05-04-2013 18:52 - Ghanagate : Le fabuleux destin d’un agent indiscret…

Ghanagate : Le fabuleux destin d’un agent indiscret…

Pour savourer ce modeste conte des « Mille et une nuits » françafricaines, il vaut mieux consentir un clin d’oeil compatissant au carrefour de Yéro Sarr. Là où pauvres, esclaves et réfugiés épongent au quotidien les affres de nos bienheureuses connivences.

Masses gisantes qui n’espèrent ni démocratie ni justice ou alternance. Car l’état du pays dépasse le simple choix d’un camp dans les guéguerres fratricides de puissants cousins. Au risque de se tromper d’opposition…

Lost in translation !

C’est l’histoire éloquente d’un ex-agent secret malien au service de l’Etat mauritanien. Son premier témoin ivoirien (journaliste nigérien?) ne semble pas pressé de revenir sur son fabuleux destin (« L’Inter » d’Abidjan N°4439 du 20 mars 2013).

Présenté comme patron d’une société de sécurité, il n’est que consultant pour ses concitoyens (lechallenger.com : ressuscité pour l’occasion?). Prétendument ravi de s’exprimer sur l’actualité de son pays ravagé par la guerre et l’occupation, l’ex-agent préfère s’étaler sur ses aventures avec l’Etat mauritanien.

Passée la première question, il déroule son passé d’homme de liaison dans les basses manoeuvres du président général-chef de cet Etat voisin. Liens avec un caïd du trafic de drogue transafricain. Intermédiaires et enregistrements mystérieux. Combines mafieuses. « Belle de seigneur » qui fait le déplacement pour acheter les « malles de super-dollars » pour notre fausse couche démocratique.

Pour le consommateur local, l’épopée médiatique de l’ex-agent malien débute sur un site arabophone. L’incontournable député français n’y figurait point (taqadoum.mr). Lost in translation : il faut attendre la version francophone pour que le récit reprenne ses déclarations. Sommé de les corroborer, l’ingénu malien relate un périple ghanéen sur ordre du président mauritanien. Ce dernier l’aurait chargé de rencontrer un citoyen irakien dont il ne connaissait que les attributs téléphoniques.

Sur le terrain des opérations, notre barbouze ne participe à rien. D’ailleurs, elle ne sait rien de sa mission. N’eussent été les vigiles providentiels d’un hôtel, elle n’aurait point de raison pour rançonner la besace diplomatique de notre président. Seule la pudeur professionnelle lui fit bouder un acompte de l’Etat mauritanien (3000$). Quelqu’un comprend..?

Rencontre de troisième type

Tant de modestie peut éprouver l’entendement. Avec la dignité du débutant, notre agent persiste et signe : tous ses efforts furent vains. Sa méconnaissance de la période historique en confirme le manque d’érudition. Ni tenants ni aboutissants et décalages éphémérides flagrants. Se souvient-il d’un attaché militaire mauritanien à Bamako (2005-2007) qu’il s’avère manquant de son bon vieux temps. Tout comme les clandestins « cavaliers du changement » qui multipliaient déjà les candidats à tous les scrutins de la transition.

Pour autant, le reste de l’organigramme diplomatique est sûr et certain. A commencer par l’espion et premier conseiller qui aurait « engagé » l’agent malien. Mais à peine l’a-t-il « sous-traité » à l’actuel président que ce recruteur disparaît du récit de son intarissable « recrue ». Miraculeusement ?

Fraternellement soumis à la question, son devoir de réserve boude les rencontres de « troisième type ». Peine perdue : elles ne cachent plus leur nom. Soit : il reste que l’ambassadeur peut éclairer les lanternes de l’opinion. A moins que dans ces affaires de gros papiers (ewraq) en fausse monnaie, l’arithmétique du discours officiel ne laisse le dernier mot au comptable de la représentation. En tout cas, la loyauté à l’état est une chose. La fidélité au peuple ne peut plus s’habiller de temps.

D’autant que l’ambassade de Bamako ne fut pas seule à croiser le fabuleux destin de cet agent indiscret de trop dans la chienlit du pays. Sans doute pour des raisons frontalières propres à l’émissaire irakien, notre pipelette malienne évoque l’ex-ambassadeur mauritanien en Jordanie. Dans ses confessions publiques, elle s’attarde également sur le dévouement du personnel de la présidence.

Rapporté à un pays qui détient le record mondial d’ex-diplomates au kilomètre carré, un tel déballage médiatique engage le diagnostic vital de l’état général de la nation. Tant les faits s’enchaînent pour distancer le modèle historique du calife éclairé (siddique) qui implorait l’éviction au moindre écart du droit chemin…

Cheïkh Touré





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Commentaires (3)

  • toure (H) 05/04/2013 22:07 X

    Merci, Azihan, merci de relever que je ne fais pas dans l'information personnalisée et ne cite jamais de nom de personne, famille, tribu, ethnie... Je préfère dire "Président de", "militant de", "ambassadeur de", et non : "Vlane fils de Vlane"... Au risque de forcer l'entendement du lecteur.

    Je sais que tu me comprends car ce n'est que pour honorer ta gentillesse légendaire que tu me donnes l'occasion de m'expliquer si inutilement. Mais le plus important, c'est que toi et moi sachions que mon frère - et non le fils de mon oncle comme tu feins si généreusement de le croire - est cité dans une affaire terrible et peu honorable pour notre peuple et notre nation.

    A ce tire, toi et moi devrons veiller à ce qu'il finisse par distinguer la loyauté à l'état et la fidélité au peuple.

    Au nom de nos pauvres concitoyens, persévérons dans la leçon de Oumar ibn El Khattab. Et si jamais, tu tombes sur "le fils de ton oncle" ou mon frère, essaie de faire comme moi avec ce dernier : "pense à Oumar...".

    Pour répondre à ta question, il suffisait l'adverbe "Fraternellement"dans le texte : "innallaha youridou bikoum el yousra..."

  • azihan (H) 05/04/2013 19:40 X

    Alors cheikh, pourquoi tu refuses de citer le fils à ton oncle, l'inspecteur de police Sidi ould Haiba qui a recrute le malien

  • Le Pacificateur (H) 05/04/2013 19:18 X

    Politique, drogue, charlatanisme : un cocktail explosif !!!