dans la sous-région, le Sénégal a gagné en réputation par la richesse de son plateau médical et surtout pour la diversité et la compétence de ses praticiens. C’est pourquoi, le tourisme médical est devenu une réalité économique, en apport au tourisme religieux et culturel dans le pays de la terranga.
Entre la jonction de mes rendez-vous et consultations médicales, j’ai profité pour m’imprégner de la réalité culturelle du pays dont le concept Senghorien du donner et du recevoir reste toujours d’actualité.
Monsieur le Président, j’ai poussé ma curiosité jusqu’à Ndjilor votre ville natale, pour fouler le sol de la maison-berceau, avant que le vent du destin ne conduise la famille Senghor à Joal. La ville qui a vu grandir et s’épanouir l’homme, qui fera du Sénégal une terre d’accueil, d’échange, du savoir et de tolérance.
De retour à Dakar, j’ai visité Musées et Centres culturels et religieux, aux pas de charge (Musée Henriette Bathilly – Musée Théodore Monod – Musée de la Gendarmerie – Musée de l’Armée – Musée des Civilisations – Musée de la Renaissance Africaine – Musée du Phare des Mamelles – Foyers Islamique Elhadj Oumar Tall – Zawiya Elhadj Babacar Sy - Mosquée Massaliquoul Jinane - Centre Culturel Douta Sec etc…). Bref et j’en passe.
Au passage, je tiens à remercier Dr NGaidé et son équipe, pour la qualité des soins et surtout à l’oreille attentive porté à leur patient ordinaire venue du désert. Je n’oublie pas les services des urgences de la Caserne Samba Diery Diallo, après mon accident à la rentrée de Dakar. Avec doigté et professionnalisme, le personnel de cette structure, ont sauvé mon orteil du pied gauche déchiqueté avec beaucoup de sang perdu. La mise en confiance et les soins apportés à l’inconnu, m’ont soulagés et m’ont ramené à moi-même. En remerciant le Bon Dieu, j’ai déduis de mon odyssée, que la vie humaine ne tient qu’à un fils et l’élan du cœur et la conscience professionnelle peuvent apporter des solutions et surtout sauver des vies.
Monsieur le Président, l’objet de ma lettre, est de porter à la face du monde le témoignage de mon admiration au peuple sénégalais. Bien que râleurs et bavards, de surcroit grands buveurs de café touba, les sénégalais travaillent nuit et jour, pour hisser leur pays sur la locomotive du développement qualitatif.
À travers cette lettre, je tiens à exprimer toute ma reconnaissance et mes remerciements, à tous les sénégalais, que j’ai croisé durant mon séjour. Des êtres attachants et chaleureux, qui m’ont ouvert leur cœur sans rancœur, m’ont tendu la main. Sans crainte, ni préjugés, ils ont osé accueillir l’inconnu malade, pour lui rendre un sourire d’espoir et d’amitié.
Monsieur le Président, j’en viens maintenant au regard inquiétant face aux sentiments de l’ethnicisme, qui commencent à gagner le corps d’un Sénégal, jusque-là épargner par les démons de la division à base ethnique ou religieux. Je dirai tout simplement que les politiques sont en train d’attiser la flamme de leur intérêt sur la base communautaire et religieuse. Du jamais vu au Sénégal, où le label de la Terranga a su fédérer les esprits et les cœurs, au-delà de l’ethnie, de la religion, et du genre, pour accueillir et intégrer tous les enfants africains.
Je sais que vous avez gouverné le Sénégal avec des mains d’intellectuel, gantées de velours poétique. Chrétien et minoritaire, vous avez su conduire le bateau Sénégal à majorité musulmane, à bon port, avec la bénédiction de ses guides religieux. Vous avez su tisser le tapis Sénégal dans la diversité de ses composantes. Vous avez su démystifier la citadelle du pouvoir, par l’honnêteté, la modestie, la confiance et le sens du travail bien fait. Par la méthode et l’objectivité, vous avez su asseoir la plateforme du Sénégal sur le socle du savoir avant les lauriers de l’avoir et son profit.
