31-05-2013 12:41 - Aziz-Mamere : Entre bon compromis et mauvais procès !

Aziz-Mamere : Entre bon compromis et mauvais procès !

A force de de braver la raison démocratique, la plainte pour diffamation déposée par le président mauritanien contre le député-maire de Bègles dépasse sa première audience de procédure.

Vendredi dernier, les deux parties se sont brièvement soupesées sur la balance de la 17ème chambre correctionnelle de Paris. Fin de semaine de contrôle médical pour le président. Journée ordinaire d'un maire girondin. Rien de bien singulier dans la vie des hommes et des nations.

Un procès peut en cacher un autre

Jugeant de l'exception de vérité ou de bonne foi, la dix-septième chambre ronronne au rythme des derniers scrupules de l'homme moderne. Au cours de ce premier round d'observation, les parties exposent leurs allégations avant que le tribunal ne reporte son audience décisive à l'année prochaine (13 mai 2014).

Pourtant cette brève confrontation a eu le mérite de clarifier les enjeux et coulisses de ce front hexagonal dans la vie dissolue de l'état mauritanien. Elle met à jour la sur-représentation du barreau parisien dont les pointures pénalistes sont déjà citées dans l'environnement d'un caïd français du narcotrafic international.

Celui-là même qui s'est volatilisé des geôles mauritaniennes avant d'écumer la connivente hospitalité des palais et terrasses du coin. Le conseil du président se renforce avec le concours de pénalistes médiatiques et habitués d'une juridiction remontant à la loi historique sur la liberté de presse et d'expression (1881).

Quant à la défense du député écologiste, elle est assurée par les avocats des organisations non gouvernementales qui pourchassent la mal-gouvernance françafricaine et les trésors mal acquis par les dictateurs du continent noir. Sans hasard aucun, les mêmes qui défendent aussi les intérêts du «patron des patrons» exilé dans le royaume voisin. Un procès peut en cacher un autre..

Bon procès ou mauvais accord ?

Dans les guéguerres fratricides entre ennemis intimes, les attaques et contre-attaques peuvent démultiplier les fronts et traverser les continents. De Nouakchott à Paris en arrosant tout l'occident africain : Ghana, Mali, Côte d'Ivoire, Sénégal, Guinée... Anticipant les ramifications de la curée judiciaire, le maire de Bègles avait dénoncé l'instrumentalisation de sa liberté d'expression dans les considérations de politique intérieure.

Au mépris de la bonne foi et des surprises programmées, le président n'avait pas saisi l'occasion franche de s'épargner une procédure judiciaire. Sur-enchérissant sur la bonne volonté de leur cible, ses avocats avaient entamé une procédure pour diffamation avec citation directe. Sans conforter les suites amiables, cette fuite en avant procédurière n'a pas empêché les efforts de discussion.

Mais les parties continuent de se tourner autour et en rond sans trouver d'horizon salutaire. Face aux avocats de l'ennemi intérieur, les conseils du président rechignent aux concessions. Tandis que leurs contradicteurs semblent préférer un bon procès à tout mauvais accord.

Seul arbitre des débats ultérieurs, le tribunal a choisi de plaquer son calendrier sur les éphémérides politiques des parties. Juste avant l'audience décisive, le député-maire devra entamer un printemps de choix dans sa vie publique. En renonçant au cumul des mandats, il pourrait se consacrer à sa réélection municipale.

Au jour du grand soir, le président jouera le périlleux printemps de sa réélection. Alors que son irréconciliable opposition l'accuse déjà de substituer un narco-état à la république démocratique. Dans quelle mesure un déferlement judiciaire serait-il dissuasif ? D'ici-là, quelques «audiences-relais» trimestrielles pourront offrir l'occasion de trouver un bon compromis et éviter un mauvais procès...Surtout pour le pauvre peuple mauritanien !!!

Cheïkh Touré



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