19-10-2026 14:15 - Ne jamais croire que cela ne peut pas nous arriver

Ne jamais croire que cela ne peut pas nous arriver

Ce qui se passe dans la société française doit nous interpeller. Non pas pour nous réjouir de ses difficultés, mais pour apprendre. Car une société qui refuse de regarder les signaux d’alerte finit souvent par les subir.

La France est un grand pays. Un pays riche, puissant, développé, doté d’institutions solides, d’universités prestigieuses, d’infrastructures modernes et d’un système social que beaucoup de pays lui envient.

Et pourtant, comme d’autres sociétés occidentales, en Italie, en Albanie, etc., elle connaît des tensions profondes : une jeunesse inquiète pour son avenir, des fractures sociales, une défiance croissante envers les institutions et une colère qui peut, lorsqu’elle n’est ni entendue ni traitée, devenir dangereuse.

C’est précisément cela qui devrait nous intéresser. Non pas la France en tant que telle, mais ce que nous pouvons apprendre de la France.

J’ai vécu à Paris pendant huit bonnes années. J’ai aimé cette ville extraordinaire, cosmopolite, ouverte au monde, cette ville lumière où se croisent chaque jour des millions de destins. Lorsque j’y vivais, je pensais parfois, comme beaucoup de personnes qui découvrent un pays développé, que tout y était organisé et que les grandes difficultés étaient nécessairement derrière eux.

J’ai compris depuis que le développement matériel ne protège aucune société contre les crises humaines.

Une jeunesse qui ne croit plus en son avenir peut devenir une force de rupture, même dans un pays riche. Une population qui ne se sent plus entendue peut finir par rejeter ses institutions. Une société qui accumule les frustrations sans offrir de perspectives peut voir apparaître des phénomènes qu’elle croyait impossibles.

C’est une leçon qui dépasse largement les frontières françaises. Et mes pensées vont directement au vieux continent.

L’Afrique n’a pas besoin de conflits supplémentaires.

L’Afrique a besoin de paix et de développement.

Elle a besoin d’écoles, d’hôpitaux, d’entreprises, d’emplois, d’une agriculture productive, d’industries, d’infrastructures, de justice, de sécurité, de services publics efficaces et, surtout, d’une jeunesse qui puisse croire en son avenir sans être obligée de partir ailleurs pour réussir.

Les Africains méritent de pouvoir vivre dignement sur leur propre terre. Et cela ne viendra ni des discours, ni des slogans, ni de la fatalité. Cela viendra du travail. Du travail, encore du travail et toujours du travail.

Comme le disait l’ancien Président sénégalais Abdoulaye Wade, avec son célèbre appel à « travailler, beaucoup travailler, encore travailler et toujours travailler ».

Cette idée rejoint également ce que Son Excellence le Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, disait lors de son déplacement à Akjoujt, en résumant le chemin de la transformation par une formule forte : « le travail, puis le travail, puis le travail ».

Ces mots ne devraient pas rester de simples paroles prononcées lors d’un discours, mais devenir une méthode de gouvernement et une philosophie collective.

Lorsque nous faisons de la politique, nous devons nous souvenir d’une chose essentielle : la politique est une affaire de service.

Être au service de sa population, c’est rendre la vie des citoyens plus simple.

C’est permettre à une mère de scolariser ses enfants.

C’est permettre à un jeune de trouver un emploi sans être obligé de quitter son pays.

C’est permettre à un entrepreneur de créer son entreprise sans être écrasé par la bureaucratie.

C’est permettre à un agriculteur de produire et de vendre.

C’est permettre à un malade d’être soigné dignement.

C’est permettre à un citoyen d’obtenir ses documents administratifs sans humiliation ni interminables démarches.

C’est garantir la justice.

C’est construire des routes, produire de l’électricité, améliorer l’accès à l’eau, développer l’éducation et créer les conditions permettant à chacun de travailler et de vivre de son travail.

Voilà le véritable développement.

En Mauritanie, l’arrivée au pouvoir de Son Excellence le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani avait suscité beaucoup d’espoir.

Depuis, des choses ont effectivement bougé à plusieurs niveaux, dans les politiques publiques comme dans certains secteurs de notre économie et de notre administration, notamment dans le domaine du numérique, qui facilite beaucoup de démarches.

L’espoir est toujours permis, avec ce mandat consacré à la jeunesse pour changer la vie des citoyens.

Parce que ce qui compte finalement, ce n’est pas seulement ce que l’État réalise sur le papier, mais ce que le citoyen ressent dans sa vie quotidienne.

Un pays peut annoncer des milliards d’investissements. Mais si le jeune reste sans emploi, si la famille peine à se nourrir, si l’entrepreneur renonce à investir, si le citoyen ne voit pas d’amélioration concrète de son quotidien, alors le développement reste incomplet.

Le défi est donc immense : transformer les progrès macroéconomiques en progrès visibles dans la vie quotidienne des Mauritaniens.

Là aussi, Son Excellence le Président de la République, lors de sa visite dans l’Adrar, a rappelé une évidence essentielle : le développement n’a de sens que lorsqu’il se traduit dans la vie quotidienne du citoyen, par de meilleurs services, des emplois et de nouvelles opportunités.

Alors, changeons les choses. Répondons à l’appel. Travaillons sans jamais être fatalistes.

Car il existe dans nos sociétés une tentation dangereuse : celle de tout expliquer par la fatalité.

Bien sûr, nous sommes croyants et notre foi nous enseigne que tout appartient à Allah.

Mais croire en la volonté divine ne signifie pas renoncer à notre responsabilité humaine. Allah nous a aussi donné l’intelligence, la volonté, les bras pour travailler, la raison pour décider et la capacité de construire.

La fatalité ne doit jamais devenir une excuse à l’inaction.

Nous ne devons pas accepter la pauvreté comme une identité.

Nous ne devons pas accepter le sous-développement comme une destinée.

Nous ne devons pas accepter que nos enfants héritent des mêmes difficultés que leurs parents.

Nous devons changer ce qui peut être changé.

Il est des moments, dans la vie publique comme dans la vie privée, où les peuples et les individus se laissent glisser vers l’abîme. Non pas nécessairement parce qu’ils l’ont voulu, mais parce qu’ils ont cessé de vouloir autre chose. Par lassitude, par résignation, par impuissance ou par cette étrange fascination qu’éprouve celui qui, appuyé sur une balustrade, regarde le vide et finit par croire qu’il est plus facile de s’y abandonner que de faire l’effort de résister.

C’est ce vertige du renoncement qui menace les sociétés lorsqu’elles cessent de croire qu’elles peuvent faire mieux.

Mohameden FALL





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Source : Mohameden FALL
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