11-06-2013 08:54 - Dix ans après le 8 juin 2003, les « Cavaliers du Changement » s’expriment
« Notre coup d’Etat était un véritable coup d’Etat, alors que celui du 6 juin 2008 n’est qu’une rébellion de Palais »
8 juin 2003-8 juin 2013 ! Dix ans sont passés, mais le souvenir de ce jour fatidique où des blindés envahirent Nouakchott, reste profondément ancré dans le subconscient collectif.
Pendant plusieurs heures, les mutins avaient le contrôle de la Capitale. Parmi les pertes les plus douloureuses causées par cette tentative de coup d’Etat avortée contre Ould Taya, la mort du Chef d’Etat-major des forces armées, Mohamed Lemine Ould NDiaye dont le meurtre reste encore une énigme.
Les deux vedettes de ce coup de forcé manqué, Abderrahmane Ould Mini et Salah Ould Hanana, tous deux députés aujourd’hui à l’Assemblée Nationale, sont revenus sur les faits.
La commémoration du 8 juin 2003, premier coup d’Etat perpétré contre le régime de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya, a failli échapper à l’analyse. La situation politique actuelle, marquée par un blocage institutionnel et que l’opposition compare presque au climat délétère qui prévalait sous le régime de Ould Taya, rend encore plus incitatif, pour certains observateurs, ce retour dans le passé, avec ses acteurs.
En effet, Abderrahmane Ould Mini et Salah Ould Hanana, les deux principaux instigateurs du coup de force manqué du 3 juin 2003 contre le pouvoir de Maaouiya Ould Taya, sont longuement revenus sur cette journée, sur sa philosophie, ses motivations, ses conséquences, pour que soit préservé le devoir de mémoire des générations actuelles.
Abderrahmane Ould Mini : « on s’était révolté pour l’intérêt de la Mauritanie et non pour préserver des privilèges »
S’exprimant sur les ondes de Radio Nouakchott, l’ancien capitaine de l’armée, Abderrahmane Ould Mini, aujourd’hui député du RFD à l’Assemblée Nationale, a déclaré que l’action du 8 juin 2003 visait à débarrasser le pays d’un régime dictatorial, avec tout le sacrifice qu’une telle démarche sous-tendait.
« C’était un véritable coup d’Etat, avec des mutins qui se lançaient à l’assaut d’une armée », dira-t-il en substance. Selon lui, leur devoir envers la nation qui les avait formés était de lui rendre la pièce de sa monnaie en le délivrant d’un système pourri, corrompu, et qui avait détruit le pays. « Nous n’étions mû ni par la gloire, ni par les honneurs, encore moins par l’appât du gain ou pour préserver de quelconques avantages, car nous étions tous de pauvres officiers, et certains d’entre nous, de simples citoyens ».
Selon lui, « nous étions de jeunes et braves officiers et sous-officiers, conscient de la souffrance de notre peuple et de la noblesse de notre sacrifice. Pour ce 8 juin 2003, « il fallait mettre fin à une menace intérieure » soulignera-t-il. Ould Mini dira regretter tous les morts que l’expédition de ce jour fatidique avait entraîné, notamment le capitaine Ould Oudaa et le colonel Ould NDiayane. Selon lui, les « Cavaliers du Changement », un nom que ses camarades et lui s’étaient donné, n’ont rien à voir dans ces morts.
La preuve, dira-t-il en substance, ces pertes humaines ont été défalquées sur le dos du Ministère de la Défense par la Cour qui les avait jugés à Ouad Naga. Pour Ould Mini, l’aspect judiciaire de cette affaire a été clos par ce procès et qu’ils ont payé leur compte à la société.
Contrairement à 2003, Ould Mini a qualifié le coup d’Etat de Mohamed Ould Abdel Aziz en 2008, de « rébellion perpétrée par un officier de l’armée mécontent de son affectation et qui tenait à préserver ses avantages ». Loin de porter les armes, comme ce fut le cas pour les « Cavaliers du Changement », il s’est contenté de faire arrêter un président civil par ses soldats, ce qui enlève à son coup toute gloriole, ajoutera-t-il en substance.
Salah Ould Hanana : « le régime que nous avions combattu en 2003 est toujours en place, seule la tête a changé »
Répondant, lors d’une plénière de l’Assemblée nationale, aux critiques de quelques députés de la majorité qui avaient qualifié de criminel le coup d’Etat du 8 juin 2003, soulignant que ses auteurs n’ont même pas le droit d’être dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, à plus forte raison d’accuser le président de la République, Salah Ould Hanana a développé sa défense et celle de ses camarades.
