30-05-2013 13:53 - Dossier de la drogue en Mauritanie : Le procès de Mamer et la charge des opposants
Le dossier de la drogue en Mauritanie, que la Coordination de l’opposition démocratique (COD) semble presque assimiler à une sorte « d’Aziz connexion », occupe le devant de l’actualité politique du pays.
Alors qu’à Paris, débutaient les préparatifs du procès du député écolo Noël Mamère, poursuivi en France par le président Mohamed Ould Abdel Aziz pour diffamation, à Nouakchott, les opposants poussaient la surenchère en animant une table-ronde sur le thème : « La Mauritanie est-elle un narco-état ? ».
Pour le commun des Mauritaniens, confronté à des problèmes de survie quotidienne, le débat semble futile, alors que d’autres croient que l’image du pays et de ses représentants passe en priorité.
L’affaire de la drogue dans lequel le président Mohamed Ould Abdel Aziz est cité, aussi bien en Mauritanie qu’en France, revient avec acuité dans la stratégie de ses opposants. En effet, des sources généralement bien informées ont évoqué avant-hier, l’ouverture du procès en diffamation du député européen Noël Mamère à Paris. La cour chargée de juger cette affaire s’était contentée d’écouter les avocats des deux parties avant de reporter l’audience à l’année prochaine.
D’ici là , la défense et la partie civile devront réunir leurs moyens de preuves. L’avocat de Noël Mamère, Me Patrick Fazrbiaz aurait déjà commencé ses contacts. Il faut rappeler que ce procès pour diffamation a été intenté par le président Mohamed Ould Abdel Aziz à l’encontre du député Europe des Verts, Noël Mamère, lequel l’avait accusé d’être le « parrain de la drogue dans le Sahel ». Ce nouveau rebondissement dans l’affaire Mamère-Aziz que beaucoup ne prenait pas au sérieux semble être parti pour une longue et fastidieuse procédure.
Cela d’autant plus qu’au niveau national, la Coordination de l’opposition démocratique (COD) persiste dans sa volonté d’aller au fond de cette affaire de drogue, à laquelle est venue se greffer de supposées malversations dont elle accable le président Ould Abdel Aziz. C’est dans ce cadre qu’une table-ronde a été animée mercredi 22 mai dernier sur le thème « La Mauritanie est-elle un narco-état ? » Le Pr.Lô Gourmo profitera de ce débat pour rappeler les résolutions internationales en matière de politique de lutte contre la drogue, soulignant que la Mauritanie est souvent citée dans ces affaires et que le président Mohamed Ould Abdel Aziz est accusé de parrainer le trafic dans le Sahel.
Pour Lô Gourmo, vice-président du parti Union des forces du progrès (UFP), membre de la COD, « drogue et démocratie sont incompatibles ». Auparavant, la COD avait publié un communiqué dans lequel elle constate que la Mauritanie est confrontée à des dangers, dont le fait d’être désigné comme « narco-état », ou « plaque tournante du narcotrafic dans la région sahélo-saharienne ».
Et la COD de citer des « indices » et des « révélations » qui indexent le régime en place. Parmi les faits brandis par la COD, les accusations du député Noël Mamère, les visites fréquentes des généraux bissau-guinéens au palais présidentiel à Nouakchott, notamment l’officier supérieur Bissau Guinéen actuellement interrogé aux USA pour trafic de drogue, les audiences occultes révélées par la presse dont certains narcotrafiquants du Mali auraient bénéficié de la part du locataire du palais présidentiel, ainsi que le fameux dossier des enregistrements d’Accra, surnommée « Ghanagate ».
Alors que les leaders de la COD ont mis en place une commission d’enquête parlementaire uniquement constituée de députés et de sénateurs de la mouvance, chargée de faire la lumière sur toutes ces affaires, la majorité présidentielle continue de faire comme si de rien n’était.
En effet, pour les partisans du président Mohamed Ould Abdel Aziz, l’opposition se débat dans des suppositions qui ne la mèneront nulle part, considérant que toutes ces affaires citées ne sont qu’affabulation et diffamation outrancière. Pour le citoyen lambda qui a perdu toute confiance dans ses hommes politiques, l’opposition comme la majorité mènent une lutte politicienne où le devenir de la Mauritanie et de son peuple n’a que peu de place.
Nombreux sont ainsi ceux qui reprochent à la COD de concentrer ses efforts uniquement dans la recherche de moyens, moraux ou immoraux, d’accéder au pouvoir au lieu de dénoncer la situation quotidienne des citoyens confrontés au chômage, au manque d’infrastructures sociales de base, à la hausse vertigineuse des prix, au bradage de ses ressources naturelles, etc. Pour ceux-là , l’affaire de drogue dont la COD cherche à affabuler Mohamed Ould Abdel Aziz ainsi que les enregistrements d’Accra ne sont pas le véritable combat du peuple. Celui-ci cherche d’abord à soigner sa situation avant de penser à l’image du pays.
Cheikh Aïdara.
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