24-04-2013 08:30 - Mission du Fmi en RIM: Le défi de mettre fin à l’instrumentalisation de la Banque centrale [Fac similés]
Une mission du FMI devrait séjourner dans le cadre de la discussion de la quatrième et dernière revue de programme avec les autorités monétaires nationales, apprend-on de bonne source. Autant dire que les missionnaires du Fmi auront du pain sur la planche pour tirer au clair les pratiques suivies aujourd’hui par la Banque centrale de Mauritanie, sous la houlette de son gouverneur, Sid’Ahmed Ould Raiss.
Cette mission intervient surtout après les espoirs nés de la nomination de Mme Mercedes Verra Martin (photo) comme chef de mission de l’équipe-pays du Fonds monétaire international en Mauritanie, en remplacement du tunisien, Amin Mati.
Mais tout compte fait, Mme Verra Martin inaugure sa responsabilité en Mauritanie sur de profonds clivages nés de l’instrumentalisation de la Banque centrale et de sa déviance de sa mission première.
Par ailleurs, Mme Mercedes Verra Martin prend fonction au moment où la rigueur recherchée par les institutions financières a cédé le pas au népotisme à la BCM comme en témoignent les différentes affaires dans lesquelles le gouverneur n’a pas hésité à violer les lois pour satisfaire certaines personnalités politiques et groupes (attribution de licences sans aucune garantie et le renflouement de leurs caisses par l’argent public).
Mercedes Verra Martin hérite donc, après Amin Mati, de la délicate mission de « faillir à la bienséance diplomatique» pour faire résonner la BCM et lui faire admettre, tout au moins en ce qui concerne les accords signés avec le Fmi, que la rigueur est de mise pour qui veut vraiment sortir le pays de l’ornière.
Sur ce plan, la nouvelle mission du Fmi, qui avait accordé à notre pays des facilités d’accès au crédit, en guise de bonne foi, trouvera certainement matière à rappeler les autorités nationales à l’ordre.
Outre donc les nombreuses lettres d’intention restées lettres mortes (audit des entreprises publiques, stratégie d’endettement, qualification des comptes…) la nouvelle mission du Fonds monétaire internationale devrait demander des explications plausibles à l’acharnement mené par la Banque centrale contre la Banque GBM ; la banque d’affaire la mieux assise dans le pays avant que le président Aziz n’en fasse son ennemi à abattre.
Une entreprise à laquelle s’est totalement vouée la Banque centrale qui, dans le même temps, acceptait en contradiction totale avec l’ordonnance 2007-20 portant réglementant des établissements de crédit, des licences d’exploitation à deux banques (Oragroup et la Banque Islamique) dont la dernière n’a même pas exhibé les fonds de garanties de 300 millions d’ouguiyas exigibles par la loi. Un clonage parfaitement réussi alors que la BCM faisait haro sur les avoirs de la GBM inscrits dans ses livres.
Dans le collimateur du Pouvoir, la GBM a vu en un seul jour tous déposants publics et parapublics sommés de retirer leurs dépôts alors qu’on lui dénigrait le jeu de la compensation. Plus de 6 milliards lui sont soutirés en un seul jour.
Si la GBM n'était pas solide, elle se serait écroulée. Une opération menée de bout en bout par le Pouvoir politique pour faire payer au président du Groupe Bsa de s’être retiré au Maroc. Mais visiblement, les autorités monétaires ne s’embarrassent guère des règles en vigueur.
Il faut aussi rappeler que ces deux banques sont issues d’une méiose opérée sur la Bacim-Bank qui avait été mise sous administration provisoire (2004-2007) alors que ce sont aussi les mêmes gérants responsables de sa banqueroute lors de son rachat par ECP à qui l’on a confié et renfloué les caisses de nouvelles banques. Des subventions déguisées qui entourent ces opérations de grandes suspicions d’indélicatesse avec l’argent public.
Une ambiance de mauvaise gestion pollue l’air avec l’ajournement du renouvellement de l’accord de pêche avec l’Ue, doublé d’une tentative de clouer au pilori un groupe économique (Bsa) dont le vice-président est fait prisonnier, sans autre forme de procès que celle d’avoir été le président du conseil d’administration de la Mauritanieairways pour laquelle l’Etat n’a dépensé aucun clou.
Mohamed Ould Debbagh, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est en prison depuis près de 80 jours pour répondre de l’assistance qu’il a su produire aux forces armées nationales clouées au sol à Atar alors que dans l’est du pays le danger terroriste planait sur le pays.
Pourtant, l’actuel mission du Fmi devrait ouvrir grands les yeux parce qu’en face d’elle, il n’y a pas des novices. Le gouverneur de la Banque centrale est, en effet, entouré de jeunes loups artisans des faux chiffres à l’origine de la crise entre le Fmi et l’ancien régime de Taya. Ils sont formés à cette école et tenteront certainement de déjouer la vigilance de la nouvelle mission.
Mais la réalité des pratiques suivies par l’institution monétaire déjà soupçonnée d’actionner des fluctuations intéressées de la monnaie par rapport à l’offre et la demande sur le marché de change, sont telles que l’audit Ernst and Young a mis en évidence une gestion plutôt curieuse.
En effet, dans son audit clos au 31 décembre 2009, l’audit évoque une «erreur» de la BCM sur un transfert de € 242 000, soit 81 931 520 d’ouguiyas, de son compte bancaire ouvert dans les livres de la Banque de France (BDF) vers celui de son fournisseur FZE International, détenteur de créances sur Air Mauritanie. Des fonds que FZE refusera de retourner à un expéditeur probablement d’accointance.
Par ailleurs, dans le contrat avec les fonds américains ECP, le gouverneur de la Banque centrale a renoncé, le 12 avril 2012, à 1 400 millions d’ouguiyas au profit des acquéreurs de la Bacim-Bank. Ultérieurement, il trouvera aussi un « arrangement» avec Oragroup afin que ce dernier ne paie pas plus de 50% de la dette de la Bacim-Bank et avec 5 ans de délai de grâce.
Toutes ces anomalies sont bien enregistrées. Elles procèdent toutes de la persistance de la mauvaise gestion et du népotisme qui n’épargne ni les marchés publics, encore moins le secteur bancaire. Toutes les mesures de réformes se sont révélées finalement de la poudre aux yeux. L’une des premières conséquences a été l’éjection de notre pays de l’initiative en 2013 IETI.
Sur le plan social, la corruption n’a jamais été aussi flagrante avec près de 60 milliards d’ouguiyas de coût pour une économie déjà exsangue. Malgré le soutien des nombreux partenaires dont le Fmi pour redresser la barre, la promiscuité a encore gagné la classe moyenne et le taux de chômage chez les jeunes (1/3 de cette population active) est resté endémique. Tout cela dans un optimisme béat des autorités qui matent les contestations sociales d’une main de fer.



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