04-10-2026 21:46 - L’école républicaine ouvre ses portes sous les eaux…
LE RÉNOVATEUR QUOTIDIEN -
À Nouakchott, la rentrée scolaire 2026-2027 commence, dans plusieurs établissements, avec un décor qui contraste singulièrement avec les ambitions affichées pour l’école mauritanienne.
Des eaux stagnantes, des cours boueuses, des détritus, des abords détrempés et des équipements parfois éprouvés par les intempéries rappellent que la réforme de l’éducation ne se joue pas uniquement dans les programmes et les discours.
Elle se mesure aussi à l’état concret de l’école dans laquelle l’élève entre chaque matin.Le spectacle est, par endroits, désolant. Dans plusieurs établissements de Nouakchott, les dernières pluies de septembre ont laissé derrière elles des mares qui tardent à disparaître.
L’eau stagnante s’installe au milieu des cours, se mêle aux détritus et transforme certains espaces en zones boueuses et difficilement praticables. Ici, une flaque devenue mare ; là, des abords de classes encore humides ; ailleurs, des installations qui donnent le sentiment d’avoir été prises de court par une saison des pluies pourtant loin d’être exceptionnelle.Même les établissements présentés comme des structures modernes ou relevant de l’« excellence » n’échappent pas toujours à cette réalité.
Les bâtiments peuvent être neufs, les salles plus nombreuses et les équipements plus récents ; encore faut-il que l’environnement immédiat soit entretenu, drainé et rendu fonctionnel avant l’arrivée des élèves.
Une rentrée avec les pieds dans l’eau
Le problème peut sembler secondaire face aux grands enjeux de la réforme. Il ne l’est pourtant pas.Une école n’est pas seulement un programme, un manuel, un enseignant et une salle de classe. Elle est aussi un environnement dans lequel l’enfant doit pouvoir apprendre dans des conditions élémentaires de sécurité, d’hygiène et de dignité.
À quelques jours de la rentrée, les autorités avaient précisément annoncé une campagne destinée à préparer les établissements de Nouakchott : comblement des mares, évacuation des eaux stagnantes, réparation des portes et fenêtres, nettoyage, peinture et remise en état des façades.
Le fait que le Premier ministre ait encore insisté, le 29 septembre, sur la nécessité d’achever le nettoyage et d’évacuer les résidus des pluies, les dépôts de sable et les eaux stagnantes montre que cette question n’est pas passée inaperçue au niveau gouvernemental. Il a également demandé la mise en place de plans préventifs face à d’éventuelles précipitations.
Le véritable sujet est donc moins l’existence ponctuelle de mares après une pluie que la capacité du système à préparer durablement les établissements à un phénomène climatique récurrent.
Quand les directeurs deviennent agents d’entretien
À cette vulnérabilité liée aux pluies s’ajoute un problème plus discret, mais révélateur du fonctionnement quotidien de nombreux établissements : le déficit de personnel chargé de l’entretien et de la surveillance.
Dans certaines écoles, il n’y aurait pas suffisamment de gardiens, de balayeurs ou de personnel domestique pour assurer les tâches élémentaires avant et pendant la rentrée. Résultat : à la veille de l’ouverture des classes, des directeurs se retrouvent eux-mêmes à chercher des solutions pour rendre les salles présentables, nettoyer les locaux et débarrasser les cours des détritus accumulés.La scène est révélatrice d’un dysfonctionnement qui dépasse la seule question des pluies.
Le directeur d’école est d’abord chargé de piloter l’établissement, d’assurer son fonctionnement pédagogique et administratif et de coordonner les équipes. Lorsqu’il doit, à quelques heures de la rentrée, se transformer en organisateur de nettoyage faute de personnel dédié, c’est toute la chaîne de gestion de l’établissement qui est interrogée.
Cette situation pose également une question simple : à quoi sert de construire de nouvelles salles si l’on ne prévoit pas les moyens humains nécessaires pour les maintenir propres, surveillées et fonctionnelles ?
L’entretien scolaire n’est pas une tâche accessoire. Il fait partie du coût réel du fonctionnement d’une école. Comme les enseignants, les manuels, les tables-bancs ou les équipements sanitaires, les personnels d’entretien et de gardiennage participent à la qualité du service public d’éducation.
De la construction à la qualité
Cette question prend une dimension particulière au regard du tournant pris par la réforme éducative.Depuis plusieurs années, la Mauritanie a engagé un vaste chantier autour de l’École républicaine, avec l’objectif affiché de rapprocher les enfants d’un même système public, d’élargir l’accès à l’éducation et de réduire les disparités.
