26-03-2013 14:40 - Loupe du Jour : Pour l’histoire, situer les responsabilités
Tout le monde est responsable du destin de la Mauritanie. Chacun à des degrés divers a des comptes à rendre devant l’histoire sur ce qui s’est passé, ce qui en ce moment se passe et se passera à court ou long terme.
Les artisans de la construction de ce pays ont joué leurs rôles en bien ou en mal avant de s’éclipser, laissant à d’autres venus par des voies différentes la place.
Quand on fait un bilan des dix premières années des indépendances, on en arrive à la conclusion que ceux qui étaient là ont certes commis des erreurs historiques mais qu’avec le temps on pourrait aussi leur reconnaître le mérité d’avoir au moins épargné les ressources économiques du pays d’un pillage systématique, d’avoir cherché un équilibre politique sous forme d’un compromis pour une meilleure cohabitation entre les différentes composantes nationales.
Il y avait une certaine volonté de fonder un Etat respectueux de ses diversités culturelles et soucieux de la qualité de l’éducation de ses élites. L’enseignement a sans doute durant cette période traversé des situations politiques qui ont creusé le fossé idéologique entre les sensibilités politiques ayant affecté à maintes reprises la concorde nationale. Mais à chaque fois des solutions ont été trouvées pour régler ces crises.
Il faut reconnaitre à la première génération des indépendances sa capacité à pouvoir en des circonstances pénibles de sauver le pays des dérives politiques. La guerre du Sahara sera utilisée par les militaires comme l’occasion d’or pour faire main basse sur un pays qui regorgeait d’énormes potentialités minières et halieutiques. C’est à partir de cette ère marquée par les révolutions kaki que l’armée a pris en main le destin du pays.
L’instabilité du pouvoir deviendra alors la règle. Le bradage du patrimoine public, l’enrichissement illicite, la corruption, le népotisme, le favoritisme sont érigées en « valeurs » des mieux partagées ». L’armée cesse d’être au service de la patrie pour verser dans les circuits des affaires. La discipline militaire déserte les casernes et d’années en années, la grande muette s’immisce dans les affaires politiques.
La Mauritanie tombe dans l’escarcelle des cartels de la drogue. Des réseaux mafieux bénéficiant de la complicité de hauts dignitaires des régimes qui alternent au sommet de l’Etat se sont développés de manière spectaculaire. Il aura fallu du temps pour qu’à la faveur d’une presse émergente des scandales soient dénoncés au grand jour. Cinquante après les indépendances, les responsabilités doivent être situées pour que la lumière soit faite sur l’ensemble des passifs économiques et politiques au lieu de prendre pour repère historique l’arrivée de l’actuel régime aux commandes.
Un travail intellectuel responsable et rigoureux est possible pour revisiter toutes les périodes et produire des documents historiques qui tiendront lieu de témoignages de notre passé, de notre présent pour une meilleure projection sur l’avenir. Sans passion, ni haine… il y va de l’intérêt de tout le monde car ils s‘agit de rétablir la vérité et réhabiliter les valeurs qui doivent servir de modèles aux générations futures.
Cheikh Tidiane Dia
