26-06-2013 21:59 - La fracture communautaire
A la naissance de ce pays forgé aux confins de deux mondes ; sur une ligne de démarcation arbitrairement dessinée par le Colon, notre jeune Etat avait franchi d’immenses pas vers l’intégration de toutes ses composantes.
Les sages bâtisseurs de la Mauritanie mesuraient parfaitement les enjeux et refusaient de gérer une Nation minée. Ils avaient tout fait pour que la Mauritanie demeure une et unie dans le respect des droits des uns et avec l’obligation faite à chacun de respecter ses devoirs vis-à -vis de la collectivité et des autres.
Les spécificités culturelles de chaque groupe étaient respectées, malgré les velléités de groupes sectaires et chauvins. Les drames qui s’en ont suivis sont connus de tous. Et les fossés, pour ne pas dire, la fracture communautaire s’ensuivra.
Aujourd’hui, tout le monde se tait face à ce qui a été fait des relations intercommunautaires dans notre pays.
L’on évoque pêle-mêle, la mauvaise gestion, la corruption, le détournement des deniers publics, le tribalisme, le régionalisme et d’autres maux encore. Mais, la fracture communautaire, personne n’en parle. Ceux qui osent l’évoquer sont considérés comme des ennemis de la Nation et des traîtres à la solde d’on ne sait qui !
Cette hypocrisie, à l’instar de toutes les lourdeurs que nous avons connues, est malheureusement en train d’être récupérée par les autorités de la transition qui ont décide de repousser à plus tard des dossiers pourtant cruciaux pour notre avenir. Cruciaux pour notre existence même en tant que pays et peuple.
Plus grave, le silence devenu de plus en plus inquiétant des hautes autorités du pays par rapport aux lourdes questions du passif humanitaire et des déportés, jette l’anathème sur les autorités aux yeux d’importantes franges de notre peuple.
Le cas devient plus corsé si l’on voit les partis politiques, les organisations de la société civile et tout ce que compte le pays ou presque d’intellectuels, se taire face à ce drame qui est malgré tout le summum de l’atteinte des droits de l’homme en Mauritanie, et l’expression la plus honteuse qui confirme que notre communautarisme n’est pas si idéal qu’on veut nous le faire croire.
Que les Mauritaniens ne cherchent pas entre midi et 14 heures ! Tant que les grands débats sociaux ne sont pas mis sur la table, rien de consistant ne pourra être reconstruit.
Pour rebâtir une Mauritanie libre, digne, égalitaire et démocratique, on est obligés de reconnaître les souffrances des uns, les manquements qu’on subit les autres. Pour demeurer un pays stable, on sera obligés d’écouter les complaintes de ceux qui crient à la ségrégation, à l’esclavage et à la marginalisation.
Pourquoi manquons-nous de courage pour nous regarder en face, parler entre nous et arriver à une situation qui assainisse, pour de bon, les rapports sociaux au sein de notre pays ? Quel plaisir avons-nous à voir nos enfants d’une couche sociale exclusivement inscrits dans une école et les fils de l’autre couche dans une autre ? quel plaisir peuvent éprouver les riches devant la pauvreté grandissante de couches misérables de nos populations ?
La fracture communautaire est une réalité malheureuse en Mauritanie. Que nous l’occultions, elle finira un jour par nous rattraper. Alors autant en parler ici et maintenant et tout de suite. La Mauritanie sera forcément amenée un jour à l’évoquer. Il faut craindre que cela ne soit pas tard. Maintenant que nous avons les outils qui nous permettent de franchir le pas, alors allons y.
Sneiba
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