24-10-2012 21:17 - Ecole des sourds d’Agoinit: Aucune perspective d’avenir ?
A l’instar des autres établissements, l’école des sourds d’Agoinit, au Guidimakha, a effectué sa rentrée scolaire, début octobre, toujours avec la même ferveur mais avec les mêmes problèmes et un avenir toujours incertain.
En effet, fondée depuis trois ans, l’école Agoinit, la deuxième après celle des métiers de Nouakchott, reçoit des enfants sourds (filles et garçons) de la localité et de ses environs. Son effectif s’élève à 48 pensionnaires, répartis comme suit : 20 filles et 28 garçons.
Ces enfants qui se battent avec la même ardeur que les autres pour vaincre leur handicap, afin de s’insérer dans la vie professionnelle, ne peuvent pas, jusqu’à présent, poursuivre leurs études au niveau du secondaire. L’Etat n’a pas mis en place d’infrastructures à cette fin, un peu à l’image de ce qui s’est passé pour l’enseignement des langues nationales, Pulaar, Wolof et Soninké.
Après six années d’études et malgré une évaluation très concluante, ces élèves ont du réintégrer le cursus public « classique », parce que l’Etat n’a rien préparé pour accueillir ces enfants dans le secondaire. Que de déceptions !
Pour en revenir à l’école d’Agoinit, signalons qu’en plus du manque de perspectives, l’école connaît des problèmes d’hébergement des élèves non résidents dans le village.
Le hangar construit, par la communauté Doulos, pour servir d’internat est devenu trop exigu. Les pensionnaires venus des localités voisines reçoivent, il faut quand même le noter, des repas dont les produits sont fournis par la direction des cantines scolaires. Rappelons que les deux salles de classes et le bureau du directeur ont été construits par Silent Work.
Un autre problème majeur : la formation des enseignants en langage des signes et en pédagogie des jeunes sourds. Le seul espoir des enfants d’Agoinit repose sur la Maison des Sourds de Nouakchott (MSN), qui, à en croire Bakari Abdoulaye Tandia, directeur de l’école des sourds d’Agoinit, abat un bon travail de formation professionnelle et d’alphabétisation. La MSN a reçu trois élèves d’Agoinit, nantis d’une note supérieure à 15, pour l’apprentissage de métiers.
La situation de l’école d’Agoinit laisse apparaître qu’en dépit d’une certaine volonté politique affichée en haut lieu, rien de concret ne la vient matérialiser sur le terrain : les enfants handicapés sont presque abandonnés à leur sort. Leur horizon est, tout simplement, bouché, en dépit des énormes sacrifices que consentent les parents et le directeur de l’école. Celui-ci se bat particulièrement et comme un beau diable, continuant à y croire, envers et contre tout. Un sacré challenge, pour ce jeune formé à la pédagogie des jeunes sourds, mais, surtout, une attitude citoyenne responsable qui mériterait une belle motivation, ne serait-ce que pour remonter le moral des uns et des autres.
Les questions que nous posons enfin, au Calame, sont simples et directes. Pourquoi ces braves n’ont pas bénéficié des terrains octroyés, récemment, par l’Etat mauritanien, à l’association nationale des handicapés physiques et de malades mentaux ? Cette association va-t-elle faire un geste pour Agoinit ? C’est vrai qu’il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre mais, en l’occurrence, ce serait vraiment un comble, pour une telle association…
Dl
