03-10-2021 23:35 - Secteur pêche : un Ministre qui ambitionne de mettre fin à un tâtonnement décrié
Sidi El Moctar TALEB HAMME -
Suite à la publication de mon article du 27 septembre dernier (voir lien ci-dessous, à la fin de l'article), j’ai découvert les détails d’une communication qui venait juste d’être adoptée en Conseil des Ministres relative à la nécessité de réviser la stratégie sur la base de laquelle le secteur est géré depuis juillet 2020.
Il s’agit de la Stratégie d’Aménagement et de Développement Durable et Intégré des Pêches Maritimes 2020-2024 qui, comme son nom l’indique, exclut la pêche continentale, l’aquaculture dulcicole et d’autres domaines relevant de l’économie maritime (affaires maritimes).
Dans cette communication, très résumée comme il est de tradition pour ce genre de documents, Monsieur le Ministre des Pêches et de l’Economie Maritime exprime clairement sa volonté de prendre en considération les différents volets du secteur et de les intégrer au sein d’une seule et même stratégie sectorielle.
On n’y lit aussi l’ambition de mettre fin au tâtonnement décrié qui a toujours caractérisé la conception, la planification et la mise en œuvre des stratégies et projets de développement de ce secteur. A Dieu donc l’ère des opérations chirurgicales de propagande politique, c’est-à -dire des manœuvres trompeuses du genre changement de paradigmes et usage de vocables caractéristiques généralement des réformes radicales.
Peut-être, un espoir qui renait et une opportunité à saisir pour rappeler aux experts politiques la logique liant, dans le domaine de la planification, le trio vision-approche-action et puis les processus à suivre dans chaque cas pour atteindre les objectifs des stratégies et projets de développement qui les accompagnent.
Au niveau de la vision, les experts en charge de l’opération de révision de la stratégie en vigueur, devront veiller à déterminer clairement les différents volets du secteur, c’est-à -dire faire émerger l’ensemble des sous-secteurs sur lesquels le Ministre chargé des pêches et de l’économie maritime exerce -ou doit exercer- ses pouvoirs (https://cridem.org/C_Info.php?article=661297). Sur cette base, se définissent, pour chacun des sous-secteurs retenus, des orientations stratégiques couvrant le court, le moyen et le long terme.
La vision doit aussi assurer un développement équilibré et durable des volets du champ de compétences du Ministre en harmonie avec les dispositions de la stratégie sectorielle et les orientations de la politique nationale (SCAPP 2016-2030) et tenir compte des orientations, des principes et des directives des organisations sous-régionales, régionales et internationales.
A remarquer que pour être complète, cette vision devra explicitement prévoir la problématique des aléas climatiques et d’adaptation au changement climatique (ACC) et de gestion des risques de catastrophes (GRC) sachant que chacun des volets constituant la pêche et l’économie maritime, est exposé aux effets de tels aléas et phénomènes.
A ce stade, mon commentaire se limite à attirer l’attention de Monsieur le Ministre sur des éléments qui pourraient l’aider à réaliser son ambition et à gagner un pari que ses prédécesseurs ne l’ont jamais, par le passé, réussi. C’est celui de comprendre le sens et la portée de "la pêche et l’économie maritime" et de "la vulnérabilité au changement climatique" pour mettre en place une stratégie sectorielle qui met définitivement fin à plusieurs décennies de tâtonnement (https://cridem.org/C_Info.php?article=661653).
Il y a la nécessité d’adopter une approche inclusive et participative capable de faire redécouvrir les vrais problèmes du secteur et rassembler des proposions de solutions issues des différentes catégories d’acteurs et de bénéficiaires et puis d’assurer l’adhésion de ces derniers au produit final de l’opération de révision en perspective et/ou déjà en cours.
A l’issue de cette étape de collecte d’informations et d’avis pour établir un diagnostic actualisé du secteur, la préoccupation principale serait une analyse axée sur la recherche d’une approche qui met fin à une dichotomie "pêche" et "marine marchande ou affaires maritimes", reflétée souvent au niveau de la stratégie et de l’organigramme (?% ). Il pourra s’agir de définir de grands thèmes et de les décliner en axes et sous-axes stratégiques de manière à traduire et refléter tout ce qui pourrait garantir la santé durable des écosystèmes et la pérennité de leurs services.
Après le travail à réaliser en matière de vision et d’approche, une attention particulière est aussi à accorder à la définition des actions. Celle-ci consiste à décliner, par axe et sous-axe, les objectifs et les objectifs spécifiques de la stratégie en activités principales, activités et sous-activités dans les limites et le respect du cadrage de la vision et en application de l’approche adoptée (vision avant l’action, comme dit-on). Plus les actions sont pertinentes dans leurs contenus et leur ordre chronologique d’exécution, plus leur réalisation permet d’atteindre l’objectif visé ou fait avancer sur la voie de son atteinte.
Par ailleurs, il est vivement conseillé à Monsieur le Ministre de ne pas occulter, lors de cette opération de révision de la stratégie 2020-2024, l’analyse des conséquences de la stratégie 2015-2019 sur la ressource, sur l’environnement et sur les petits métiers de la pêche et même sur certains anciens opérateurs (?%). A propos, de proches collaborateurs de Son Excellence sont, soit auteurs de la conception et la planification de ladite stratégie, soit acteurs principaux dans sa mise en œuvre ou les deux à la fois.
Aussi, il est rappelé à tous qu’une stratégie sectorielle n’est pas un ou deux ou plus parmi les cinq (5) points ci-dessous, mais plutôt le résultat de leurs effets ensembles (effet de masse). Ces points sont les suivants :
1. un texte théorique bien conçu, bien rédigé, publié sur le site du Ministère et ou sous forme d’un livret bien illustré, un texte cautionné aussi par les organisations socioprofessionnelles, la société civile organisée et les partenaires techniques et financiers ( ?%) ;
2. La transcription ou la traduction de la substance de la stratégie en un cadre règlement complet, souple et dynamique et en harmonie avec les orientations stratégiques et l’esprit ou la philosophie qui sied derrière les réformes préconisées ( ?%) ;
3. Un organigramme caractérisé par l’efficacité et l’efficience : concrétisation, de manière logique, des différents volets du secteur et de leurs interrelations en structures, reflet des priorités conjoncturelles de la stratégie sectorielle du secteur ( ?%) ;
4. Les moyens matériels et financiers nécessaires pour la mise en œuvre de la stratégie, y compris pour les projets de développement et pour l’ACC et la GRC ( ?%) ;
5. Les ressources humaines ou le rôle du facteur humain par rapport au reste : adéquation du profil avec la description du poste, la compétence, l’expérience, le patriotisme et le dévouement du cadre technique, l’honnêteté, la moralité et la probité des gestionnaires.
Dans cette opération de révision de la stratégie 2020-2024, il ne s’agit pas certes de planifier et concevoir toute une nouvelle stratégie sectorielle. Mais il ne pourra pas non plus s’agir uniquement de trouver des solutions aux quelques insuffisances soulevées dans la communication en Conseil des Ministres et selon le groupement fait des volets du secteur pour constituer de nouveaux axes stratégiques fédérateurs.
https://cridem.org/C_Info.php?article=749541
Dr Sidi El Moctar Taleb Hamme
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