23-02-2012 10:54 - En partie pourquoi ça ne marche pas.

En partie pourquoi ça ne marche pas.

Hier soir, TVM recevait le ministre d’Etat à l’éducation national pour deux heures de débats. En plus des traditionnelles questions «rassemblées» par la caméra et celles posées par les quelques «chanceux» du téléphone, le présentateur, Sidi Ould Nemine, avait choisi d’amener sur le plateau les représentants des syndicats d’étudiants et d’enseignants (fondamental, secondaire, supérieur et technique). Un grand monde.

Et beaucoup de remarques. Tous les présents étaient des enseignants dont le métier devait être de communiquer un savoir. Le grand absent d’hier, c’était bien la pédagogie. Si bien que les messages étaient embrouillés, mal exprimés – la langue faisant souvent défaut (que ce soit pour l’Arabe ou le Français) -, mal conçus au départ…

L’intelligence des problèmes posés à l’éducation ne paraissait pas. On en restait donc à discuter des problèmes matériels qui devaient être secondaires – au moins arriver en deuxième – par rapport aux problématiques pédagogiques.

On attendra une correspondance électronique arrivée de «la Mauritanie profonde» pour faire entendre une vérité essentielle : l’absence totale de programmes et de manuels scolaires. La réforme mise en œuvre en 1999 n’a pas eu de supports pédagogiques. C’est ainsi que les élèves ayant terminé le cursus par le bac 2011, n’ont jamais eu de manuels à leur disposition.

Leurs enseignants n’ont jamais eu d’indication pour savoir ce qu’ils doivent enseigner. Ce qui, pourtant, n’a pas empêché les résultats exceptionnels qu’on a eu (admis en qualité et en quantité). C’est l’argument principal en faveur de la réforme de 1999 : il faut la relancer et lui donner les moyens d’être réellement mise en œuvre.

C’est dans un mauvais Hassaniya, mauvais Arabe quand on a parlé Arabe, mauvais Français quand on a parlé Français, qu’on a entendu, toute l’émission, les passions se déchainer à propos des salaires, du logement, des rapports entre administration et syndicats, sur l’instrumentalisation politique des corps des enseignants… mais rien sur de la rhétorique sur les questions pédagogiques. C’était affligeant !!!

Il y a quelques années, je participais à un séminaire international de l’ONG «Publish What You Pay» (publiez ce que vous payez) auquel participaient différentes nationalités africaines dont des Mauritaniens. C’était pour discuter des nouvelles ressources financières que faisaient miroiter les perspectives pétrolières dans nos pays.

Quand les Congolais, les Tchadiens, les Comoriens… prenaient la parole, c’était toujours pour émettre des soucis quant à l’utilisation de ces ressources pour construire des routes, des dispensaires, des écoles, pour aller dans la construction d’un pays. Quand ce sont les Mauritaniens qui prennent la parole, c’est toujours pour se demander comment les ressources peuvent permettre d’augmenter les salaires, jamais pour savoir comment s’assurer qu’elles soient utilisées pour le bien-être commun.

A méditer… Pire, la discipline sur le plateau de la télévision manquait cruellement. Tous s’exprimaient avec passion, chacun essayant de couvrir les voix des autres… J’ai imaginé un moment des élèves regardant leurs éducateurs dans cet état-là… Voir le présentateur obligé de les sommer, de les «surveiller», de les faire taire, leur faire subir exactement ce que les enfants subissent. …

Et ce chef de syndicat qui dit : «Dans le temps, l’enseignant était respecté pour les moyens dont il disposait. En public, il pouvait faire étalage de ces moyens, il pouvait se payer tout, quand il demandait la mais (d’une femme), on se précipitait à la lui donner…» Il n’a rien compris celui-là.

Dans le temps, le respect c’était surtout pour le savoir, pour la noblesse de la mission qui est la leur, pour la dignité que les enseignants incarnaient… L’émission d’hier aura au moins servi à nous faire comprendre que le grand problème de la réforme future restera celui des hommes. C’est déjà ça de gagné.

Mohamed Fall Oumeir

Commentaires : 7
Lus : 2005

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Commentaires (7)

  • baroude (H) 24/02/2012 11:37 X

    Ceux du plateau, dakar centre ville et ce qu'ils font n'est exemple que pour les malades mentaux et racistes, habités de leur malheur éternel.

  • labeid (H) 23/02/2012 16:17 X

    Le problème de la réforme est que l'etat n'a en a pas les moyens. Il vaut mieux enseigner au primaire en Arabe et avec les autres langues nationales et garder le français pour le secondaire.

  • sammbasy (H) 23/02/2012 14:50 X

    Ceux qui étaient au plateau hier, étaient du même niveau, niveau trop bas bien sûr. A défaut d'arguments convaincants, on essayait de dominer par le volume de la voix. C'est triste.

    Même les docteurs en Mathématiques finissent par "se crétiniser" à force de côtoyer la force brute. Ould Oumer, vous espériez autre chose de vos maîtres bidasses ?

  • baroude (H) 23/02/2012 13:21 X

    D'abord ce pays n'est pas en echec, certes,il y'a des hauts et bas comme dans tous les pays du monde et meme d'occident comme veulent nous le faire avaler certains qui sont la source tout de meme du mahleur de celui, par leur malheur qui les habite éternellement.

  • alaska (H) 23/02/2012 13:00 X

    Il n y a pas a méditer, l'homme mauritanien est obsédé par l'argent, pendant que les autres c'est l'environement leur cheval de bataille. L'argent est le nerf de toutes les batailles, mais pour quel usage?

    Le mauritanien est un un commerçant dont le seul souci est d'amasser beaucoup d'argent pour sa femme paresseuse gaspillarde! Cela peut expliquer l'échec du pays

  • Ibadou (H) 23/02/2012 12:23 X

    La grande leçon à retenir de ce débat est que pour sortir l’éducation de ce grand marasme (qui reste un petit mot par la rapport à la situation), il faut plus que l’apport de ces hommes qui sont tous atteints par le vice ‘’de toujours rechercher en quoi la chose me profite en terme de gain matériel ou en espèce sonnante et trébuchante’’.

    Quant à la qualité dans les langues de locution, cette pagaille linguistique est la mer de tous les problèmes de ce pays, dès lors qu’on a plus une langue d’enseignement unique pour tous, chacun de son côté s’est arrangé à trouver la langue qui lui va le mieux, le hassania pour faire court et le mauvais français de Moussa pour tous les autres qui ne voulais ou ne pouvais apprendre en Hassania. Au bout on ne tient personne de rigueur pour s’exprimer, en bon arabe ou en bon français qui restent plus audibles et perceptibles quand il faut discuter scientifiquement les données avec des études statistiques ou chiffrées.

    La morale est que les pauvres enfants mauritaniens attendront encore, car ni Ould Abdel Aziz, ni un autre n’a les moyens c’est-à-dire principalement la ressource humaine pour conduire une telle réforme du système éducatif qui sera vraiment la mer à boire pour tout dirigeant de ce pays après 30 ans de chaos indescriptible.

  • leneutre (H) 23/02/2012 11:53 X

    Et l'administration alors n'est ce pas un probleme d'hommes?
    Et la justice alors n'est ce pas un probleme d'hommes?
    Et la television alors n'est ce pas un probleme d'hommes?
    Et la direction de la Sonelec alors n'est ce pas un probleme d'hommes?
    Et l'alternance pacifique alors n'est ce pas un probleme d'hommes?
    ...

    Donc elle n a servi à rien cette émission. Elle a été faite à la dimension du ministre. Pourquoi les "petits ministres" n'était pas lÃ