23-04-2013 11:17 - Editorial d'Ahmed Ould Cheikh : Indignons-nous !

Editorial d'Ahmed Ould Cheikh : Indignons-nous !

Il y a encore deux semaines, Dieng Mika était un fonctionnaire modèle. Le genre de scribe dont notre administration a le secret. Plusieurs fois directeur puis conseiller au ministère de l’Energie, il avait la particularité de ne pas faire de vagues, de traiter sans excès les dossiers qu’on voulait bien lui confier et de laisser passer tous les orages.

Lors de l’avant-dernier Conseil des ministres et alors qu’il n’était plus qu’à quelques mois d’une retraite bien méritée, le voilà relevé de ses fonctions. Son tort : avoir révélé un secret de… Polichinelle, en dénonçant la mainmise d’un certain clan sur le secteur des mines.

Via, selon ses tombeurs, une revue confidentielle française qui a publié un dossier, certes truffé d’incorrections sur la situation des mines mauritaniennes, mais qui donne une idée de l’ampleur du gâchis.

De quoi indigner Mika qui en avait pourtant vues, en trente-cinq ans de service, de vertes et de pas mûres ! Et pas que lui d’ailleurs. Qui, en effet, pourrait rester insensible à tant de népotisme et de passe-droits ?

Du forage aux fournitures, en passant par la consignation et le transit, les sociétés minières présentes en Mauritanie sont soumises à un racket systématique, de la part de la parentèle d’un président dont le discours sur la gabegie prend de plus en plus les allures de coup d’épée dans l’eau.

Même les permis de recherche, jadis réservés aux sociétés pourvues de vrais moyens d’explorer les zones spécifiées, font l’objet d’une terrible surenchère. Il ne se passe pas un Conseil des ministres sans qu’une fournée de permis ne soit attribuée à des sociétés fictives mais appartenant à gens « bien nés », pour les vendre ou les louer à des sociétés étrangères. Des fortunes ont ainsi poussé, comme des champignons.

Et il n’y pas que les mines. Les rares sociétés d’Etat qui n’ont pas de problème de trésorerie sont pressurisées, à longueur de journée, par cette armée de sangsues. La SNIM, les ports autonomes de Nouakchott et Nouadhibou, l’ENER, ATTM et consorts subissent, quotidiennement, les assauts de ces prévaricateurs qui entendent faire main basse sur le moindre marché.

Le nettoyage, les fournitures de bureau, les pièces de rechange de voitures, les services en tous genres, tout, absolument tout est avalé. Englouti le plan d'urgence 2012 où des milliers de tonnes de blé et d'aliments de bétail leur ont été attribuées, sans appel d'offres, à un prix évidemment « convenu ». Rien n’est laissé aux autres, même pas le menu fretin.

Et l’on veut nous chanter, encore, qu’Ould Abdel Aziz, champion de la lutte contre la gabegie, pourfendeur du népotisme, a mis à bas toutes les pratiques en cours sous les régimes militaires. Indignons-nous, Mauritaniens, et décidons-nous, enfin, à mener nos affaires avec un tant soit peu de jugeote : c’est, tout de même, de notre sol, de notre Nation, de l’avenir de nos enfants qu’il s’agit !

Ahmed Ould Cheikh





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Commentaires (7)

  • ANTIGABEGIE (H) 23/04/2013 18:28 X

    Tout homme qui ne s'indigne pas n'est pas digne et les peuples n'ont que les dirigeants qu'ils méritent.

  • Muhammad (H) 23/04/2013 18:04 X

    ON va s'indignez comme le disiez Stephan Hessel
    Helas en Mauritanie, seul les mafiazos sont bien traité, Etre honnete c'est s'exposer à des sanctions sans justification. En Général!

  • diallo2256 (H) 23/04/2013 15:05 X

    Que veux-tu? Ici dans ce bled tu peux t'indigner jusqu'à en crever, qui va te regarder? D'ailleurs tu seras vite traité de fou si tu essayes de t'indigner dans ce pays.

  • Ould Yarg (H) 23/04/2013 13:57 X

    L'homme est connu pour etre honnete et competant, malheureusement en Mauritanie et surtout avec Aziz on aime pas les honnetes / competants.

    la haine contre tout cadre noir competant est de l'accuser d'avoir eternuer alors qu'il est enrhume. Mr Lam de la SONELEC le sortant du central a etait victime de Heyine, Ba Pourel de meme.

    Mais Ahmed ould Cheikh est un journaliste qui a essayer de denoncer une injustice, mais quoi dire de ces collegues qui se rejouissent de ca, pourquoi ils ne denoncent pas cet abus, ou bien ils ont peur d'etre virer???

    Aziz doit comprendre que la Mauritanie n'est ni pour son pere ni pour ehel Eleya, et qu'il est entrain de rendre un tres mauvais service a sa famille et tribu. Regarder ce qui est arrive aux enfants de Saddam ou Khadafi, Bokassa, Mobuto , leur clan ou ethnie.

    Tous les Mauritaniens doivent dennoncer derrive totalitarienne, et Seyid ould Ghaillani avait raison de dire que ce type est pour la Mauritanie ce que la peste bovine est pour un troupeau de vache.

  • rajoul (H) 23/04/2013 12:42 X

    Cette indignation de AOC est très récente. Elle date de 2013. Arrêtez ce bluff qui ne trompe plus personne. Cette affaire Moka montre le vrai visage de l'administration héritée de l'erre Tayaienne; des fonctionnaires prêts à tout faire pour plaire à un homme d'affaire qui paye pour ''services rendus''.

  • bayeméta (F) 23/04/2013 12:10 X

    Quelqu'un qui a gardé le silence pendant 35 ans de service en Mauritanie aurait du continuer à le faire car vous n'allez pas nous faire croire que pendant" ses bons et loyaux services" il n'as jamais vu des faits qu'il pouvait dénoncer. Pourquoi attendre à quelques mois de sa retraite pour commencer à le faire?

    Soyez un peu raisonnable et franc à l'égard du peuple Mauritanien.

  • dykrim (H) 23/04/2013 12:05 X

    Stéphane Hessel, Paix à son âme, avait de l’indignation une arme de résistance qui a donné ces fruits dans le monde occidental, que nous saluons.

    Dire à un dirigeant Africain nous nous indignons contre ses méfaits, il vous répondra mourez alors, ce n’est pas mon problème, ces gens là ne connaissent qu’une suite à la Kadhafi !