11-07-2013 07:00 - En Egypte, le champ religieux s'est démocratisé
La démonstration était presque parfaite : en Egypte, après une année de pouvoir, les islamistes ont montré qu'ils étaient incapables de gérer l'Etat. Ils étaient aussi réticents à prendre le pouvoir par la force ou par la rue et n'avaient pas beaucoup d'idées sur comment islamiser une société qui s'était largement auto-islamisée depuis vingt ans. Bref, la révolution islamique est un mythe !
La population s'est retournée contre eux, non pas pour protester contre la mise en place de la charia, mais pour protester contre l'incompétence et le népotisme des Frères, en attendant une corruption qu'ils n'ont pas eu le temps de mettre en place.
La rue qui s'opposait à eux au Caire n'avait rien à voir avec une gauche laïque et libérale : on y retrouvait aussi de pieux musulmans, des salafistes, des notables, des anciens du "printemps arabe".
Pire, les Frères avaient perdu ce qui faisait leur légitimité depuis soixante ans : le monopole de l'expression de l'islam en politique. Les salafistes, loin de jouer la force d'appoint, se sont érigés en parti politique et ont, dans un premier temps, rejoint l'opposition aux Frères.
Les institutions religieuses comme la mosquée d'Al-Azhar se sont déclarées autonomes par rapport aux Frères et au gouvernement. Les soufis se sont de nouveau affichés dans la rue.
Surtout la réislamisation évidente qui a touché la société depuis trente ans ne s'est pas faite au profit des Frères, qui ont une vision autoritaire,...
Par Olivier Roy (Politologue, spécialiste de l'islam)
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