22-04-2013 18:30 - Edito : Revenons à la CEDEAO
Le 26 décembre 1999, la Mauritanie se retirait subitement de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Motif invoqué, le rejet du projet de la monnaie unique lequel, en juin 2011, soit 11 ans après cet événement, ne connaît encore le moindre avancement.
A l’époque, l’opposition mauritanienne avait dénoncé la fuite en avant d’un régime isolé, en froid avec la France à cause de l’affaire Ely Ould Dah et en butte aux critiques du monde arabe pour avoir reconnu Israël. Aujourd’hui, quelques années après la chute de Maouiya, la Mauritanie n’a toujours pas rejoint la CEDEAO, organe dont elle est membre fondateur au même titre que l’Union du Maghreb Arabe. Qu’est-ce qui bloque donc ce retour à la normale ?
Ce ne sont en tout cas pas les industriels et les commerçants mauritaniens qui ne peuvent écouler leurs produits dans la sous région qu’en appliquant des tarifs douaniers relevant du droit commun. Le coût de ce retrait équivalant à une amputation volontaire se chiffre en milliards d’ouguiyas.
Du jour au lendemain, notre pays qui se prévalait du statut de trait d’union entre le monde arabe et l’Afrique s’est retrouvé isolé entre le désert naturel et le désert idéologique. En quittant la CEDEAO, la Mauritanie n’était pas pour autant dans le Maghreb, ensemble quasi-bloqué depuis 1989 et qui dispose de traités commerciaux toujours gelés. Du coup, et à cause de cette politique d’isolationnisme, c’est le Maroc qui se retrouve à jouer le rôle de pont entre le monde arabe et l’Afrique noire.
Depuis son arrivée au pouvoir en 1999, le Roi Mohammed VI a fait de l’Afrique une destination stratégique pour les investisseurs et les entreprises marocains. Actuellement, un accord commercial est en cours de négociations entre le royaume et les pays de l’Union économique et monétaire ouest africain. Le Maroc qui dispose de nombreux traités commerciaux (Accords de libre échange avec les USA, statut avancé avec l’Europe, accords de libre échange avec les Emirats Arabes Unis) est le meilleur intermédiaire entre les capitaux du Golfe et l’Afrique au Sud du Sahara.
Récemment, les pays du CCG (Conseil de la Coopération du Golfe) ont officiellement invité la Jordanie et le Maroc à devenir membre de leur instance. C’est une ouverture supplémentaire pour l’économie du royaume. La Mauritanie devrait analyser sereinement ces nouvelles alliances et traiter du dossier de la CEDEAO, loin des passions d’antan et sans romantisme.
Avec une route qui relie Tanger, Casablanca, Nouadhibou, Nouakchott, Dakar et qui devrait aller jusqu’à Djibouti, il est temps que nous devenons enfin ce trait d’union rêvé par les fondateurs de la Mauritanie moderne. Notre pays peut devenir le nouveau Liban, pays interprète, riche de sa double culture et qui, malgré la guerre de religion, reste incontournable dans la région du Moyen Orient. Pour rattraper le temps perdu, il est temps que nous cessons de nous quereller sur nos identités plurielles et ineffables. Le monde se métisse, se créolise à grands pays. Le fantasme de la pureté des origines n’a plus droit de cité.
Par Dia El Hadj Ibrahima
