22-02-2012 10:46 - Etats généraux de l’Education : Sauver l’école mauritanienne du naufrage.
Il ya ceux qui soutiennent que notre école est déjà au fond du gouffre, ils n’ont pas tord. D’autres, plus optimistes, pensent qu’il reste encore une lueur d’espoir, une ultime occasion à saisir pour sauver ce qui peut encore l’être.
« Crédule » certes, cette deuxième catégorie a, cependant, le mérite de continuer à croire aux vertus de la concertation, celles de la réflexion approfondie, celles de la mise en commun des efforts de tous les mauritaniens conscients des dangers de l’ignorance et ses corollaires (maladie, pauvreté, analphabétisme, fanatisme et intolérance) et qui tiennent mordicus à redresser notre système éducatif national même s’ils doivent payer le plus fort.
La volonté exprimée par les pouvoirs politiques pour sauver notre système éducatif et les premières mesures prises allant dans ce sens, sont réconfortantes à plus d’un titre. Cette attitude volontariste et résolument tournée vers la recherche d’une solution objective au mal qui s’attaque à notre école, a de quoi susciter un regain d’intérêt chez tout mauritanien et l’amener à s’investir pour apporter sa contribution aussi modeste soit-elle pour sauver l’école mauritanienne.
Il est vrai qu’à l’état actuel des choses, c’est la commission nationale des états généraux de l’éducation et de la formation (CNEGEF) qui a le pied à l’étrier pour un travail de conception qui, le moins que l’on puisse dire, doit cibler tous les aspects sensibles et faire l’inventaire de tous les maux de notre éducation dans le but de les soumettre au débat lors des prochaines assises nationales.
Mais cette commission, aussi experte soit-elle, ne doit pas s’enfermer dans sa tour d’ivoire, meilleure façon de rééditer les erreurs commises dans un passé récent lorsqu’il s’est agi de définir les curricula, le continu, les méthodes et les programmes d’enseignement devant constitués l’ossature de la reforme de 1999 à propos de laquelle tous sont unanimes à dire qu’elle a pêché par absence de consensus et par parachutage dans un milieu scolaire où elle ne suscitait que dédain et antipathie.
Pour éviter de reproduire cette erreur monumentale, la CNEGEF doit, dés à présent, aller à la rencontre des véritables acteurs et artisans du secteur, notamment le personnel d’encadrement et le personnel enseignant ainsi que les APE (associations des parents d’élèves).
Elle doit également se concerter avec les partenaires sociaux et institutionnels de l’école, recueillir leurs avis et forger ses décisions sur leurs apports forcément enrichissants, parce que fruits de l’expérience et de la pratique courante. Les thèmes retenus par la Commissions nationale de supervision des états généraux de l’éducation nationale sont d’une pertinence incontestable ; ils embrassent de façon globale toute la problématique de notre éducation et ont l’avantage de susciter l’adhésion de tous.
Seulement, l’aspect linguistique escamoté dans cette thématique pourrait compromettre sérieusement la réussite des assises en ce sens, que tous sont unanimes, à dire que le problème principal, l’unique problème diront certains, c’est le problème de la langue ou des langues d’enseignement.
Inscrire la problématique des langues au cœur des préoccupations
Passer sous silence cet aspect est une erreur monumentale, la commission de supervision devrait, pendant qu’il est encore temps, revenir sur cet aspect et lui donner toute l’importance qu’il mérite au lieu de le considérer comme un thème transversal comme c’est le cas dans le communiqué de presse qu’elle a rendu public.
Il est grand temps de reconnaître que sans le règlement de cet épineux problème, rien de sérieux ne peut être entrepris. La Mauritanie est riche de sa diversité culturelle tout comme elle est ancrée dans sa tradition arabo-islamique riche et largement partagée par toutes les composantes nationales. Cette diversité culturelle devrait être une force et permettre à notre pays de se hisser au rang des nations les plus développées du fait des ses potentialités culturelles, humaines et économique.
Hélas ! Les intérêts mesquins, le chauvinisme exacerbé, les luttes intestines entre nationalistes étroits des deux bords, ont de tout temps empêché l’éclosion d’une Mauritanie plurielle dans les écoles de laquelle chaque enfant se retrouve, s’épanouit et se développe harmonieusement.
Cultiver la tolérance et le respect de l’autre au sein de notre école ne peut se faire que lorsque l’Arabe et les langues nationales (Poular, Soninké, Wolof) seront enseignés aux enfants mauritaniens qui dés le bas âge découvriront leur appartenance à une entité « variée » mais soudée.
Il importe également de s’ouvrir au reste du monde avec le maintien du français comme langue d’ouverture et le renforcement des autres langues internationales (Anglais, Chinois, Espagnol etc.).
Redorer le blason de l’administration éducative
Une fois le problème de langue résolu, il serait judicieux de s’attaquer au récurent problème du pilotage de notre système éducatif qui pèche actuellement par le tâtonnement et l’improvisation si ce n’est pas l’immobilisme total. L’administration centrale sensée piloter l’ensemble du dispositif de notre système éducatif est impotente du fait de l’absence des ressources et d’un personnel qualifié.
La Direction de la Nutrition et de l’Education sanitaire (DNES), la direction des Ressources humaines (DRH), la Direction des Examens et de l’Evaluation (DEE) tout comme l’IPN, la Direction de l’Enseignement Fondamental, la Direction de l’Enseignement Secondaire et la Direction de la Stratégie, de la Planification et de la Coopération, sont actuellement dans un état que d’aucuns pourraient qualifier de végétatif. Non seulement, ces directions fonctionnent avec des moyens très limités, mais elles sont surtout pour la plupart infestées par des individus, le plus souvent, sans compétence et portés à la paresse.
Le quotidien de ces planques pour fonctionnaires oisifs et désœuvrés donne aux visiteurs l’image de bateaux au bord du naufrage, où seuls un capitaine et quelques rares matelots continuent encore à tenir la barre. Dans ces Directions ce sont des causeries au quotidien, du Thé à longueur de journée, des visiteurs impromptus mais surtout la déche qui pousse certains fonctionnaires à la conscience professionnelle douteuse, de se livrer à des comportements hautement répréhensibles.
La diète financière, à laquelle, sont soumises ces Directions (réduction drastique du budget de fonctionnement) leur donne une image peu reluisante (une imprimante unique pour plusieurs services et divisions). Cette mesure décidée sous le magistère de l’actuel hôte du palais ocre présente un côté positif (rationalisation des deniers publics) mais, les dégâts collatéraux qu’elle occasionne sont redoutables pour une administration aspirant à la modernité et à l’efficacité. Il urge, pour les responsables du secteur éducatif de trouver une solution qui allie rationalisation de moyens et rehaussement de la qualité des services.
Cette solution judicieuse passe forcément par la mise à la disposition des structures centrales, régionales, départementales et locales des moyens nécessaires pour leur bon fonctionnement.
Aussi, est-il important de procéder à un contrôle rigoureux afin de débusquer tous les budgétivores, les maîtres de l’art de l’octroi des marchés à commission, les falsificateurs et les champions de la surfacturation, ceci dans le but d’assainir la gestion de notre administration éducative et redonner confiance aux bailleurs de fonds qui, de sources concordantes, sont outrés par les pratiques gabegistes de nos responsables éducatifs.
Il est tout aussi important de rentabiliser nos infrastructures acquises avec beaucoup de peine. Il faudrait, pour cela, commencer par l’outil de production de l’IPN (doté de machines de dernière génération) afin de mettre un terme définitif à la production de nos manuels scolaire par des pays tiers (Liban, Chine, Sénégal).
A suivre …..
Khalil Sow
