02-07-2013 13:21 - Editorial d'Ahmed Ould Cheikh : Impossible n’est pas mauritanien

Editorial d'Ahmed Ould Cheikh : Impossible n’est pas mauritanien

La façon, pour le moins désinvolte et peu galante, avec laquelle la ministre de la Culture a été virée, la semaine dernière, en dit long sur les méthodes cavalières de ceux qui nous gouvernent.

A commencer par le premier d’entre eux, capable des pires colères, pour un oui ou un non. Deux jours avant ce limogeage intempestif, le mari de ladite dame, le président de la commission des marchés de son ministère, et deux hommes d’affaires avaient été arrêtés, par la gendarmerie, dans le cadre d’une enquête sur l’attribution du marché du stade de Nouadhibou.

Alors que la construction d’un stade dépend du ministère de l’Urbanisme et que son attribution échoit à une commission sectorielle indépendante, une rumeur savamment entretenue – par qui et dans quel but ? – a fait porter, à madame la ministre, l’entière responsabilité du cafouillage qui a sanctionné l’attribution puis l’annulation du marché.

Alors que, dans les faits, elle n’a rien à voir dans ce processus, ni au début ni à la fin. On a évoqué, pêle-mêle, promesses de commissions, marchandages, tractations, faux documents, enregistrements et tabassage. « Qui veut tuer son chien l’accuse de rage », dit le célèbre dicton.

A quelques mois d’une nouvelle campagne électorale, Oud Abdel Aziz entend enfourcher son cheval de bataille, celui de la lutte contre la gabegie. Largement mise à l’épreuve par les agissements de sa parentèle, il espère, probablement, lui donner un nouveau souffle, en limogeant une des plus anciennes ministres de son gouvernement. Quitte à invoquer de farfelus motifs, avant même que l’enquête, diligentée par la gendarmerie, n’aboutisse.

En Mauritanie nouvelle, la présomption d’innocence reste une notion inconnue. Au cours du Conseil des ministres qui a suivi le limogeage de Mint Boïdé – celui de jeudi dernier, donc – Ould Abdel Aziz est sorti de ses gonds, vilipendant ses subordonnés qui n’ont pas compris, selon lui, le sens de son combat contre les prévaricateurs.

Nos vaillants ministres, tremblant à qui mieux mieux, étaient dans leurs petits souliers. Si l’un d’eux avait pris son courage à deux mains, il aurait pu répondre que la lutte contre la gabegie est très sélective.

Sinon, comment comprendre que des individus, partis de rien, arrivent, en quelques années, à fonder des sociétés d’assurances, d’hydrocarbures ou de BTP et à devenir actionnaires dans des banques, alors qu’ils n’ont hérité de rien, sauf, peut-être, de liens de parenté opportuns ? Que les enregistrements ne peuvent être cause d’emprisonnement. Suivez mon regard.

Et que le tabassage n’est que peccadille, comparé aux balles réelles. Mais plus personne n’est capable d’élever la voix, dans ce pays. La flagornerie, la politique du ventre, l’appât du gain, les bassesses en tout genre ont fini par avoir raison de toute dignité. Il est vrai que celle-ci n’a pas de prix et qu’elle n’est donc pas négociable. Pas très intéressant pour nos esprits boutiquiers…

Il n’y a qu’à voir comment les gens accourent à l’accueil du Président, lors de ses déplacements, pour se rendre compte du cloaque où l’on est tombé. Mais il faut dire, à la décharge des souteneurs professionnels, que le Guide éclairé qu’ils ne cessent d’applaudir n’a pas, ordinairement, la haine tenace. Tous ceux qu’il a relevés de leurs fonctions ont fini par être rappelés aux affaires.

Sans qu’on sache vraiment à quoi s’en tenir. Coupables, rien ne justifierait leur retour en grâce. Innocents, ils seraient en droit d’exiger des excuses officielles d’un pouvoir qui a les traînés dans la boue.

Or, il n’est pas plus question de culpabilité que d’excuses. Juste le calme après la tempête. Madame Cissé peut donc dormir tranquille. Sa réhabilitation n’est qu’une question de semaines ; de mois, tout au plus. Et l’on passera à la prochaine victime… avant qu’elle ne revienne à son tour. Au pays des coups foireux, tout est possible. Même l’impossible.

Ahmed Ould Cheikh



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Commentaires (11)

  • jarjar (H) 03/07/2013 13:33 X

    @dirtyman !
    La "ministre" (fille et soeur de colonel) est coupable comme tous les autres ministres de Aziz ! Collaborer avec ce putchiste est un crime !

  • dirtymind (H) 02/07/2013 18:40 X

    @ olympe et jarjar
    pourquoi devait-elle être limogée? c'est ça qu'on cherche à comprendre. Est-elle coupable ou pas (selon la justice pas culpabilité des salons de nouakchott)?

  • Ibiliss (H) 02/07/2013 18:01 X

    Que l'on vous accuse de défendre la petite ministresse ou pas, l'essentiel c'est de dénoncer! Et vous faites bien! Un intello n'a pas le droit de se taire, même lorsqu'il est muet de naissance!

  • antipervers (H) 02/07/2013 17:01 X

    De Quel tribu est le mari de la ministre limogée? J’aimerai comprendre!

  • jarjar (H) 02/07/2013 16:41 X

    Absolument d accord avec olympe ! Voir ce grand editorialiste defendre un()e ministre "azizienne" qui prenait sa charge à la légère est affligeant !

  • olympe (F) 02/07/2013 15:31 X

    Je vous respecte Mr Ahmed ould Cheikh .Je voudrais néanmoins attirer votre attention sur le fait que votre haine de Azziz n'a pas a vous aveuglé, et vous rendre toutes les décisions du Président de la République erronées. L'ex ministre de la Culture devait être limogée illico. Dans le cas contraire toute la République en aura voulu au Président. Alors essayer d'être objectif c'est dangereux pour un journaliste de laisser ses émotions guider ses écrits ses réflexions. Cela le décrédibilise complètement. Ressaisissez-vous.

  • Hamdoulah (H) 02/07/2013 15:30 X

    Pour les raisons des limogeages, est ce qu'on sait mieux de la justesse des raisons qui font qu'ont soit coopté ou pas par le seul fait du Roi ?!!!

  • Hamdoulah (H) 02/07/2013 15:27 X

    Mention Bien Ould Cheikh, et continuons à dénoncer et à être nous mêmes, l'essentiel c'est la Vérité qui survivra à tout !

  • Zreiga (F) 02/07/2013 15:18 X

    Et le limogeage d'Ousmane Kane alors ?
    Il était plus spectaculaire et plus humiliant et est toujours inexpliqué a ce jour.

  • Tajmahal (H) 02/07/2013 14:00 X

    JE T'AIME! Je ne l'ai jamais dit, mais vaut tard que jamais.

  • gongiyanké (H) 02/07/2013 13:30 X

    Le pays va mal, on est gouverné par des corrompus et de pilleurs de fonds publics. Où veut-il mener la Mauritanie ce Aziz. Il est du devoir du peuple de se lever pour demander son depart.