En visitant votre maison dans l’intimité familiale, aujourd’hui musée Senghor, je suis surpris et ébahie à la fois devant la sobriété et la modestie du lit conjugal d’un président d’exception au cœur d’une Afrique m’as-tu-vu !
Vous avez su passer la main, au moment où d’autres collègues prenaient goût du pouvoir avec la baguette autoritaire des partis uniques, pour ne pas dire iniques.
Dans l’ancrage de la démocratie, le Sénégal a traversé le temps et l’espace sans coup d’Etat, mais avec les joutes politiques âpres et intenses.
Votre dauphin Abdou Diouf a maintenu le cap, pour se plier à la règle d’or de l’alternance en l’an 2000. Il a passé la main et félicité le président Abdoulaye Wade. Que de choses se sont passées, des larmes de joies et de douleurs versées. Compromis et alliances tissés sur le dos du destin, avec une touche particulière des autorités religieuses, qui ont su apaiser les cœurs et faire taire les rancœurs.
Monsieur le Président, le Sénégal a vécu et survécu à l’usure du temps, la fédération avec le Mali n’a pas fait long feu. Le divorce avec ton président du conseil fut douloureux. La chance du Sénégal se trouve dans sa longue expérience administrative et sa quête assidue du savoir.
Je ne suis ni politique, ni historien, pour me pencher sur les archives du passé sénégalais. Ce que je retiens et j’admire de ce pays voisin, c’est l’esprit citoyen de son peuple, le respect de la chose publique, surtout le sérieux et la foi au travail.
Monsieur le Président, les sénégalais sont devenus râleurs et rebelles face à l’ordre forcé de la Covid19, qui étouffe le monde et n’épargne point le Sénégal.
La ou le Covid19, on n’arrive même pas à situer le genre de cette maladie sans visage. Covid19 alias coronas virus, est une nouvelle pandémie qui a ébranlée le monde entier. Les frontières fermées, les peuples confinés, couvre feux et état d’urgence décrétés, la vie quotidienne est totalement chamboulée. Tout ce que nous savons de cette maladie, c’est qu’elle nous vient de l’occident. Heureusement pour l’Afrique, le contraire allait être l’apocalypse.
Monsieur le Président, après le règne des socialistes, le libéral Wade est venu au pouvoir, pour gouverner à sa manière avec un accent sur les grands travaux, comme pour montrer aux sénégalais les dimensions et la vision de l’éternel opposant enfin sur le fauteuil présidentiel.
La seule fausse note du président Wade, c’est son dérapage monarchique, pour transmettre à son fils les commandes du pays. Une erreur monumentale, car la démocratie sénégalaise est irréversible. Le peuple a dit non. Le président Wade a raté son rendez-vous avec l’histoire, lui qui sa vie durant a combattu, pour imposer la démocratie au Sénégal. Il a choisi de sacrifier son fils sur l’autel de la profanation constitutionnelle.
Finalement, il est battu aux élections par son fils spirituel Macky, devenu depuis peu, transfuge de l’opposition. Même si la pilule est amère, le président Wade a fait preuve de bon sens, pour préserver la démocratie, en félicitant le vainqueur.
Là encore, le Sénégal a donné une belle leçon au monde, que le continent africain peut se prévaloir d’un modèle démocratique, avec l’exemple de quelques pays à l’exception prêt.
Le président Macky est resté sur la logique des grands travaux, pour terminer les chantiers du nouvel aéroport Blaise Diagne et de l’autoroute Dakar – Touba.
Monsieur le Président ! Est-ce que vous allez reconnaitre votre capitale Dakar ?
Elle est devenue pôle de développement dans le jargon politique du Sénégal-Emergent.
Des bretelles de routes et autoroutes imbriquées. Des échangeurs et guichets à péages sont érigés pour faciliter la mobilité urbaine.
Chaque président a apporté sa touche sur la mode de gouvernance et ses priorités.
Le président-poète, j’allais dire le poète-président a mis l’accent sur l’éducation et la culture, avec un point de mire l’honnêteté et la probité morale devant les deniers publics.
