30-03-2013 10:03 - Brakna : C. Ould Birome : Les populations s’insurgent contre l’occupation d’une forêt classée
Les représentants des trois communautés qui contestent l’attribution d’une concession provisoire sur une forêt classée se sont réunis ce vendredi 29 mars 2013 à Thiofol.
Les notables de Edy, Thielaw et Lehratine Oulad Seyyid se concertent pour dresser un premier bilan de leur mouvement de contestation et vulgariser l’arrêté 06 du 7 janvier 2013 portant annulation des dispositions de l’arrêté N° 1787 du 21 août 2012 portant concession provisoire de terrains à usage agricole au profit de l’ex-commissaire Diop Ibrahima.
En effet, cette attribution a fait couler beaucoup d’encre et de salive et suscité un vaste élan de protestation des communautés riveraines du projet. Dans une lettre datée du 10 décembre dernier adressée au ministre des finances, les notables de Edy, Lehratine et Thielaw, s’étaient insurgés contre « l’octroi de 70 hectares au profit de promoteurs dans la forêt classée de Silbé ».
Ils accusaient alors l’ex-commissaire Diop Ibrahima « qui en occupe 67 ha pour usage agricole et pastorale abattant des centaines d’arbres ». Pour les signataires de cette lettre, « cette perspective est catastrophique pour ces populations pour lesquelles cette forêt constitue une ressource vitale, lieu de pâturage du cheptel, celui de la cueillette, de fabrication des outils de culture traditionnelle ». Bref, ce projet signerait la mort du milieu environnemental et couperait certains villages du chef-lieu communal (Ould Birome).
Moins d’un mois après la publication de cette lettre, le ministre des finances, sur proposition de la Direction Générale des Domaines et du patrimoine de l’Etat, signe l’arrêté 06 du 7 janvier 2013 qui déclare « nul et de nul effet », l’arrêté portant concession provisoire dudit lot rappelant qu’il « se trouve dans une forêt classée ». 3 jours après, un message du Wali du Brakna somme le Hakem de Boghé de prendre les dispositions nécessaires pour l’exécution de l’arrêté.
Cependant, les populations riveraines ont toujours le regret de constater que « Monsieur Diop Ibrahima occupe toujours ce domaine public dans l’intention manifeste de se l’approprier ». Sans se lasser, elles ont écrit au ministre délégué auprès du PM chargé de l’environnement et du développement durable pour exprimer leur désarroi face à « l’attribution inadmissible d’un domaine public à un citoyen au dépend des populations locales » rappelant un article du code forestier qui stipule que « le domaine forestier classé de l’Etat est inaliénable et imprescriptible ».
C’est face à l’obstination de cet opérateur économique, que les notables du terroir se sont retrouvés en présence du maire Mohamed Abdel Jelil O. Habib pour d’abord dresser un bilan à mi-parcours de leurs activités et ensuite étudier la possibilité de faire recours à la justice si M. Diop ne renonce pas à son projet.
A noter qu’une commission de pilotage de 9 membres (3 de chaque communauté) avait été mis sur pied pour contrecarrer la décision d’expropriation. Celle-ci a d’abord fait un compte rendu des différentes actions qu’elle a menées (sit-in, lettres de protestations, plainte, sensibilisation de l’opinion par le biais des organes de presse etc.) jusqu’à la décision prise par le ministre des finances d’annuler la concession provisoire.
Tour à tour, Moussa O. Samba Ndiaye, Aïly O. Abed, Brahim O. Brahim, Abou Amadou Sow, Bocar Abdoulaye Lam, Hamenni O. Vally, Bah O. Vally, Watt Abou ont dénoncé les expropriations arbitraires dont font l’objet les habitants de ce terroir qui vivent exclusivement des activités agro-pastorales. Ils n’ont pas caché leur inquiétude face à « l’arrogance de certains hommes d’affaires qui, avec la complicité de l’Etat, s’accaparent de vastes espaces au détriment des populations autochtones qui ne savent pas à quel saint se vouer pour y faire ».
Les plus radicaux n’excluent pas l’usage de la force pour s’opposer à ces « puissants envahisseurs » : « Ce projet doit partir ! Continuons la pression et unissons-nous comme un seul homme ! » ! ont-clamé en chœur. Les représentants des trois communautés ont enfin décidé de saisir un avocat et de déposer un recours devant la justice jusqu’à la victoire finale.
Ces conflits récurrents dans la vallée du fleuve Sénégal depuis près de 20 ans sont la conséquence logique des attributions foncières qui tiennent peu compte des intérêts des populations locales. Elles ont été à l’origine d’affrontements sanglants entre anciens propriétaires autochtones qui font prévaloir des droits coutumiers aux nouveaux occupants qui brandissent des pièces dûment signées par des administrateurs locaux. Les exemples sont nombreux : Sylla en 1992, Dar El Barka en 1996 et plus récemment à Aéré Mbar, Bour, Thialgou ou Bababé.
Dia Abdoulaye
camadia6@yahoo.fr
