24-04-2013 06:00 - Des motivations religieuses avancées pour justifier l'excision en Mauritanie
Les motivations derrière l'excision en Mauritanie sont surtout d'ordre religieux (44% des cas), mais aussi en relation avec les traditions, us et coutumes (16%) ou la maîtrise de la sexualité (15%), selon un document fourni par l'UNICEF à Nouakchott.
L'idée répandue largement chez les Mauritaniens était que l'excision est un devoir religieux qu'il est donc hors question de contourner, explique Mohamed Lemine Ould Ahmed Seyfer, spécialise Protection à la Représentation de l'UNICEF en Mauritanie.
C'est pourquoi, a-t-il ajouté dans un e déclaration à APA à Nouakchott, l'approche suivie dans la lutte de ce phénomène devait commencer par corriger cette mentalité erronée.
Dans ce cadre, une trentaine d'ulémas, réunis dans un colloque islamique du 11 au 12 janvier 2010 à Nouakchott, ont rendu publique une fatwa stipulant que « la pratique des MGF dans sa forme habituelle pratiquée dans notre pays, est défendue et engage la responsabilité civile et pénale à cause des préjudices qu'elle provoque ».
Interrogé par APA à Nouakchott, Hademine Ould Salek, imam de la plus ancienne mosquée de Nouakchott et signataire de ladite fatwa, a précisé que toute pratique préjudiciable physiquement ou psychiquement à la personne est proscrite par l'Islam.
Il a rappelé à ce sujet que la religion interdit de jeûner aux personnes que le jeûne rend malades ou complique leur maladie en dépit du fait qu'il s'agit là d'un des 5 piliers de l'Islam.
Les ulémas prononçant la fatwa en question se sont basés sur une Déclaration des Professionnels de Santé (Médecins et Sages-femmes) en Mauritanie qui ont affirmé solennellement le caractère « néfaste » de l'excision pour la santé.
La Déclaration a souligné, dans ce contexte, les « complications somatiques chroniques » de ce phénomène, citant notamment les problèmes survenant pendant la grossesse et l'accouchement, notamment la mortalité prénatale élevée, l'hémorragie et les fistules obstétricales.
Il y a, par ailleurs, ceux qui excisent pour, croient-ils, maitriser la sexualité de la future femme. Ceux-là considèrent qu'une fille non excisée deviendra trop sensible et, partant, trop portée sur les hommes, ce qui pourrait la conduire à commettre des péchés religieux ou, tout au moins, sociaux.
Mais il y a aussi d'autres considérations d'ordre esthétique ou hygiénique qui motivent la pratique de l'excision en Mauritanie, même si c'est à des proportions bien minimes.
« Dans nos campagnes de sensibilisation contre les MGF, il nous a souvent été donné de constater que certains milieux sociaux trouvent tout simplement que la fille non excisée est vulgaire et sale », raconte Fatimata Dieng, présidente d'une ONG mauritanienne active dans la santé féminine.
Sur ce terrain, déplore Mme Dieng dans un entretien avec APA à Nouakchott, le changement de la mentalité est beaucoup plus difficile puisqu'il s'agit de valeurs de beauté plutôt abstraites.
En revanche, les résultats donnés par la campagne ciblant les aspects religieux et sanitaires sont plus palpables. Les messages clés sont aussi simples que ça : «l'excision n'est pas une obligation religieuse » ou encore « l'excision a des conséquences néfastes sur la santé des filles et des femmes », explique Mohamed Lemine Ould Ahmed Seyfer.
Selon lui, bien des délégations africaines sont venues en Mauritanie pour s'inspirer de son expérience dans ce domaine.
Pour optimiser le résultat, les autorités mauritaniennes compétentes ont privilégié une approche holistique favorisant un changement social par la communauté elle-même.
Cette approche est surtout basée sur le caractère non « coercitif mais plutôt participatif et sensible à la dimension genre, religion et psycho-santé », souligne Bekaye Ba.
Le point de chute de ces efforts de sensibilisation consiste en une décision collective d'abandonner l'excision, solennellement matérialisée par une déclaration explicite publique. Déclaration déjà faite par des centaines de communautés et même des départements entiers dans plusieurs régions parmi celles où la prévalence est la plus grande dans le pays.
