03-05-2013 16:08 - Clin d’œil: Des mots, rien que des mots...

Clin d’œil: Des mots, rien que des mots...

En Mauritanie, nous aimons bien les anathèmes, les exclusions, nous aimons bannir d’un mot les autres, les rejeter d’un trait dans la géhenne des mots. Nous employons pour cela les arguments les plus fallacieux, les accusations les plus outrancières.

C’est pourquoi les plus grandes déviations de l’esprit deviennent chose commune: le racisme, l’esclavagisme, le tribalisme, le nationalisme primaire, tout on peut accuser son proche de tout sans que cela lui fasse d’ailleurs grand mal, parce que lui, il ne se prive pas, à son tour, de renvoyer toutes les amabilités.

Il y a une certaine délectation chez nous à cultiver l’outrance. Les mots ont perdu leur sens ici.

Quand un étranger écoute nos hommes politiques ou lit notre presse il est ébahi par la violence des mots. Il pourrait facilement croire qu’ici à Nouakchott on vend des esclaves dans la rue, et que noirs et blancs prennent des bus séparés, que nos commissariats bruissent des cris des suppliciés, et qu’enfin la Libye de Kadhafi était une grande démocratie comparée à notre système politique

Mais notre ami étranger serait encore plus étonné s’il allait du coté des hommes politiques proches du pouvoir, il découvrirait une Mauritanie idyllique, un éden où se prélassent des citoyens libres, un paradis de paix et de prospérité, « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » on lui dirait Mais notre ami étranger serait encore plus secoué si après avoir écouté ces outrances il se promenait dans nos rues.

Il verrait une population souriante, courant derrière le quotidien, ne se retournant pas pour insulter un passant, toutes couleurs tous genres mêlés, il verrait des riches et des pauvres, des figures heureuses et des visages maussades, des 4X4 rutilantes et des charrettes, des mansardes et des beau immeubles, de grandes avenues et des ruelles étroites, des vendeurs de journaux et des raconteurs de bobards, enfin, toutes choses fort communes en Afrique.

Notre ami se demanderait en regardant les gens : où sont les noirs où sont les blancs? Car les noirs ici ne sont pas tous noirs et les blancs ne sont vraiment pas très blancs ; il prendrait peut être les chauffeurs de taxis pour des esclaves et les mendiants « blancs » pour des esclavagistes qui se cachent. Et puis, quand j’écoute certains discours de nos hommes politiques, j’ai tendance à croire qu’ils sont devenus fous.

Ils parlent de choses lointaines qui n’intéressent pas vraiment les gens, et ils ne se prononcent pas sur ce qui fait notre quotidien, ils ne nous disent jamais : voilà ce que nous ferons, avec chiffres, Même les projets présentés par le gouvernement ne sont pas vraiment discutés, ils se contentent de les approuver à grands cris ou des les rejeter aveuglement, mais en matière de proposition, rien, pas une seule éclaircie.

Les hommes politiques de la majorité restent pour la plupart des « Saffagas » à l’ancienne, ils embrassent comme faisant partie de leur butin toutes les réalisations faites par le pouvoir, ils revendiquent comme leur toute avancée, tout progrès, ils n’imaginent rien, ils ne proposent rien, ils attendent de voir ce que dira ou fera le « boss » et ils applaudissent à tout rompre. Les opposants eux ferment les yeux et ne voient rien de ce qui les entoure, ils préfèrent parler de « Rahil » ou « commission d’enquête » sur je ne sais quoi, il y en a qui parlent de boycott ou de je ne sais plus quelle billevesée née des années 90.

Les seuls véritables « opposants » sont peut être les syndicats qui eux parlent des problèmes des gens et mènent parfois des actions revendicatives toujours pacifiques ; ou bien ces sympathiques « Manifestants de la Présidence » qui demandent de l’eau pour Djigueni ou des médicaments pour Aoujeft. Ceux là, au moins, ils savent ce qu’ils veulent.

Les « grands » hommes politiques eux ne parlent que de pouvoir ou des élections qui peuvent amener au pouvoir, le reste ne les intéresse pas. Je crois qu’on devrait mener ici une grande bataille pour reconquérir les mots et réhabiliter les concepts. Je crois aussi, comme je l’ai déjà écrit qu’il faut changer de classe politique Boycottons les ! Faites comme moi : fermez les yeux, bouchez-vous les oreilles, quand vous les voyez passer à la Télévision. Ainsi, peut être, ils se prendraient moins au sérieux.

Beyrouk


Commentaires : 6
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Commentaires (6)

  • amhar (H) 04/05/2013 09:31 X

    C'est pas nouveau que la soi-disant classe dirigeante patauge dans la médiocrité, mais aussi on n'a les dirigeants qu'on mérite .

  • rajoul (H) 04/05/2013 02:03 X

    J'ai parcouru l'artcile de Beyrouk et je ne trouve rien de méchant à l égard des opposants, mais la question qui se pose est de savoir ce qui irrite certains commentateurs dont Brahimvall qui développe des sentiments hostiles à toute personne qui ne se range pas de son côté.

    À l'instar des autres bouamatou'boys, il ne peut concevoir une Mauritanie plurielle riche de la diversité des opinions de ces citoyens. C'est pourquoi il est agressif à l'égard de Beyrouk et à tous ceux s'opposent à une Mauritanie qui se plie devant les argentiers et crapules.

  • diallo2256 (H) 03/05/2013 22:03 X

    Je ne sais pas pourquoi vous condamnez ce monsieur Beyrouk, mais tout ce qu'il vient d'écrire dans cet article n'est que de la pure vérité.

  • fidelis (H) 03/05/2013 19:09 X

    Cher Beyrouk,
    tu as raté une belle occasion de te taire. tfou!!!

  • iman (H) 03/05/2013 18:30 X

    Voyez ce que nous propose Mr Beirouk: Des generalisations abusives qui sentent la pensée unique et quelques verbiages bien tolérables!

    Mais le plus grave est qu'il nous propose de fermer les yeux et les oreilles devant ceux qui font de la politique dans notre pays sans exception!

    Alors là, désolé Mr beirouk, à y reflechir nous vous proposons à notre tour de tout simplement la fermer!

  • brahimvall (H) 03/05/2013 16:30 X

    Beyrouk
    tu ne trompes plus personne. Tu le sais autant que nous tous, le problème de la Mauritanie surviennent d'abord de l'intelligentsia rompue à l'hypcrisie. Celle qui vante tous les régimes. Comme tu sembles parfaitement t'y arrimer les dernières législatures.

    Tu soutiens un régime et passe à l'autre, sans état d'âme pour ton reniement perpétuel. La position de trapéziste que tu nous offre pour t'en prendre aux "opposants" ne passent pas inaperçue. Tous les hommes politiques seraient corrompus (à te croire! Aziz n'en est-il pas un?).

    L'équilibrisme pour sortir ton épingle du jeu ne tient pas. Sautes des deux pieds, sinon cet écartèlement (avoir un in et un autre out) te fendra encore dans les rares esprits qui t'ont accordé jusqu'ici des circonstances atténuantes. Sinon fais-toi oublier, tu gagnerais à garder l'image (confuse) des "bons" jours pour toi.

    Un conseil d'ami.