18-09-2026 09:54 - Ould Ghazouani sous les projecteurs d’une réalité sombre !

Ould Ghazouani sous les projecteurs d’une réalité sombre !

Le Rénovateur Quotidien - À chaque déplacement présidentiel à l’intérieur du pays, le même décor semble se remettre en place. Cortège officiel, tapis humain, banderoles, ovations, youyous, discours et meetings populaires : tout est réuni pour donner au passage du chef de l’État les allures d’un grand moment de communion nationale.

Mais derrière cette mise en scène soigneusement orchestrée, une autre réalité demeure. Celle des populations confrontées au manque de services essentiels, au chômage, à la pauvreté, à l’enclavement et à des infrastructures qui ne répondent pas toujours à leurs besoins.

La prochaine tournée de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani dans l’Adrar et l’Inchiri, du 20 au 26 septembre, reprend largement ce format : accueils populaires, festivals et rencontres avec les habitants sont inscrits au programme officiel dans plusieurs localités.Le problème n’est évidemment pas que le président rencontre les populations.

Au contraire. Une présence présidentielle dans les régions peut être utile lorsqu’elle permet de constater directement les réalités du terrain, d’entendre les citoyens et de mesurer l’état réel des politiques publiques. La question est plutôt celle du format de ces déplacements.

La République en représentation

Lorsque des dizaines, voire des centaines de cadres, élus, responsables administratifs et personnalités politiques convergent vers une localité pour accueillir le président, le risque est de transformer une visite de travail en opération de représentation.Le phénomène n’est pas nouveau. Des critiques publiées lors de la tournée présidentielle au Gorgol en février 2026 relevaient déjà la mobilisation des cadres et des élus autour des étapes présidentielles, avec des populations appelées à participer massivement aux accueils.

Dans ce dispositif, chacun semble avoir son rôle : les cadres doivent être vus, les élus doivent montrer leur mobilisation, les notables leur influence et les populations leur enthousiasme.Mais qui parle réellement au président ?Qui lui montre les quartiers oubliés, les familles en difficulté, les jeunes sans emploi, les agriculteurs confrontés à leurs contraintes quotidiennes, les malades qui peinent à accéder aux soins ou les citoyens qui attendent encore les services publics promis ?

La foule est visible. La misère, elle, l’est beaucoup moins. L’ovation ne mesure pas le développement Une foule enthousiaste ne constitue pas un indicateur de développement. Le nombre de personnes présentes le long d’un itinéraire présidentiel ne dit rien de la qualité d’une école, de l’état d’un centre de santé, de l’accès à l’eau ou de la situation économique d’une localité.

Pourtant, dans la communication politique, l’image de la foule possède une force particulière. Elle donne immédiatement l’impression d’une adhésion massive. C’est précisément là que le pouvoir doit se méfier de son propre miroir.

À force de montrer au président ce que son entourage souhaite qu’il voie, on finit par éloigner le décideur de ce qu’il devrait réellement regarder. Une visite présidentielle devrait être un instrument de vérité. Elle ne doit pas devenir un décor destiné à confirmer que tout va bien.

Quand les cadres deviennent le public du président Le déplacement massif de cadres venus de Nouakchott ou d’autres régions pose également une question d’efficacité.Un responsable public mobilisé pendant plusieurs jours pour participer à un accueil présidentiel est un responsable qui n’est pas, durant ce temps, à son poste. À cela s’ajoutent les dépenses liées au transport, à l’hébergement, à la sécurité, à la logistique et à l’organisation des manifestations.

Dans un pays où les ressources publiques sont limitées et où certaines collectivités font face à des besoins élémentaires, chaque dépense devrait pouvoir être justifiée par son utilité pour les citoyens.Pourquoi mobiliser autant de moyens pour fabriquer quelques heures d’images et d’ovations lorsque ces mêmes moyens pourraient contribuer, directement ou indirectement, à résoudre certains problèmes locaux ?La question mérite au moins d’être posée.

Changer de format, pas de présence

Le président n’a donc pas nécessairement besoin de renoncer aux déplacements à l’intérieur du pays. Il serait plutôt temps d’en changer le format.Moins de cortèges.Moins de mise en scène.Moins de mobilisation administrative.Davantage de terrain.Pourquoi ne pas privilégier des visites inopinées dans les quartiers périphériques, les écoles, les centres de santé, les marchés, les exploitations agricoles ou les infrastructures en difficulté ?

Pourquoi ne pas organiser des rencontres restreintes avec des citoyens choisis sur des critères transparents, plutôt que de privilégier systématiquement ceux qui disposent déjà d’un accès aux circuits du pouvoir ?

Pourquoi ne pas publier, après chaque tournée, un état précis des doléances recueillies, des engagements pris et de leur niveau d’exécution ? Ce serait une autre conception de la proximité présidentielle : moins spectaculaire, mais beaucoup plus révélatrice.

Sortir du théâtre des apparences

Le président peut difficilement connaître la réalité d’une région à travers les seules foules qui l’accueillent.Les foules peuvent être sincères. Elles peuvent aussi être mobilisées. Les deux réalités peuvent même coexister. Mais l’image d’une foule enthousiaste ne saurait, à elle seule, traduire l’état d’une société.

La véritable popularité d’un pouvoir ne se mesure pas seulement au nombre de personnes qui viennent l’applaudir lorsque son cortège arrive.Elle se mesure aussi à ce qui reste après son départ.Une école qui fonctionne.Un dispensaire équipé.De l’eau accessible.Des emplois.Des routes praticables.Une administration présente.

Et surtout, le sentiment pour le citoyen d’être considéré autrement que comme un figurant d’une journée présidentielle.Il serait donc temps de sortir du président en tournée pour entrer dans l’ère du président en immersion.

Car les applaudissements peuvent embellir une visite.Ils ne peuvent pas effacer la réalité.Et lorsque les projecteurs s’éteignent, lorsque le cortège repart vers Nouakchott et que les cadres retournent à leurs bureaux, les populations, elles, restent face à leur quotidien.C’est ce quotidien-là que le pouvoir devrait désormais apprendre à regarder en face.





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