18-04-2013 12:23 - Aziz, Noël Mamère : Le procès aura-t-il lieu ?
L’action judiciaire engagée, en France, par le président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz, contre le député Vert Noël Mamère, poursuit son cours. Une audience de procédure réunissant les avocats de chaque partie est prévue au mois de mai prochain.
Les pièces du dossier de chaque partie ont été communiquées et les témoins connus, en partie. Les noms de quelques personnalités mauritaniennes s’inscrivent en effet sur les deux listes de témoins ; aussi bien pour Mohamed Ould Abdel Aziz que pour Noël Mamère.
Et bien que le rôle (registre de procédure ndlr) du tribunal de grande instance de Paris n’admette pas d’inscription pour la date du procès avant 2014, chaque partie essaie de rassembler les éléments et pièces consolidant ses thèses.
Le dossier de Mohamed Ould Abdel Aziz, défendu par l’avocat Eric Diamantis, comprend la liste des témoins et celle des pièces à preuve. Il aura à compter sur le témoignage de Pierre de Joug, un citoyen français, président de la société Strick Global Services, et résident à Rennes ; ainsi que sur des témoins mauritaniens dont Cheikhna Ould Moulaye Zeine, président de Presses Mapeci; Mohamed Fall Oumer Bey, directeur de publication du journal La Tribune, et Isselmou Ould Salihi, directeur de publication de Tahalil Hebdo.
Les avocats du président de la République s’appuient également sur certaines pièces, dont un rapport sur la lutte contre la drogue du directeur général de la sûreté nationale, une note confidentielle du directeur des douanes, quelques articles de presse de journaux mauritaniens et étrangers, une attestation du ministre des affaires étrangères mauritanien ainsi que d’autres notes internes de l’administration publique mauritanienne.
Noël Mamère, défendu par William Bourdon, proche du parti socialiste, fondateur de l’association Sherpa (avocat, justement, de Mohamed Ould Bouamatou dans son affaire contre le fisc mauritanien, même si le corollaire est assez facile), dispose déjà du témoignage d’un mauritanien et pas des moindres : Mohamed Lemine Ould Neïny, le magistrat qui avait ordonné la libération, pour manque de preuves, des personnes impliquées dans le dossier dit de la drogue.
La défense de Mamère envisage brandir, au cours du procès, le manque de preuves qu’elle juge délibéré dans ce dossier. Tout comme elle pourra s’appuyer sur la loi d’amnistie en faveur des détenus dans le cadre de ce dossier, et qui n’a jamais bénéficié de la publicité requise dans le Journal officiel. Les derniers enregistrements-audio diffusés par la presse mauritanienne et donnant la voix présumée de Mohamed Ould Abdel Aziz négociant ‘’affaires’’ avec un supposé ‘’ intermédiaire de faussaires’’ viendront, rapporte une source proche du dossier, étoffer le dossier du député vert français.
L’accusation…
Tout a commencé lorsque, interrogé sur la situation au Mali dans l‘émission "28 minutes" sur Arte, le 21 janvier 2013, Noël Mamère lançait : "Est-ce que vous imaginez que les djihadistes vont disparaître et qu‘ils ne vont pas se réfugier en Mauritanie, où il y a un président qui est le parrain d‘un trafic de drogue ?"
Aucune réaction de Mohamed Ould Abdel Aziz n’allait venir sur le coup.
Il attendra jusqu’à ce que le député des Verts revienne de nouveau sur le sujet et pousse un peu plus loin l’accusation, cette fois sur un site Internet, le 10 février suivant, en évoquant une "grâce présidentielle" accordée à un trafiquant de drogue et des relations "poussées" avec un consul de Guinée-Bissau "plaque tournante du trafic de drogue", qui "a pignon à la présidence mauritanienne", rapporte le journal français Le Monde du 03 mars dernier.
Lundi 4 mars, les avocats vont déposer à Paris une plainte au pénal pour diffamation. ‘’La légèreté avec laquelle M. Mamère s‘est exprimé mérite une sanction", répliquent les avocats Eric Diamantis et Jemal Ould Mohamed, du cabinet Watson, Farley & Williams, mandaté par le chef de l‘Etat mauritanien "pour aller jusqu‘au bout" des poursuites, rapporte le Monde.
