29-05-2013 07:40 - Concours international de Plaidoyer sur les droits humains à Nouakchott : Me Youssouf Ould Abdallahi remporte la palme d’or

Concours international de Plaidoyer sur les droits humains à Nouakchott : Me Youssouf Ould Abdallahi remporte la palme d’or

L’Institut français de Mauritanie (IFM), en collaboration avec l’Ordre national des avocats de Mauritanie et l’Institut international des droits de l’homme et de la paix, soutenus par l’ambassade de France en Mauritanie, a organisé dimanche 26 mai 2013 un Concours international de plaidoiries pour la défense des droits de l’Homme.

Huit avocats, quatre Mauritaniens, deux Français, un Sénégalais et un Malien avaient participé à ce concours d’effets de manche et de discours oratoires sur des cas concrets.

Le vainqueur de ce concours est Me Youssouf Ould Abdallahi, membre de l’Ordre national des avocats pour sa belle et émouvante prestation en faveur des prisonniers mauritaniens de Guantanamo, Mohamedou Ould Sallahi et Ahmed Ould Abdel Aziz, détenus depuis plus d’une dizaine d’années dans cette prison mouroir des Caraïbes.

La deuxième place a été remportée par l’avocate française, Me Delphine Manuel et la troisième place par un autre avocat mauritanien, Me Cheikh Sidi Ould Mohamed Hamdi.

Bien que non classé, la plaidoirie de l’avocat Me Mohamed Lemine Ould Ahmedou sur les «Bédouins de l’Azawad » qui reprend la situation des populations de ces régions du Nord Mali, a été bien appréciée. L’avocat avait plaidé pour la cause des Azawadis et le départ des troupes françaises. Le jury a considéré que cette plaidoirie avait plutôt une coloration politique et non réellement de droits humains.

Ci-après un extrait de la plaidoirie de Me Youssouf Ould Abdallahi et dont le titre est : «Assez…Assez de Guantanamo : exemple de Mohamedou Ould Sallahi et Ahmed Ould Abdel Aziz».

L’avocat a tenu à se situer dans le temps, le 8 mars 2013 ; dans un lieu, un quartier populaire de Nouakchott ; et dans un contexte, les derniers soupirs d’une octogénaire qui se meurt dans la dignité et la plénitude.

«Il y a quelques jours, elle avait appris que des prisonniers de Guantanamo avaient entamé une grève de la faim illimitée…Elle se sent abattue, secouée par la tristesse et l’angoisse. Dans cet instant d’agonie, des sentiments opposés la déchirent…D’un côté, elle se prépare à quitter ce bas-monde, certaine de rencontrer la Vérité… De l’autre, elle espère un sursis…un mois…ou jusqu’à la fin de cette journée...dans l’espoir qu’il lui soit permis, même pour un bref instant, de revoir ce fils que le destin a éloigné d’elle, jeté loin dans la ténébreuse prison de Guantanamo, il y a plus d’une décennie.

Comme si le poète Semi Ghassim lui préparait une oraison funèbre :

«le visage disparaît petit à petit
Emportant ses couleurs écran
Et une dame millénaire
Se bat contre son corps affaissé
Lève ses deux yeux humides vers l’image prisonnière fondue
Sais-tu où tu es ? Quand reviendras-tu ?
Reviendras-tu avant mon départ ?
S’il vous plaît, ta mère a des droits sur toi/Reviens un instant
Ne vois-tu pas que je pars ?
»

C’est Madame Marième, la mère de Mohamedou Ould Sallahi, prisonnier à Guantanamo. Le temps, fin avril 2013…Le lieu, un lit d’hôpital pédiatrique…La scène, un enfant de 11 ans, sur le point d’être opéré pour une maladie à la tête qui le fait souffrir depuis longtemps.

Malgré sa situation sanitaire fragile, l’angoisse de sa mère, il était emporté par des pensées évanescentes… Il pensait sur des propos qu’il venait d’entendre, des propos lâchés à l’insu de sa mère, alors qu’il était sur le chemin de l’hôpital…

Une voix de speaker à la radio déclarait que «plus du tiers des prisonniers de Guantanamo suivent depuis plus d’un mois une grève illimitée de la faim ; la situation de certains d’entre eux est critique…Les autorités pénitentiaires les forcent à s’alimenter… Les prisonniers réclament l’amélioration de leurs conditions de détention, le respect de leurs convictions religieuses, leur jugement ou leur libération
»

Dans la tête du petit garçon se bousculent à lui faire encore plus mal moult questions sans qu’il ne leur trouve des réponses…

«Comment va mon père ? Ferait-il partie des grévistes de la faim ? Comment les traite-t-on ?...Ils soutiennent qu’ils sont nourris de force à l’aide d’un tuyau introduit dans leur nez jusque dans leur ventre…Supportent-t-ils à cet instant-ci ce supplice ? Comment supportent-ils ces douleurs inhumaines ? Mon père vit-il ? Reviendra-t-il ? Quand ? Me reconnaîtra-t-il s’il revenait alors qu’il ne m’a jamais vu ? On dit que je n’étais pas encore né quand ils l’ont amené aux Etats-Unis ! Que se serait-il passé s’il était avec moi, là maintenant ? Ma mère sera-t-elle autant angoissée qu’elle l’est ? Viendra-t-il le jour de mon opération ? »

Cet enfant, c’est Mohamed, le fils du prisonnier de Guantanamo, Ahmed Ould Abdel Aziz


Là, Madame Mariame quittait ce bas-monde, emportant avec elle l’angoisse de n’avoir pas revu son enfant Mohamedou, espérant toutefois ramasser durant son Odyssée dans l’au-delà, quelques effluves de son doux parfum…Son regard vacilla entre deux ruisseaux de larmes… Elle prononça la Chahada… Et confia son âme à son Créateur….Son dernier vœu : «N’oubliez pas Mohamedou… »

Là-bas, le petit Mohamed ne trouvait aucune réponse à ses multiples questions… Sur le chemin du retour, sa pensée voguait dans l’infini… Perplexe…Morfondu…. La tristesse et l’angoisse transparaissaient sur son âme… Il avait une infinie envie de connaître le sort de son père….
»

C’était là, la première partie de la longue et émouvante plaidoirie de Me Youssouf Ould Abdallahi… Une plaidoirie qui s’adresserait aux Autorités mauritaniennes plus qu’à l’administration américaine. Cette dernière en a fini judiciairement avec les prisonniers mauritaniens de Guantanamo. Ils sont innocents.

Et l’Amérique qui a perdu la bataille de la compromission cherche une issu politique pour ne pas perdre la face. Elle attend depuis plus d’une année une demande d’extradition que les autorités mauritaniennes refusent de formuler. Pourquoi ? That’s the question.

Cheikh Aïdara



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