12-07-2013 13:22 - L'islamisme n'est pas un projet de gouvernement

L'islamisme n'est pas un projet de gouvernement

L'islam politique a-t-il subi un coup fatal en Egypte ? Le projet consistant à bâtir une société conforme aux "préceptes" de l'islam tels qu'ils ont été posés au VIIe siècle a-t-il enregistré, la semaine dernière, une irrémédiable défaite dans les rues du Caire ? La réponse relève de la dialectique : oui et non.

Oui, l'islam politique vient de perdre une bataille essentielle avec l'expérience ratée d'un gouvernement des Frères musulmans en Egypte. Ceux-ci, plus qu'aucun autre groupe, incarnent le projet islamiste.

Ils en sont la matrice. C'est leur fondateur, l'instituteur égyptien Hassan Al-Banna (1906-1949), qui formalise le principe d'une régénération sociale et politique par un retour à la lettre du texte coranique.

Ce sont les Frères qui vont porter ce projet dans l'arène politique. Et qui vont l'exporter, du Hamas palestinien aux différentes mouvances se réclamant de l'islamisme dans l'ensemble arabo-musulman. Enfin, l'expérience avorte dans un pays qui n'est pas n'importe lequel dans le monde arabe : l'Egypte, longtemps poumon politique de la région.

Victorieux des premières élections libres jamais organisées en Egypte, il y a un an, le candidat des Frères, Mohamed Morsi, est renversé par l'armée, le 3 juillet, au bout d'un an de mandat. Des millions d'Egyptiens le désavouent dans la rue. Les chefs d'accusation sont multiples : incompétence économique et sociale, népotisme partisan, autoritarisme sectaire, rhétorique d'exclusion, etc.

Pareil désaveu ne peut pas ne pas avoir des répercussions au-delà des frontières égyptiennes, partout où les petits cousins des Frères participent à la vie publique. Le mot d'ordre islamiste – "L'islam est la solution" – vient de perdre en crédibilité. Le principal média de l'islamisme en ce début de siècle, la chaîne Al-Jazira, subit le même sort.

Le financier des Frères et de ses filiales arabes – en Syrie, à Gaza et ailleurs –, l'émirat du Qatar, enregistre une lourde perte sur investissement.Pour autant, il faut tenir compte de la singularité de l'expérience égyptienne. Ce qu'on reproche à M. Morsi, ce n'est pas d'avoir voulu appliquer la charia, ce qu'il n'a d'ailleurs pas ou peu fait.

C'est plutôt d'avoir voulu installer les Frères dans tous les rouages de l'Etat, bref d'avoir donné le sentiment d'un fort tropisme dictatorial. C'est lui, personnellement, qui a été rejeté. La situation économique ? La vérité est que personne, en un an, n'aurait fait mieux. Ce qui explique que dans les manifestations anti-Morsi les islamistes aient été nombreux, notamment les femmes.

Ce qui explique aussi que l'autre grand courant islamiste égyptien, le parti salafiste Al-Nour, ait fait partie du front anti-Morsi. Dans son aspiration à un gouvernement honnête, non corrompu, respectueux des traditions sociétales, l'islam politique n'est pas mort. Mais, à l'épreuve du gouvernement, le test de la réalité du pouvoir lui est souvent fatal.

Parce que l'islam politique est d'abord un programme protestataire, pas un programme de gouvernement sérieux. Parce que le refus de séparer la Mosquée et l'etat est, profondément, incompatible avec la liberté politique.




Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité



Commentaires : 2
Lus : 1061

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (2)

  • elfihiri (H) 12/07/2013 14:38 X

    La seule alternative dans ce monde globalisé ou "mondialisé" dans tous les domaines de la connaissance humaine, est de s'intégrer sans pour autant, s'autodétruire.

  • Ksaleh (H) 12/07/2013 14:09 X

    On le savait de ce coté de la terre qui est la Mauritanie, ultime refuge dans le siècle dernier de la pureté de cette religion que nos érudits ont ré enchanté les pays du golfe avec leur enseignement.

    Les frères musulmans eux mêmes étaient presque dans l'expectative en jouant à la prudence avec Moubarack avec qui, ils acceptaient quelques postes de député, avant d'être pris au dépourvu par la bourrasque du printemps arabe qui les obligea à désigner Morsi sans conviction.

    Rien qu'à voir l'attitude très prudente des autres fous de Dieu du parti Al Nour, on comprend les limites très mal définis de l’avènement d'un pouvoir islamiste soluble dans la démocratie. On peut s'appuyer sur cette hérésie, en Iran, d'une autre façon dans les monarchies corrompus du Golfe, mais c'est au prix de rendre esclaves et serviles tous les pans de la société soit par la terreur ou l'argent.

    Dans quelques jours une autre expérience au Maroc rendra son verdict d'échec par des élections législatives anticipées. Au total on ne peut gouverner par des paroles de Khoutbas de mosquée et endormir la population par des menaces qui transcendent leur quotidien fait de misère et de manquement à la mise en place d'un minimum de conditions de ce qu'on appelle la VIE.