09-02-2013 13:19 - Loupe du jour : Quels enjeux pour les états généraux de l’éducation ?
Les états-généraux, voici un concept à la mode pour discuter de l’ensemble de question se rapportant à un secteur jugé contre-performant. Cela se passe à la suite d’un diagnostic approfondi à l’issue duquel il s’avère qu’il y a nécessité urgente de parer à une situation souvent imparable.
C’est le cas pour les Etats-généraux de l’éducation en cours en Mauritanie qui regroupent les acteurs ou du moins une partie de ce qui est considéré comme les acteurs censés être au faite de la problématique de l’éducation.
On ne peut pas reprocher à un pays de se pencher sur la situation de son système éducatif, d’engager une réflexion sur tous les aspects importants et de chercher des solutions appropriées pour sortir le secteur de l’impasse dans lequel il se trouve.
Ce ne sont pas les idées qui manquent, ni les compétences pour élaborer de nouvelles approches susceptibles d’améliorer les résultats.
Mais ce qui fait défaut depuis des années, c’est une volonté politique affirmée affranchie de tout calcul idéologique et soutenu par une démarche scientifique et novatrice tenant compte de toutes les spécificités éducatives de notre école loin des manipulations et des désirs d’imposer des modèles taillées à la mesure d’une vision culturelle réduite . L’école mauritanienne alimente depuis le début des indépendances des foyers de tensions sur fonds de frustrations dues aux choix des programmes d’enseignement.
Après un processus éducatif reposant sur un système unifié où les premières générations ont partagé ensemble les mêmes bancs, les mêmes maitres formés par l’ancienne métropole, un revirement s’est produit des années plus tard face à la montée des nationalismes. Un vent dévastateur a soufflé sur l’école emportant l’ancien édifice qui avait permis à bien des générations de se former avec les programmes qui étaient dispensés dans toute l’Afrique francophone.
Cette rupture a provoqué une cassure idéologique au sein de notre système éducatif à la faveur d’une première réforme qui bouleversa l’ancien ordre auquel sera substitué un autre porteur d’instabilité et de crises. L’école mauritanienne s’engage alors dans un bicéphalisme pour fonctionner à double vitesse. D’une part un bilinguisme superficiel et déséquilibré suivi par une grande majorité de la communauté négro-africaine, et de l’autre, un système arabophone fréquenté par la communauté arabe et celle qui s’y assimile.
De crises en crises, de restructurations et restructurations les niveaux ne cessent de dégringoler. La derrière reforme de 1999 qui institua un système unifié a raté de nouveau le train d’un enseignement de qualité capable d’améliorer le niveau de notre école . Les évaluations n’ont pas tardé de démontrer que l’expérience a été désastreuse. Bien de générations seront encore sacrifiées à l’autel de l’improvisation et de la « fierté nationale ». Que peuvent apporter de nouveaux les Etats –généraux de l’éducation en cours sinon une énième fausse couche ?
Cheikh Tidiane Dia
