02-05-2013 08:55 - La CNDH moins politisée que le ministère de la justice ?
Le président de la république a été maintes fois sollicité par le bâtonnier de l’Ordre National des Avocats (ONA) Me Ahmed Salem Ould Bouhoubeiny pour bénéficier d’une audience de l’homme fort de Nouakchott, destinée à l’alerter sur le présumé état déliquescent de l’appareil judiciaire selon lui, en vue de prendre les mesures nécessaires pour assurer l’indépendance de ce pouvoir par rapport à l’exécutif et à donner à ce dernier les moyens permettant de le rendre performant pour booster l’encrage de l’Etat de droit. Des demandes demeurées sans succès qui ont fini par instaurer des réserves du régime vis-à -vis du bâtonnier.
Les rapports tendus sont allés crescendo, notamment à partir de septembre 2011, quand le bâtonnier a indexé dans un communiqué le ministre de la Justice, Abidine Ould El Khaïr de « transgresser la loi », en refusant de transiter par le Conseil supérieur de la Magistrature, pour demander la tenue d’une réunion du conseil, seul organe habilité à statuer sur la nécessité ou non de demander une réunion destinées à prendre des mesures disciplinaires contre certains juges.
Les choses sont allées de pis en mal, avec le refus objecté en février passé par le ministre de la justice d’occuper un fauteuil aux côtés du bâtonnier à l’occasion de la tenue d’un atelier sur la médiation pour la paix et la cohésion sociale, organisé par la Délégation de l’Union Européenne.
Le ministre avait sans doute une peur bleue d’irriter le boss s’il s’aventure à se montrer courtois au juriste le plus hostile à l’actuel pouvoir, fortement présent dans les grands dossiers où le régime est en litige, à l’instar de l’affaire du groupe BSA. Un avocat qui est même allé dénoncer les dérives judiciaires du système sur les tribunes internationales.
Ce qui a conféré par la suite, de l’avis des observateurs, à cette tension un cachet politique, que la nouvelle locatrice de la CDNH Irabiha Mint Abdel Weddoud semble vouloir briser en se montrant l’air serein aux côtés de Me Bouhoubeiny, à l’occasion de la cérémonie de clôture de l’atelier du projet « Mise en place d’un service d’aide juridictionnelle », organisé mardi dernier à Nouakchott par l’ONA sur financement de la coopération espagnole (Aecid).
Professionnellement correcte, l’image incarnée par le bâtonnier et la présidente de la CNDH dans cette cérémonie, si elle n’est pas le signe précurseur d’un début d’apaisement futur entre le pouvoir et l’ONA, serait politiquement irrégulière, capable d’être perçue par les cercles politiciens proches du régime de premier faux pas relativement tolérable pour la potentielle dame de fer des droits de l’homme et de la société civile, à moins que présentée comme étant l’une des cheville-ouvrières de l’actuel système, Mint Abdel Weddoud y met de son savoir et de son tact pour plier le bâtonnier et l’offrir en cadeau au président.
Une mission certes difficile, mais cette visite attendue du Président au Maroc, s’inscrivant officieusement dans le cadre d’un probable rapprochement entre le chef de l’Etat et l’argentier Mohamed Ould Bouamatou sous les bons auspices du Roi Chérifien, ne serait-elle pas l’une des pièces manquantes pour expliquer le mystère de cette lassitude d’une impasse plutôt nuisible pour un pouvoir aux milles et un ennemis, qui ambitionne de remporter les futures élections.
Un objectif politique qui ne peut se réaliser avec la diversité des cercles d’opposition dans les milieux politiques, sociaux et économiques, prêts à tous sacrifices pour le renouveau.
Md O Md Lemine
