19-06-2013 22:40 - Le fameux scandale du Bac en 2000 : Un tournant dans l’histoire du pays
Le baccalauréat est un important diplôme qui permet aux étudiants d’accéder aux établissements de l’enseignement supérieur.
Depuis l’indépendance, les examens se sont longtemps déroulés dans la plus parfaite équité qui était une de nos vertus. Mais en 2000, un énorme scandale a éclaté, lors des épreuves de la première session.
L’évènement a marqué les annales de notre histoire et hante encore la mémoire de beaucoup de Mauritaniens. Treize ans après, Le Calame rappelle, à ses lecteurs, les péripéties exactes de ce regrettable dossier.
Des rumeurs, au début
L’opinion a toujours été friande de rumeurs faisant état d’éventuelles fuites des sujets des matières principales du bac. Une occasion, pour les papeteries et secrétariats publics, d’écouler, à prix d’or, les corrections de ces prétendus sujets. Cependant, l’affaire s’étant si souvent révélée loin d’en être une, on n’en faisait plus cas et plus personne ne portait attention à ces ragots. De loin en loin, des présidents de centres d’examen faisaient bien le constat de telles irrégularités et en informaient, aussitôt, le ministère mais cela restait sans suites. La mascarade continua donc.
Sghaïr Ould M’barek, le ministre de l’Education de l’époque et actuel président du Conseil constitutionnel, convoqua son cabinet pour donner de fermes instructions : plus personne ne devait parler de ce qu’il appelait « les intoxications de l’opposition », menaçant de sanctions quiconque parmi le personnel enseignant y ferait seulement allusion.
Les directeurs centraux du MEN, surtout le fameux Dahmane, transmirent illico l’information à leurs subalternes. On remit au ministère les malles contenant les copies d’examen. Les commissions d’anonymat et de correction étaient déjà à pied d’œuvre. Et, soudain, l’ordre de tout annuler parvint. D’en haut. Surprenant jusqu’à monsieur le ministre. Convoqué à la présidence, celui-ci essaie de minimiser l’affaire mais le président Maaouya était déjà au courant de tout.
Une épreuve de physique
Au deuxième jour de l’examen, un professeur de physique à l’Université, qui avait en charge un centre d’examen à Nouakchott, avait reçu la visite d’une voisine le priant de corriger l’épreuve qu’elle tenait entre ses mains.
L’homme avait immédiatement informé son ami et autre voisin, le commissaire Mohamed Ould Brahim Ould Siyid, alors DRS de Nouakchott. Celui-ci lui demande d’attendre le lendemain, pour comparer le papier à la véritable épreuve de physiques programmée ce jour-là . Vers treize heures, le professeur confirme la fuite. Le DRS se rend alors à la direction de la Sûreté pour informer sa hiérarchie… Tout va aller très vite.
La filière démantelée
Le commissaire Ould Siyid obtient le feu vert de son chef et entame immédiatement ses investigations. La première suspecte est entendue. A la suite de ses déclarations, Nem Ould Hamden, responsable des écoles El Karama, est embarqué au commissariat de Sebkha où siège la commission d’enquête. Un peu plus tard, El Hareth Ould Moctar Salem, responsable des écoles El Khiyar, est à son tour coffré et ne tarde pas à cracher le morceau.
Sidi Mohamed Ould Lehlou, le brillant professeur de sciences et coordinateur de section, à l’Institut Pédagogique National (IPN), le rejoint dans une cellule du même commissariat. D’autres sont arrêtés dans la soirée : Sid Ebatt Ould Bechir, professeur de sciences, Mohamed Vall Ould Seyid, autre responsable des écoles El Karama, Mohamed Mahmoud Ould Abdallah, responsable des écoles El Mohammedia, et Sidi Ould Nagi, fonctionnaire du service des examens.Leur détention préventive durera quelques jours, avant que Nem Ould Hamden ne soit relâché et les autres déférés au Parquet.
Les épreuves du bac vendues à la veille de l’examen
Au cours de son audition, El Hareth Ould Moctar Salem, qui est toujours responsable des écoles El Khiyar, reconnut que, depuis quelques années, Idi Mohamed Ould Lehlou et Sidi Ould Nagi lui procuraient les sujets des matières principales des baccalauréats scientifiques et mathématiques, contre de grosses sommes d’argent.
A cette période, les présidents des centres d’examen avaient la possibilité de passer à quiconque les sujets, puisqu’ils étaient les seuls à détenir les clefs des malles les contenant. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas : chaque malle a deux cadenas.
La clé de l’un est détenue par le président du centre, l’autre reste entre les mains des autorités. Ould Lehlou et Ould Nagi reconnurent les faits. Sid Ebatt avait joué, lui, le rôle d’intermédiaire. Mohamed Mahmoud Ould Abdallah, Mohamed Vall Ould Seyid et El Hareth reconnurent avoir acheté des épreuves du bac 2000. On ne reprocha, à Nem Ould Hamden que d’avoir reçu la copie de physiques passée à sa parente.
Les autorités finirent par plus ou moins calmer l’affaire, en confiant son dossier au Conseil national de la Fonction publique. Elles préféraient éviter la prison à ses auteurs, en les contraignant seulement à des sanctions administratives. Le verdict ne tarda pas à tomber.
Les suites
Le Conseil national de la Fonction publique radia, définitivement, Sidi Mohamed Ould Lehlou, Sidi Ould Nagi et Sid Ebatt. Mohamed Mahmoud Ould Abdallah et Mohamed Vall Ould Seyid, fonctionnaires et directeurs d’écoles privées, furent mis à pied pendant six mois, tandis qu’El Hareth se voyait interdit de diriger les écoles El Khiyar. Pourtant, El Hareth continue, aujourd’hui encore, à diriger son école. Il est même président des syndicats des écoles privées.
Sidi Mohamed Ould Lehlou, qui n’est plus fonctionnaire de l’Etat, est l’actuel directeur général des plages et parcs aménagés, au ministère de l’Environnement. On le dit très lié au président Ould Abdel Aziz. Sidi Ould Nagi est actuellement fonctionnaire à la Mauritel. Sid Ebatt a pu réintégrer la fonction publique, après une longue période de va-et-vient dans les tribunaux. Il est actuellement professeur au lycée… d’excellence.
Ben Abdella
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