Quelques jours après le dépôt de la plainte par les avocats d’Ould Abdel Aziz, le député-maire de Bègles rendra public un communiqué, repris par le journal le Calame, relayé par l’AFP, dans lequel on pouvait lire : «suite à divers contacts et échanges avec des amis et camarades militants - y compris mauritaniens - je découvre que j‘aurais accordé bien plus d‘interviews et tenu plus de propos que je ne dois et peux pas avoir tenus au sujet du malheureux malentendu qui me vaut le courroux du président mauritanien». »
Echanges, amis, camarades français, visiblement et mauritaniens aussi… Lesquels ? On ne sait pas encore. Ce qui est certain, si on tient à prendre le député français aux mots, c’est qu’il a été touché par des personnes à la fois proches de lui et de Mohamed Ould Abdel Aziz.
« A ce titre, écrivait-il, je tiens à préciser que mon propos télévisuel - tenu lors de l‘émission ‘28 minutes’ du 21 janvier 2013 - n‘avait pas vocation à stigmatiser le président mauritanien dans sa personne ni lui faire porter la responsabilité des trafics de drogue ou d‘influences qui gangrènent la Françafrique au sens plus large. »
Mamère ne niait pas ses propos. Il n’y renonçait même pas. Mais, il évoquait l’instrumentalisation. Certains médias mauritaniens avaient pourtant parlé d’excuses. Elles ne se lisent nulle part dans son communiqué qui n’est, pour les avocats du président de la République, qu’un pas dans la bonne direction. « La volonté du président Aziz est de faire le plus de clarté possible sur les faits qui lui sont reprochés.
« M. Mamère, avec son communiqué, a fait un pas dans la bonne direction. Mais ce cela va-t-il suffire ? Ce n’est pas envisageable à ce stade de l’affaire. Il faut des excuses franches et claires. Le président Aziz n‘a pas vocation à perdre son temps à poursuivre un député français. Le communiqué de M. Mamère ne suffira pas à calmer son agacement. Mais ce sera au président Aziz d‘en décider, » rétorque Eric Diamantis à une journaliste d’atlasinfo.fr, répondant à une question relative à l’abandon de la plaine suite à ce qu’elle présente comme des excuses, s’appuyant sur le communiqué du député.
Les issues ?
Avec ce rendez-vous de mai prochain, dit audience de procédure, on est loin de l’abandon de l’affaire. Les dossiers se constituent, s’étoffent. Chaque partie s’emploie à rassembler le maximum de preuves et de témoins pour accabler l’adversaire et montre sa satisfaction du travail déjà accompli. De là à partir jusqu’au procès, rien de très sûr. L’un des témoins en faveur du président de la République, contacté par Biladi, ne croit pas qu’on aille jusqu’au procès. Des arrangements possibles surviendraient d’ici là . Peut-être.
Dans tous les cas, si Mohamed Ould Abdel Aziz est déterminé à aller jusqu’au bout dans cette affaire, il devrait entretenir son ‘’agacement’’. Puisque ses adversaires politiques de tous les bords, ici et ailleurs, ne vont pas lui accorder de grâce. Déjà , les récents enregistrements audio mille fois dits et redits dans les salons de Nouakchott font partie désormais des pièces du dossier du député français.
D’autres éléments audio et vidéo seraient, dit-on, en possession de l’avocat William Bourdon, fondateur de la très gênante Sherpa.
Il faut rappeler, à ce propos, que cette association s’est déjà fendue d’un communiqué, publié le 05 mars dernier dans l’ambiance du déclenchement de ce qu’il est maintenant convenu dans la presse d’appeler affaire Aziz/ Bouamatou, dans lequel elle s’est dite préoccupée par l’état de la gouvernance en Mauritanie sous Mohamed Ould Abdel Aziz.
Beaucoup d’éléments qui amèneraient le président à Aziz à revoir, peut-être, l’opportunité de sa contre-offensive contre le député des verts, et l’allié potentiel de tous ses adversaires de l’heure. Une heure qui ne serait pas très propice pour un procès un peu loin de l’appréciation de la justice mauritanienne. Un atout pour Aziz ? Ou un contre atout pour lui ? L’abandon ou non de sa plainte nous dira davantage sur l’appréciation qu’il a de la tenue ou non de ce procès.
AVT
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