15-07-2013 21:19 - Loupe du Jour : Faut-il reconsidérer ou repenser la reforme éducative ?
La dernière reforme du système éducatif dite celle d’un enseignement unifié lancée en 1999 qui réintroduit une année supplémentaire au collège et institue une sorte de bilinguisme intégral était dans ses principes une option visant à remettre la machine éducative sur les rails après un constat d’échec dû à l’inadéquation entre les vieux programmes des années 60 et le niveau de plus en plus faible des élèves mauritaniens, à l’orée du troisième millénaire.
En effet un diagnostic avait fait ressortir un bilan de santé catastrophique d’un système agonisant longtemps tenu sous perfusion. Il fallait donc redonner un nouvel espoir de vie pour sortir l’école mauritanienne de son état critique.
Mais aussi fallait-il trouver des thérapeutes à la hauteur de cette mission curative qui exige d’une part un coût financier énorme et de l’autre une qualification pédagogique avérée.
Après une phase pilote entamée à Nouakchott, la pépinière fut transplantée dans le vaste champ sclérosé d’une école mauritanienne qui avait perdu de sa fertilité ne produisant plus que des fruits ratés.
Dans un élan de remise en marche d’un secteur allant à vau-l’eau, les initiateurs de cette restructuration, au lieu de trouver les bons remèdes répondant aux renseignements fournis par la fiche clinique, ont administré à leur manière la dose hâtive.
Une mise en observation de l’évolution opérationnelle de la réforme n’a pas tardé à manifester des signaux de détresse sur les résultats attendus. Dès la fin du premier cycle de l’enseignement fondamental , les premiers cowboys n’ont retenu que des bribes d’un enseignement acquis par une pédagogie qui ne sied pas à des marmots abrutis par des simulations rébarbatives que des maîtres eux –mêmes englués dans des pratiques didactiques balbutiantes n’arrivent pas à sortir des ténèbres.
Pendant donc six ans passés sur les bancs de Toto, les écoliers de la réforme de 1999 pataugeaient dans les eaux troubles d’un apprentissage qui n’avait ni contenu, ni contenant transmis dans l’improvisation la plus totale.
Peu importe si les évaluations sont positives ou non, le plus important était de pousser tous les effectifs en classe supérieure. Chaque responsable d’une école rendait à la tutelle ses résultats quantitatifs sans fournir des explications sur le pourquoi de ce gonflement des taux de réussite.
Ce premier faux pas de la reforme allait vite se révéler aux examens d’entrée en première année du collège où la majorité des candidats savait à peine recopier une phrase dont les caractères présentés n’étaient ni latin, ni arabe ni perse.
Aucune des réformes antérieures n’avait connu de telles élucubrations de la part de nos décideurs façonnés par le système du laisser –aller et du « tant pis » ! L’étape du fondamental ne sera au demeurant qu’une promenade qui prolongera le parcours de nos erres vers le secondaire où se poursuivront les aberrations d’une réforme « bidon » qui aura coûté trop cher à l’Etat en termes de recrutements, d’infrastructures , de formations mais au final, le prototype généré est loin des objectifs fixés.
Pour la deuxième année du baccalauréat issu de cette réforme, les résultats sont décevants par le taux faible de réussite mais surtout par le niveau des candidats assujettis à ce nouveau type d’enseignement qui consacre le naufrage de l’école mauritanienne dont il ne restera que de vieux souvenirs dans la mémoire de ceux qui lui avaient donné ses lettres de noblesse.
Le constat est sans appel, il faut soit reconsidérer cette réforme soit tenter de repenser le système dans son ensemble à travers un processus évolutif, cohérent et maitrisé afin d’améliorer les insuffisances. Pour ce faire il faut solliciter l’expérience des vieilles marmites avant que cela soit tard !
Cheikh Tidiane Dia
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