29-03-2013 00:03 - Déclaration relative au décret créant " l'Agence Nationale de Lutte contre les Séquelles de l'Esclavage, de l'Insertion et de Lutte contre la Pauvreté (ANLSESILP)"
Depuis sa création, l'organisation "For-Mauritania" s'est distinguée par la réflexion et la proposition de solutions originales et réalistes pour les grands défis qu'affronte la Mauritanie.
C'est ainsi que dans un communiqué publié le 20-10-2010, l'Organisation réclamait la création d'une Agence Nationale pour l'Eradication de l'Esclavage et de ses Séquelles parmi un train de propositions visant à résoudre de façon définitive cette question qui maintient une frange entière de la population dans la servitude, menace l'existence du pays et bride son développement économique.
Aujourd'hui le gouvernement mauritanien commence à répondre à cette revendication en créant, par décret pris lors du conseil des ministres du 21 mars 2013, l' Agence Nationale de Lutte contre les Séquelles de l'Esclavage, de l'Insertion et de Lutte contre la Pauvreté (ANLSESILP).
Nous saluons à For-Mauritania cette décision et considérons qu'elle va dans le bon sens. Nous profitons de cette occasion pour faire des propositions pratiques afin de garantir le succès d'une telle entreprise et d'éviter que l'Agence ne soit qu'une mesure opportuniste destinée juste à la consommation médiatique et politicienne à l'approche d'échéances électorales.
Il est primordial que l'objet de cette agence soit circonscrit à la lutte contre l'esclavage et ses séquelles sans que cela n'interfère avec ni ne remplace les programmes gouvernementaux dans les domaines de la lutte contre la pauvreté et pour l'insertion. Il nous paraît, notamment, mal venu que la future agence soit créée sur les décombres de l'ANAIR dont la mission d'insertion n'est pas encore complètement achevée. Il nous paraît aussi dangereux et contreproductif de réduire systématiquement le problème de l'esclavage à celui de la pauvreté.
Pour éradiquer l'esclavage en Mauritanie, la future agence se doit de travailler selon trois directions:
1- sur le plan social et juridique
Il est important que l'Agence soit gouvernementale. Mais, pour lui assurer le maximum de transparence et d'efficacité, elle doit être ouverte à toutes les organisations nationales et internationales actives dans le domaine de la lutte contre l'esclavage. L'Agence doit prendre en charge le suivi de l'application de la loi de 2007 criminalisant l'esclavage.
Elle doit aussi prendre en charge l'organisation de campagnes de sensibilisation et d'explication, mobilisant les faiseurs d'opinion, les Uléma et les Imams pour que la lutte contre l'esclavage soit hissée au rang de "Grande cause nationale" et non seulement l'affaire de quelques ONGs de défense des droits de l'homme.
2- Sur le plan de l'éducation
L'enseignement et la formation professionnelle sont les piliers de tout effort de développement. L'un des rôles de la future agence doit être de superviser des programmes spéciaux visant à élever le niveau de scolarisation et de combattre l'échec scolaire dans les zones de peuplement des communautés victimes de l'esclavage.
Ces programmes doivent prévoir l'octroi de bourses d'enseignement et l'instauration de cantines scolaires dans ces zones. Un accent particulier doit être mis sur l'accès aux ressortissants de ces zones à la formation professionnelle. Des mécanismes d'octroi de bourse d'enseignement supérieur doivent être trouvés et supervisés par l'Agence dans le cadre d'un investissement à long terme dans les ressources humaines.
3- Sur le plan économique
L'Agence se doit d'être dotée d'un programme de développement intégré et diversifié qui pourrait être organisé autour des axes suivants:
a- financement de projets générateurs de revenus;
b- encouragement de l'investissement dans les zones de plus grande pauvreté;
c- supervision d'une révision du droit foncier et l'aménagement de terres cultivables en vue de leur redistribution au profit des travailleurs agricoles dans un vaste programme de développement de l'agriculture et de l'élevage visant à assurer l'autosuffisance alimentaire du pays.
For-Mauritania Le 28-02013
