18-03-2012 01:34 - 'Carton rouge', la chronique de Diallo Saïdou Nourou.

'Carton rouge', la chronique de Diallo Saïdou Nourou.

Dans la perspective de la tenue des états généraux sur l’éducation (cela dit, on attend encore et encore depuis qu’ils l’annoncent), il serait temps que chacun d’entre nous puisse y contribuer à sa manière et de façon modeste.

Le système éducatif mauritanien dans son ensemble et jusqu’à nos jours, a subi, malheureusement, une succession d’échecs. Ces échecs, qu’ils soient voulus ou pas, ont conduit plus d’une génération de mauritaniens dans les affres de la perdition scolaire.

Les causes de cette situation sont multiples et on peut citer entre autre, à cause de la mauvaise formation des futurs enseignants, le clientélisme relatif aux affectations, l’impertinence de certains programmes de formations, l’absence de vision éducative (que veut-on transmettre et comment veut-on transmettre les connaissances), une vraie pagaille « à la mauritanienne » comme on ne l’aime pas.

Face à notre système d’enseignement généraliste, l’enseignement technique ou professionnel est dévalorisé. Cet enseignement est victime de l’image négative qu’il traîne comme un boulée. De même, à y voir de plus prêts, nos centres de formations manquent de matériel adéquat pour l’expérimentation et l’apprentissage. Sans oublier l’absence des entreprises pour l’accompagnement des étudiants dans la mise en pratique des enseignements théoriques dont ils ont bénéficié.

Les passerelles entre l’entreprise et la formation professionnelle restent quasi inexistantes, d’où l’inadéquation de certaines formations professionnelles par rapport à l’offre du marché. Le système d’orientation des lycéens est quasiment inexistant. Il manque de pertinence, dans la mesure où le suivi individuel des élèves ne fut guère la préoccupation de l’encadrement scolaire.

En ce qui concerne les associations de parents d’élèves, elles sont inaudibles et peu structurées. Ainsi la base de l’échec scolaire se situe à deux niveaux.En premier lieu l’absence d’une réelle formation des formateurs depuis au moins deux décennies. Il y’a une dévaluation incessante des exigences de formation pour les futurs enseignants doublée de formations accélérées qui sont la conséquence d’une absence de planification réelle qui aurait permis une prospective des besoins à temps.

L’inspection scolaire n’est devenue, malheureusement, qu’une coquille vide. Ainsi, l’évaluation du système, des enseignants, de l’encadrement est nulle. Ce qui contribue, par ricochet, à la promotion de la médiocrité. L’autre volet qui à conduit à la dégringolade de notre système éducatif est l’absence de programmes éducatifs conçus sur mesure pour la Mauritanie. Au lieu de cela, les responsables de ces programmes se contentent de faire du copié collé, un vulgaire plagiat qu’on n'aurait point accepté de la part de ces étudiants.

L’approche la plus usitée dans la formation et l’apprentissage est une approche conceptuelle, analytique et descriptive, tout cela afin de tendre à la technique de la déconstruction. Cette technique d’apprentissage permet d’éveiller l’esprit non pas seulement dans sa fonction critique, mais aussi dans sa fonction analytique. Ce qui concourt de façon efficace à la compréhension des élèves. Cette méthode est très utilisée dans les sciences de l’éducation; elle a, comme finalité, d’accompagner le développement des capacités ou des compétences, et ce afin de stimuler l’esprit des élèves à travers la combinaison de la pédagogie de maitrise et la pédagogie par objectifs.

En ce qui concerne les Nouvelles Technologies, elles n’ont jamais su trouver leur place, car en Mauritanie le passage du numérique n’a pas eu l’effet escompté. Ainsi, la fracture numérique se creuse davantage entre les mauritaniens et les pays de la sous région comme le Maroc ou le Sénégal (dans une certaine mesure), avec la numérisation de la Case des Tout Petits. L’autre aspect est relatif au taux de scolarisation.

Ainsi, le fort taux de scolarisation cache une réalité, celle relatif à la qualité de l’enseignement. Si au sortir de l’indépendance jusqu’aux années 1980, le choix était celui d’un fort taux de scolarisation cela devait se traduire 20 à 30 ans après par sa substitution à un enseignement de qualité, ou plutôt un enseignement combinant un fort taux de scolarisation et de qualité d’enseignement quasi irréprochable.

L’école doit en fin de compte, contribuer à façonner un nouveau type de mauritanien qu’on appelle tous de nos vœux. Ce nouveau citoyen sera celui qui saura se départir de certains de ces tares sociales fondées sur la méconnaissance de l’autre, l’ouverture d’esprit, l’acceptation de la critique et de la contradiction. L’enseignement civique devrait être reconsidéré dans une approche plus régionale que nationale, afin d’anticiper sur l’esprit de coopération sous régional qui s’imposera inéluctablement.

Le ridicule ne tuant plus en Mauritanie, c’est avec une très grande stupéfaction que j’ai visionné un reportage d’une classe de jeunes élèves dans le Tagant. Une classe de 40 élèves, 25 filles et 15 garçons, qui sont assis à même le sol. Sur le tableau la couleur est annoncée avec une faute sur la date du jour avec un instituteur bilingue, qui en réalité n’a rien d’un bilingue (la question des langues d’enseignement sera abordée dans d’autres articles).

Au-delà de l’aspect anecdotique, cette vidéo dont le lien est ci-dessus, montre les disparités existantes au sein même de notre système éducatif. Dans le secteur public de l’éducation il y’a ceux qui sont peu chanceux et qui évoluent dans les écoles prêts des grands centres administratifs et après il y a les oubliés de la République qui sont au fin fond des campements.

Et le malheur est que, demain, ce sont ceux-là même qui ont été mal formés depuis le bas âge – donc ceux qui malgré eux et sans s’en rendre compte ont grandi dans la médiocrité-qui seront appelés à nous servir dans une administration aux aguets. Nous serons alors dans un cercle vicieux. Ainsi, les autorités actuelles connaissant mieux que moi les réalités de ce système éducatif, ont le choix de ne rien faire, et la Mauritanie ne sera plus compétitive.

Ci –joint la vidéo

Diallo Saidou Nourou

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Commentaires (2)

  • Badr314 (H) 18/03/2012 10:33 X

    Quelle classe, cette video ?
    puffff, pitoyable !!!!

  • conseiller (H) 18/03/2012 09:16 X

    A Seydou et son équipe, nous demandons de prendre contact avec nous dans le cadre du programme de centres d'alphabétisations outillés en informatique:

    Email:comiramauritanie@gmail.com
    Contacts: +222 2630 20 03/46 70 47 57