02-06-2026 23:15 - Questions à la lisière de la souveraineté

Questions à la lisière de la souveraineté

Dahane Taleb Ethmane -- J’ai visité aujourd’hui le Cap Blanc à Nouadhibou, là où s’achèvent les frontières géographiques du pays et où commencent des interrogations troublantes. Le paysage y apparaît triste, malgré sa beauté naturelle, et peu conforme à ce que l’on pourrait attendre, dans la mesure où près de la moitié de la petite presqu’île de Nouadhibou échappe au contrôle national.

Cette minuscule virgule de terre enfoncée dans la mer est trop exiguë pour être partagée entre deux Etats. Une situation, pour le moins inconfortable, qui enferme notre capitale économique dans un espace restreint et place nos installations minières — poumon de l’économie nationale — à un jet de pierre d’un espace ne relevant pas directement de notre autorité.

Je pense que cette question, qui touche à la souveraineté nationale, devrait figurer parmi les priorités de nos autorités dans le cadre du règlement du dossier du Sahara occidental, et que notre « neutralité positive » ne saurait signifier une posture de simple spectateur, sans implication ni intérêt.

Sous un angle plus large, une question politique subsidiaire mérite d’être posée :

Pourquoi aucun des nombreux partis d’opposition mauritaniens, à ma connaissance, ne revendique, ne serait-ce que symboliquement, le rattachement du Sahara occidental à la Mauritanie, ou au moins, la réintégration de la région du Rio de Oro, comme c’était le cas avec une large reconnaissance, y compris celle du Royaume du Maroc lui-même, à la suite des accords de Madrid de 1975, avant que le gouvernement militaire issu du coup d’État de 1978 n’y renonce sans contrepartie ?

Notre Constitution interdit-t- elle une telle revendication ? Son coût politique est-il trop élevé ? Ou bien c’est parce que cela ne constitue tout simplement pas un enjeu électoral significatif ?

Pourtant de l’autre côté, certains partis marocains et non des moindres, continuent d’exprimer, de temps à autre, des revendications en faveur de l’intégration de la Mauritanie au Royaume du Maroc dans le cadre de ce qu’ils appellent le « Grand Maroc ». Bien que cette position ne reflète pas la ligne officielle du Royaume, qui reconnaît la Mauritanie depuis 1969, le sujet demeure toutefois présent dans les discours politiques et médiatiques.

Personnellement, je ne verrais aucun inconvénient à une telle forme d’intégration, de fusion ou d’union, quelle que soit l’appellation, souvent perçue comme taboue.

Qu’il s’agisse d’une intégration de la Mauritanie au Maroc ou l’inverse, sous une nouvelle dénomination et une architecture institutionnelle adaptée et consensuelle, le résultat sera potentiellement formidable : l’émergence d’une puissance régionale, ouverte sur deux façades maritimes – l’Atlantique (3 700 km) et la Méditerranée (500 km) – s’étendant jusqu’au delta du fleuve Sénégal sur une vallée d’eau douce longue de 600 km, à la jonction de l’Afrique au sud et de l’Europe au nord.

En somme un empire potentiel disposant de tous les atouts pour la croissance, le développement et la prospérité. Qui ne rêverait pas d’appartenir à un tel espace, et pourquoi ?

Dahane TALEB ETHMANE



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Commentaires (1)

  • activiobservat (H) 03/06/2026 01:09 X

    C'est très bien vos idées d'union avec le Maroc ou avec une partie du Sahara si ces unions sont négociees et non par la force. Mais vous avez ignore ou oublié dans votre analyse l'Algérie qui est un acteur puissant que personne ne peut ignorer dans ce qui va se passer dans la région. Actuellement, toute la situation dans la région est gérée par la force. Si les droits du peuple sahraoui sont encore reconnus par lONU c'est grâce à la force de l'Algérie, sinon le Maroc aurait déjà fait clore le dossier à lONU depuis longtemps. La Maurianie, si sa souveraineté et ses frontières existent encore c'est grâce à la présence du voisin Algérie et aussi grâce à l'ange gardien grand frère adoptif France, sinon le Maroc l'aurait deja avalée en digèrent ses ressources et en ejectant ses pauvres populations sous forme d’excretas. Lorsque la France a voulu adhérer au plan marocain pour le Sahara, le président Macron avait justifié cela en disant que le Sahara est vital pour le Maroc, sans parler d'aucune autre justification. Vous pouvez utiliser cette approche des choses pour la question de la presqu'île de Nouadhibou qui est une question vitale pour la Mauritanie.