21-04-2013 00:57 - La pratique de l'excision perd du terrain en Mauritanie
Au total 272.000 déclarations publiques et solennelles d’abandon volontaire de la pratique des ou mutilations génitales féminines (MGF) ont été enregistrées en Mauritanie, durant les six derniers mois, a dit à APA, Sidi Ould Bekaye, conseiller de presse au département des affaires sociales.
Ces déclarations publiques d'abandon ont été surtout enregistrées au niveau des régions (wilays) de Hodh Ech Chargui (Sud-est) , du Brakna (sud-ouest) , du Gorgol(vallée du fleuve Sénégal) et du Tagant (centre), a-t-il précisé.
« Ces régions enregistrent, elles seules, les seuils les plus élevés de cette pratique discriminatoire que prohibent les lois et les valeurs morales », a-t-il dit lors d'un entretien.
« Les avancées enregistrées en 2012 sur la voie de l'abandon progressif de cette pratique nuisible pour la santé de la fille sont le fruit d'une forte mobilisation impliquant toutes les composantes de la société, élu, religieux, société civile, autorités, coopératives féminines et partenaires », souligne Bekaye.
Contacté par APA, Mme Aziza Mint Meslem, membre de la société civile mauritanienne, active dans la lutte contre les MGF, affirme : « Nous sommes là devant une tendance positive, même si ce phénomène, fondé sur des considérations socio culturelles, demeure loin d'être jugulé».
L'excision est exercée en Mauritanie par des exciseuses traditionnelles non rémunérées et pour des considérations liées à la religion et à l'esthétique.
Interrogé par APA sur l'aspect sur la dimension religieuse de cette pratique, le théologien Hademine Ould Saleck, Imam de la mosquée Ibn Abass de Nouakchott rappelle que ses collègues et lui avaient émis en 2010, un avis interdisant les MGF, sur la base des risques expliqués par les médecins et tenant compte de l'intérêt porté par l'Islam à la dignité de la personne humaine.
Il ajoute :» Nous considérons que cette pratique, dans sa forme habituelle, est interdite et engage la responsabilité civile et pénale de ses auteurs à cause des préjudices qu'elle provoque ».
Au plan législatif, le groupe parlementaire mauritanien chargé de la population, sous la présidence du député Babah Ould Ahmed Babou travaille sur un projet de loi portant incrimination et sanction des MGF.
Le document, qui va être soumis bientôt au parlement pour l'adoption, prévoit une sanction pour toute atteinte à l'organe génital d'un enfant de sexe masculin par le type des MGF une sanction de trois ans d'emprisonnement et une amende de 1000 dollars américains.
Mariem Daddah, veuve du premier président mauritanien, Me.Moktar Ould Daddah déplore l'absence dans le droit mauritanien d'une catégorie d'infractions spécifiques pour les violences sexuelles, y compris les MGF.
De son côté Mme Fatima, sage-femme à la polyclinique de Nouakchott, reconnait une certaine prise de conscience dans les milieux urbains quant aux effets néfastes des MGF, du mariage précoce et grossesses reprochées.
Lors d'une récente cérémonie de déclaration commune d'abandon des MGF au lycée de Kaédi,la ministre mauritanienne des affaires sociales,de la famille et de l'enfance, Mme Moulaty Mint El Moctar avait indiqué que l'action de son département s’attelle, à travers ses stratégies et ses programmes de développement,, à supprimer les inégalités et l'injustice sociale que subissent les catégories les plus fragiles de la société et dont la pratique de l'excision et la plus marquante.
Mme Mariem Cheikh Lo, responsable au Fonds des nations unies pour la population (UNFPA) en Mauritanie, trouve que ce pays a réalisé un bond qualitatif sur la plan de la lutte contre les MGF en le faisant passer de 72% en 2011 à 69% en 2012.
Elle reconnait encore l'existence des poches de résistance dans les régions de l'Assaba et du Guidimakha (sud-est mauritanien), dues au poids des traditions et des considérations socioculturelles.
La représentante de l'Unicef, Mme Lucia Elmi a souligné que la pratique des MGF en Mauritanie se justifie surtout par le poids des coutumes et des pratiques ancestrales suivant une dynamique sociale qui rend difficile leur abandon par les communautés.
L'excision est cependant pratiquée avec une disparité entre les ethnies et les régions du pays, selon la coordinatrice de la cellule nationale mauritanienne de lutte contre la violence basée sur le genre/MGF à la Direction de la promotion féminine au ministère des Affaires sociales, de la famille et de l'enfance, Mme Khdeija Mint Ahmed.
Cette pratique, qui consiste en l'ablation d'une partie des organes génitaux de la fille, est perçue comme étant une partie intégrante de la culture, fondée sur des considérations sociologiques et religieuses ancrées dans la nuit des temps.
Certaines de celles-ci lient l'excision à la purification de la fille, la future épouse et mère, tout en s'appuyant sur l'interprétation erronée de certaines paroles du Prophète Mohamed tandis que d'autres la considèrent comme un moyen vital pour apaiser le désir sexuel de la fille ou de la femme afin qu'elle puisse se retenir et rester tranquille avec son mari.
Au niveau de la communauté nationale, la pratique est exercée à des seuils différents. Par exemple chez les Soninké, elle avoisine les 92%, contre 72% chez les Halpulaars, 71% parmi les Maures et 28% en milieu Wolof. Elle semble être liée au niveau d'instruction de la famille sachant qu'en milieu rural le taux est de 77% contre 65 en milieu urbain.
Au niveau des régions, les enquêtes montrent que 7 sur les 13 que compte le pays sont les plus touchées avec des taux allant de 98 à 88%, à savoir le Hodh Echarghi (94,37%), le Hodh El Gharbi (97,58%), l'Assaba (98, 14), le Gorgol (94,71%), le Brakna (88,10%), le Tagant (96,07) et le Guidimakha (97,29).
A Nouakchott, la capitale du pays, qui compte plus de 700.000 habitants, l'excision est pratiquée par 54,88% de la population.
