29-09-2026 16:04 - Mauritanie. Des associations réclament l'adoption d'une loi contre les violences faites aux femmes
AFRCA RADIO - Après plusieurs affaires de viol, notamment sur des fillettes, des associations et militants des droits humains réclament en Mauritanie l'adoption d'une loi spécifique contre les violences faites aux femmes, alors que le projet Karama est bloqué au Parlement depuis 2020.
Face à une série d'agressions sexuelles qui ont suscité une vive émotion en Mauritanie ces dernières semaines, la société civile réclame l'adoption d'une loi pour punir les violences basées sur le genre.
Plusieurs affaires de viols, notamment sur des petites filles de 7 et 4 ans, ont récemment ravivé le débat sur la nécessité de punir les crimes sexuels dans cette République islamique où aucune loi spécifique ne traite de ces violences.
"À chaque fois qu'une femme est violée, elle est incriminée de +zina+ (relation sexuelle hors mariage), au lieu que l'auteur du viol n'endosse toute la responsabilité", s'est insurgée Roughaya Habott, militante de droits humains, sur une chaîne de télévision locale dimanche 27 septembre.
Face au vide juridique actuel et à l'impunité, des rassemblements à l'appel d'associations ont été organisés pour réclamer des sanctions exemplaires contre les auteurs de viols et exiger la promulgation d'une loi pour traiter ces affaires.
Une coalition d'association a réclamé l'adoption du projet de loi Karama, bloqué depuis 2020 au Parlement
"Les femmes sont en insécurité permanente en raison de la recrudescence des cas de viols", a expliqué lundi à l'AFP Salamata Sy, présidente de l'Association mauritanienne pour la promotion de l'éducation des filles (Ampef) et activiste des droits humains. "Les violences faites aux femmes, notamment les viols suivis de meurtre, constituent un phénomène qui occupe le quotidien des Mauritaniens aujourd'hui", alerte Mme Sy.
Dimanche, une coalition d'association a réclamé l'adoption du projet de loi Karama, bloqué depuis 2020 au Parlement. Ce projet, réclamé par les associations, prévoit de criminaliser les violences physiques, sexuelles, psychologiques et économiques, le viol, l'inceste et le harcèlement sexuel.
Des responsables religieux, notamment l'imam de la grande mosquée de Nouakchott, et des milieux conservateurs contestent certaines dispositions du projet
Il réprime également les violences domestiques, les mutilations génitales féminines, les menaces, les coups et blessures et certaines privations de droits, et comprend des dispositifs de protection et d'accompagnement pour les victimes. Validé en Conseil des ministres depuis plus de cinq ans, ce texte a été rejeté à plusieurs reprises par le Parlement.
Des responsables religieux, notamment l'imam de la grande mosquée de Nouakchott, et des milieux conservateurs contestent certaines dispositions du projet qu'ils jugent "en contradiction avec la charia (loi islamique)", principale source de législation du pays.
Biram Dah Abeid, député et militant des droits de l'Homme, dénonce auprès
de l'AFP "l'influence d'extrémistes obscurantistes" qui ont fait avorter le projet de loi.
Le gouvernement n'a pas encore réagi aux demandes des organisations. "Il est vraiment temps que la loi Karama qui attend dans les tiroirs depuis plusieurs années soit promulguée pour endiguer le phénomène du viol qui fait ravage au sein de la communauté des femmes et des filles", a dit à l'AFP Kory ould Sneiba, secrétaire général de l'organisation SOS Esclaves.
Par La Rédaction /avec AFP