La loi d’orientation de 2022 a notamment consacré l’obligation et la gratuité de l’éducation pour les enfants de 6 à 15 ans.Le bilan présenté à l’occasion de la rentrée met en avant les efforts réalisés en matière d’infrastructures, d’équipements et de recrutement d’enseignants. Mais une fois l’école construite et ouverte, une autre question apparaît : qui la fait fonctionner au quotidien ?
C’est précisément là que les mares, les détritus et l’absence de personnel d’entretien prennent une valeur symbolique.Après avoir longtemps souffert du manque de salles, de tables-bancs et d’établissements, le système éducatif entre dans une phase où la question n’est plus seulement : combien d’écoles avons-nous construites ? Elle devient : dans quel état sont-elles, comment fonctionnent-elles et qu’y apprend-on ?
Une réforme ne se mesure pas seulement aux chiffres
Les efforts consentis ces dernières années sont réels. Le réseau scolaire s’est étendu, le nombre d’enseignants a progressé et de nouvelles infrastructures ont été mises en place.Mais l’augmentation quantitative de l’offre ne règle pas automatiquement les problèmes de fond.
Il reste la formation et l’encadrement des enseignants, la régularité des cours, la disponibilité des manuels, l’entretien des bâtiments, l’hygiène, l’eau, les sanitaires, l’électricité, la gestion des effectifs, la discipline scolaire et, surtout, les résultats pédagogiques.
À cette liste, il faut ajouter une dimension souvent négligée : les personnels qui font vivre matériellement l’établissement.Un gardien absent, un balayeur manquant ou des locaux mal entretenus peuvent paraître insignifiants dans les grandes statistiques nationales. À l’échelle d’une école, ils deviennent pourtant immédiatement visibles.Autrement dit, l’école peut être construite sans être encore pleinement fonctionnelle.
L’entretien, le parent pauvre de l’investissement scolaire
La question de l’entretien est rarement spectaculaire. Elle ne donne pas lieu à des cérémonies d’inauguration et ne produit pas de grands chiffres politiquement valorisants. Elle constitue pourtant l’une des conditions les plus élémentaires de la durabilité de l’investissement public.Une porte cassée, une fenêtre sans vitre, une cour ensablée, des toilettes dégradées, une mare qui persiste plusieurs jours ou des déchets qui s’accumulent peuvent sembler être des détails.
Additionnés, ils contribuent cependant à dégrader l’environnement scolaire et l’image même de l’école publique.Le défi est encore plus important dans une ville comme Nouakchott, où l’urbanisation, l’ensablement et les problèmes de drainage rendent les établissements particulièrement vulnérables aux épisodes pluvieux.
La réponse ne devrait donc pas se limiter à intervenir après chaque pluie. Elle devrait intégrer systématiquement, dans la conception et la gestion des établissements, la question du drainage, de l’évacuation des eaux, de l’entretien des cours et des accès, mais aussi celle des effectifs nécessaires à l’entretien quotidien.
L’hymne de l’école républicaine face à la réalité du terrain
À la veille de la rentrée, le discours officiel a de nouveau placé l’École républicaine au cœur du projet national : une école unificatrice, accessible et capable d’offrir à tous les enfants les mêmes chances.L’ambition est considérable. Mais elle se heurte parfois à des scènes beaucoup plus prosaïques : un élève enjambant une mare pour atteindre sa classe, une cour transformée en bourbier, des détritus encore visibles ou un directeur contraint de chercher lui-même des solutions pour nettoyer les salles avant l’arrivée des élèves.
L’hymne de l’école républicaine résonne alors avec une certaine dissonance : celui d’une école appelée à incarner l’unité, l’égalité et la modernité, mais dont certains établissements peinent encore à garantir les conditions matérielles les plus élémentaires.Ce décalage ne condamne pas la réforme.
Il en souligne plutôt la nouvelle exigence.Car une réforme éducative finit toujours par être jugée non pas seulement à travers ses textes, ses statistiques ou ses cérémonies, mais à partir de l’expérience quotidienne de l’élève et de l’enseignant.
Le vrai examen commence maintenant
La rentrée 2026-2027 devait être une nouvelle étape dans la transformation du système éducatif mauritanien. L’enjeu est désormais de faire en sorte que cette ambition descende jusqu’au dernier mètre carré de la cour d’école.
Il ne suffit plus de construire davantage. Il faut construire mieux, entretenir régulièrement, anticiper les pluies, assainir les établissements, sécuriser les accès et surtout doter chaque école des moyens humains indispensables à son fonctionnement.L’école républicaine ne peut pas être seulement une école qui ouvre ses portes. Elle doit être une école qui fonctionne.
Et dans les mares qui entourent certaines écoles de Nouakchott, comme dans les salles que les directeurs s’efforcent de remettre en état à la veille de la rentrée, se lit peut-être l’un des grands défis de la réforme : passer d’une logique de rattrapage quantitatif à une véritable culture de la qualité, de l’entretien et de la responsabilité publique.
