27-02-2012 20:26 - Les Echos de 'La Tribune' : De l’emploi en Mauritanie.
Le salon de l’emploi vient de voir le jour en Mauritanie. Une initiative à encourager certes, mais dont le mécanisme me semble difficile à mettre en place dans un pays qui tend vers l’anéantissement de la classe moyenne et son pouvoir d’achat. Sans épargne, il n’y a pas de développement, d’où la très délicate question de la relance économique et la place des pauvres sans compétences, ou sans diplômes dans la reprise.
A en croire les organisateurs dudit salon, celui-ci vise « à rassembler les acteurs en matière d’emploi et de recrutement et à encourager la rencontre entre les employeurs et les spécialistes ciblés, à favoriser l’organisation de sessions de formation, la promotion de la formation professionnelle et technique en tant que moteur essentiel pour la dynamisation de l’emploi et la promotion des compétences locales auprès des sociétés internationales,...
...la promotion de l’auto emploi, la création de petites et moyennes entreprises, la facilitation du mouvement des cadres professionnels au sein des sociétés et à contribuer à la conception et à l’accompagnement de l’exécution de la stratégie nationale d’emploi, à valoriser les potentialités de la Mauritanie et à renforcer le partenariat entre les secteurs public et privé »( ami.mr).
Voilà un bon discours ! « S’il est réellement concrétisé !? »
Il faut, d’abord, revenir sur la définition des critères de la pauvreté chez nous et la capacité de notre économie nationale à absorber les chômeurs.
Cette capacité est, sans contraste, biaisée par la situation de guerre imposée par l’insécurité dans les zones sahélo- sahariennes. Et la lutte contre la gabegie et la rationalité des ressources, leurs orientations, l’indépendance de la justice, demeurent-elles l’épine dorsale de la mise en place d’une vraie stratégie d’emploi ?
Deux axes, cependant, à valoriser : le premier est celui de la qualité de l’enseignement professionnel et académique, quant au deuxième c’est incontestablement l’action gouvernementale permettant d’insérer les chômeurs et de suivre leur productivité. L’expérience de l’agropastoral dans la zone de « chemama » qui a permis l’insertion de plusieurs chômeurs à la recherche de l’emploi en est la seule initiative, pour le moment, que l’on peut juger juste.
Ainsi, « étant donné que 24,6 % de la population mauritanienne s’occupe du commerce[1], une structure commerciale qui réalise un chiffre d’affaires dépassant les 2 millions d’ouguiyas peut bel et bien être dans l’obligation de tenir une comptabilité même si elle n’est pas soumise au régime réel d’imposition (25% du bénéfice pour une société qui réalise un chiffre d’affaires au delà de 3 millions). Ce qui permettra, tout simplement, d’insérer un bon nombre de demandeurs d’emploi.
En gros, soumettre les entreprises nationales et étrangères à des mécanismes plus réfléchis d’insertion des chômeurs tout en les insistant à investir représente la clé de voûte pour relancer les activités économiques. Il faut, néanmoins, alléger les procédures de création des entreprises tout en luttant contre la fraude fiscale et ‘l’informalisation’ des unités de création d’emploi ». (NDR)
Mohamed Fouad Barrada
[1] Ce chiffre est issu d’une étude sur la carte des potentialités de création d’emplois en Mauritanie, restituée pour validation au cours d’un atelier tenu le jeudi 8 avril 2010 à Nouakchott.
