02-06-2013 10:39 - Loupe du Jour : De l’expression d’une démocratie qui se cherche….
Ceux qui ont vécu sous les deux ordres totalitaires et démocratiques savent sans doute faire des comparaisons entre les systèmes qui ont présidé aux destinées de la Mauritanie. La démocratie quelque que soit ses imperfections vaut mieux qu’une dictature. Les mauritaniens sont pourtant aujourd’hui partagés entre les modes de gouvernance qui se sont succédés dans le pays.
Si l’on fait exception de la première décennie post- indépendance, le pays a vécu presque tout le reste de son existence politique sous la férule de dirigeants autocratiques qui ont chacun laissé des souvenirs et ce , à des degrés divers.
La petite parenthèse de Sidioca a apporté une aube nouvelle qui s’est vite dissipée dans les mirages d’une démocratie qui allait passer la main à un pouvoir Kaki qui à son tour tentera par les urnes à se muer en démocratie.
Nous sommes alors dans cette législature finissante sous le magistère d’un homme entré en politique par effraction et qui s’est vite fait une place dans l’échiquier politique national.
Le profil à lui seul ne faisant pas un président mauritanien, nous avons eu droit à celui qui le destin nous a cédé. Force est de constater que si nous sommes sortis d’un Etat de non droit, nous ne sommes pas encore dans la meilleure des démocraties. Évidemment aucun système issu des urnes ne saurait prétendre à la perfection.
La démocratie mauritanienne n’a pas encore pu gagner le défi de l’alternance pacifique qui trouve son répondant dans la volonté des acteurs politique de dépasser leurs divergences par le dialogue. Une démocratie qui ne se donne pas les moyens de sortir du cercle des animosités politiques, des règlements de comptes, des rejets interminables de la recherche de solutions aux crises n’a pas encore le mérite d’être citée en exemple de modèle de changement constructif.
Une démocratie qui reste agrippée aux discours triomphalistes, aux satisfécits de ses bilans faisant oublier à ses parrains qu’ils ne sont pas exempts de critiques et si tel est le cas, ils affichent une indifférence hautaine, est encore à ses premiers balbutiements. Une démocratie qui s’enferme dans les illusions d’une grandeur qui lui détourne de la misère des mauritaniens, des crises sociales qui déchirent les couches défavorisées, la grande masse des sans revenus se rendra compte tardivement qu’elle a trahi les espoirs des électeurs.
A ceux qui gardent une certaine nostalgie des dictatures passées, il faut répondre qu’une démocratie si médiocre soit-elle est plus respectable qu’une dictature même « généreuse ». A ceux qui pensent aussi que la démocratie se résume à l’élection d’un président, d’un parlement et des maires, on objectera que le plus difficile est de jouer au rassembleur et au magnanime.
Nous pouvons à l’évidence concéder qu’on est sorti de la période d’exception mais pas de l’exception d’une démocratie qui ne vole toujours pas très haut. Le temps est venu pour renforcer l’habillage d’un système qui a besoin d’être soignée pour se débarrasser des pesanteurs qui empêchent de libérer les énergies constructives. C’est tout l’enjeu que les mauritaniens attendent toujours !
Cheikh Tidiane Dia
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