Selon lui, le mouvement du 8 juin 2003 a été mené par un groupe d’officiers dont le parcours, pendant et après leur service militaire, est bien connu. La situation dans laquelle se trouvait le pays est également connue, rappellera-t-il, ce qui selon lui expliquait l’ampleur de la sympathie dont ils avaient joui à l’époque auprès de tous les Mauritaniens, « à part des exceptions dont feraient partie certainement les députés qui sont intervenus », ajoutera-t-il.
Pour Ould Hanana, ceux qui avaient fomenté la tentative du 8 juin 2003 avaient pris leur responsabilité dans un environnement marqué par la concupiscions et la compromission des uns, alors que les auteurs du coup croupissaient sous la torture des geôliers et devant les tribunaux du régime.
« A l’époque, je ne sais même pas où se terraient les laudateurs d’aujourd’hui », piquera-t-il. Pourtant, fera remarquer Ould Hanana, tout ce qui s’est passé par la suite dans le pays n’est que le résultat des fruits de ce coup du 8 juin 2003. « Aujourd’hui, je ne comprends pas le but ni l’objectif visé par ces individus qui osent accuser ou condamner les auteurs du coup du 8 juin 2003, et j’espère que ce n’est pas pour des considérations étroites » asséna-t-il.
Pour Salah Ould Hanana, « ceux qui avaient pris leur responsabilité dans ces moments difficiles de juin 2003 sont prêts aujourd’hui à les assumer encore, car ce sont des hommes qui ont placé leur âme sur la paume de leurs mains ; ils étaient prêts à changer l’ordre des choses dans un moment où le pouvoir était encore fort et que tous le craignaient. Le peuple leur a reconnu leur courage et leur patriotisme, sauf une minorité qui les ont vilipendés et je suis désolé qu’il en reste encore aujourd’hui » ironisera-t-il.
Enumérant les conséquences du 8 juin 2003, Salah Ould Hanana dira que les Mauritaniens avaient commencé à croire que le changement était possible, car cette date a marqué le début d’une transformation dans le pays. Pour lui, « les résultats n’ont pas encore été atteints, car le système est resté tel qu’il était, seule la tête ayant changé ».
Affaire de Ould NDiayane
Selon Salah Ould Hanana, en réponse à l’intervention des députés de la majorité, le cas du colonel Mohamed Lemine Ould NDiayane a été soulevé par les « Cavaliers du Changement ». « Devant la Cour qui nous jugeait à Ouad Naga, c’est nous qui avions insisté pour qu’une enquête soit ouverte sur le meurtre de Ould NDiayane et le juge refusait de nous écouter, avant de se plier à notre requête à contre cœur.
Nous avions été blanchis par la Cour de Ouad Naga de la mort de Ould NDiaye, et je pense qu’à l’époque, personne ne peut accuser cette cour ni le régime de mansuétude à notre égard. Finalement, la responsabilité de la mort de l’ancien Chef d’Etat-major a été amputée au ministère de la Défense » a-t-il expliqué.
Et de poursuivre, « lorsque le fils du colonel a décidé de demander l’ouverture d’une enquête sur la mort de son père, nous avons été les premiers à signer la pétition ». S’adressant aux députés, Salah Ould Hanana de lancer : « nous demandons aux députés de la majorité de nous aider pour l’ouverture d’une telle enquête ».
Nonobstant l’effort de ceux qui essayent de lier le coup d’Etat du 3 juin 2003 aux accusations portées contre le président Mohamed Ould Abdel pour trafic de drogue et blanchiment d’argent, Salah Ould Hanana dira qu’ils ne sont mus que par les responsabilités qui les incombent, celle d’éclairer l’opinion mauritanienne sur tout ce qui concerne leurs gouvernants.
« Dans ce cadre, nous demandons l’ouverture d’une enquête sur tous les dossiers car le peuple a droit à la vérité » dira-t-il. Pour Ould Salah Ould Hanana, le coup du 8 juin 2003 a surtout inspiré Mohamed Ould Abdel Aziz, qui selon lui n’a jamais cessé depuis cette date de penser à perpétrer un coup d’Etat d’autant plus que l’armée a été désarmée sauf le Bataillon présidentiel qu’il commandait.
Finalement, conclura Ould Hanana, le système est resté tel qu’il est après le départ de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya, même s’il s’avère aujourd’hui qu’il était la meilleure graine de ce système.
Cheikh Aïdara
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