Le président Diouf a reçu les clefs de la maison Sénégal, pour asseoir la continuité sur la base administrative (monter et descendre à l’heure). Mr Forage et Mme Moulin, comme les surnommés affectueusement le peuple, ont su répondre aux attentes des sénégalais, avec des ouvrages basiques du développement. La santé a pris son envol, avec les pépinières de l’Université Cheikh Anta Diop. Des médecins tant sénégalais, qu’africains, sont invités et motivés à rester au Sénégal, pour donner corps à la structure médicale, aujourd’hui devenu réalité. Une source économique indéniable, avec la nouvelle donne du tourisme médical.
Le président Wade est venu au pouvoir à l’aube 2000. Après 40 ans de lutte, l’éternel opposant accède au fauteuil présidentiel pour la première alternance politique dans son pays, sous le vent du « Sopi, » entendez changement.
L’avocat bardé de diplômes, savoure sa victoire, avant de prendre goût au cocktail sucré du pouvoir. Avec ce cocktail enivrant, gardé l’équilibre entre la lucidité et l’ivresse ne sera pas facile. S’il a osé en si peu de temps, prendre à bras le corps, le réveil et le développement du Sénégal, avec la posture d’un chef de chantier sur le terrain des grands travaux, il a aussi libéré la gourmandise du fonctionnaire politiquement correct, qui a fini par confondre sa poche avec celle de l’Etat. D’où le glissement et l’appréhension, que la politique peut devenir un raccourci pour s’enrichir sans modération. Certains amis sénégalais, m’ont rappelé qu’au temps de Wade l’argent coulait à flot et sans commune mesure.
Le président Wade, en tant qu’avocat et économiste, a su renflouer les caisses de l’Etat, pour réaliser ses grands travaux, à l’image du maitre tout puissant.
La seule erreur de Wade père président, c’est de vouloir imposer au sénégalais Wade fils président. Fils choyé et déjà ministre du ciel et de la terre, suivant la boutade de la presse.
Monsieur le Président, si le peuple sénégalais est devenu mure et majeur, la démocratie sénégalaise est devenue une réalité irréversible, dont l’exemple doit faire tache de lait sur le tapis du continent africain.
Je ne peux terminer ma lettre, sans m’attarder sur le mandat en cours du président Macky Sall.
Fils spirituel du président Wade, la rupture fut douloureuse et le choix audacieux. Il s’est opposé à la dévotion monarchique du pouvoir au Sénégal. Adoubé par le peuple sénégalais, il finit par succéder au roi le père président. Bref je laisse aux historiens et aux journalistes politiques de nous éclairer sur le feuilleton Wademaky. Un long feuilleton politique, qui mérite d’être porté à l’écran, comme écrin d’une belle leçon politique à la sauce sénégalaise.
Que puis-je retenir du mandat en cours de l’ère Macky Sall ?
Sinon l’esprit de continuité à suivre les grands travaux, avec un nouveau label du Sénégal Emergent et la ville de Diamniadio comme hob de développement.
C’est clair la vie d’un Etat c’est la continuité, comme le rappelle l’adage « les hommes passent, mais les institutions restent. » Ce qui est sûr, la route est déjà tracée, car tout président sénégalais est condamné à mieux faire.
Monsieur le Président, je ne saurai clôturer cette correspondance à titre posthume, sans avertir les hommes politiques du Sénégal, de ne pas jouer avec le feu, pour assouvir leur intérêt au détriment de la grande famille du peuple sénégalais.
Aux hommes des medias, la mission d’informer pour former les citoyens dans l’ancrage d’une vieille et riche démocratie. De ce credo, ils éviteront les mots et les phrases incendiaires, car sous d’autres cieux, vous avez vu le triste et lamentable résultat.
Aux chefs religieux du Sénégal de prier le même Dieu, pour la paix et le bonheur de leur pays, pour que vive et survive ce petit ilot de fraternité au milieu de la houle.
Merci Monsieur le Président !
Du royaume éphémère des vivants,
Te parvient l’écho d’une voix poétique,
Qui s’insurge contre le feu des politiques.
Entre peur et doute, j’ai choisi la foi,
Car l’amour et la paix sont mes souhaits,
La seule voie du salut pour le SENEGAL,
Pour le bonheur de son peuple JOVIAL.
NGam Seydou de passage à Dakar.
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