24-04-2013 22:49 - Edito : Etre Mauritanien aujourd’hui
Nous sommes mauritaniens. Mais qui sommes-nous, d’où venons- nous, où allons-nous, combien sommes-nous, quelles langues parlons-nous, où s’arrêtent nos frontières ?
Des questions qui résument notre mal être depuis plus de 50 ans. Aucun gouvernement, civil ou militaire, n’a jamais cherché réponse à ces questions de peur sans doute de rompe un équilibre fragile ou de froisser une communauté. Les rares recensements de populations ont tourné en eau de boudin.
Si bien que nous nous sommes endormis à un million d’âmes de 1960 à 1980 pour nous réveiller lors des politiques d’ajustements structurels qui durèrent des années 80 au début de ce siècle , avec 3 millions de poètes éprouvés et à demi -affamés par les rigueurs du FMI et de la banque mondiale.
Un écolier qui parcourt aujourd’hui nos manuels scolaires en sortirait assoiffer. Dans le meilleur des cas, cet écolier saura que Sidi Ould Moulay Zein a tué Copolani et que la Mauritanie fut la dernière colonie à avoir été pacifiée, en 1935.
Dans le pire des cas, le même écolier sortirait de son manuel avec le sentiment qu’aucun ressortissant de notre Sud n’a lutté contre la domination coloniale. D’où sans doute , la prise de position de certains intellectuels qui assurent dans les chaines étrangères que la présence noire en Mauritanie remonte seulement avec la colonisation .Comment un peuple qui ignore son histoire peut-il aller de l’avant ?
Si ces questions fondamentales sont occultées, d’autres, décisives, ne le sont pas moins : Quelle société voulons-nous, celle d’un Etat-Nation, synthèse d’une pluralité de culture, mais ayant comme socle le désir de créer une histoire commune et de vivre ensemble ? Un agrégat de communautés qui se côtoient mais ne se fréquentent pas comme le décrit si bien l’émérite « Allah Ya Rahmou » Mamadou Sam Boly Ba dans l’interview qu’il nous a accordé dans l’un de nos précédents numéros et qui a suscité beaucoup de remous, à gauche comme à droite, dans les franges marginalistes de notre société ?
Hélas, nous n’avons pour le moment choisi ni un système ni un autre. L’on est en présence d’un schéma hybride avec une jeune nation qui se cherche parfois à coup de décrets, qui a peur d’un vrai débat et qui espère contre l’expérience de notre vécu que l’unicité de la religion suffit à régler tous nos problèmes.
Aussi dans la Mauritanie d’aujourd’hui, nous retrouvons un communautarisme exacerbé par l’école, la télévision, le sport, les douloureux événements du passé et, de plus en plus, un écart de revenus (toutes proportions gardées, la pauvreté est certes, la denrée la plus partagée chez nous) assez nets entre nos différentes composantes.
C’est sans doute ce dernier point (l’écart de revenus) qui constitue la conséquence sociale la plus évidente de la dérive dictatoriale et identitaire des 30 dernières années .Il nous faut aujourd’hui sortir de cet écart avant qu’il ne nous mène vers la constitution des cités communautaires, avec des populations séparées par des barbelés et des groupes mafieux qui font la loi. A voir cette évolution, l’on en vient à regretter l’époque bénie des Blocs Manivelles, de l’internat et du lycée national où arabes et noirs, fréquentaient les mêmes aires de jeu.
La meilleure manière de rectifier le tir ne serait-il pas de pousser l’Etat à prendre au sérieux sa mission publique (Ecole, Sante, Culture, dispositions sociales envers les plus défavorisés) et de veiller à ce que tous les mauritaniens soient égaux ? Ils le sont de droit mais, hélas, pas toujours de fait. A l’occasion de notre cinquantenaire, tout le mal qu’on souhaite au mauritaniens, à cet homme simple et cultivé, jaloux de sa liberté, avide de réussite, c’est de poursuivre sa marche vers l’avenir en se débarrassant enfin de cette bombe sociale explosive qu’il porte en bandoulière depuis le 28 novembre 1960.
Dia Ibrahima
