23-07-2013 01:48 - Hommage à mon maître d’école Mohamed Ould Cheïkh

Hommage à mon maître d’école Mohamed Ould Cheïkh

Mohamed Ould Cheïkh, mon Messié en la miséricorde d’Allah ! D’abord un au revoir, suite à ta disparition, ce jeudi 9 de notre mois béni de Ramadan de l’année 1434 de l’hégire du prophète – Paix et Bénédictions sur Lui (PBL) – qui correspond au 18 juillet 2013 après Issa (PBL).

Je ne détaillerai pas ton CV, me contentant des principales étapes d’une si riche vie, lourde de succès et d’accomplissements, mais aussi d’échecs et de frustrations.

Naître à Boutilimitt, dans les années vingt, et avoir Babe Ould Cheïkh Sidiya comme cousin (en la confédération tribale élargie) et, comme aïeule, par sa fille, ta grande-mère Meïmouna, n’étaient pas du commun des Mauritaniens, quelques années à peine après que leur immense contrée soit passée du statut de colonie à celui de territoire civil.

Privilégié, tu bénéficias d’une formation traditionnelle : études coraniques poussées puis langue arabe et outils didactiques en sciences théologiques qui permettraient, au jeune zawi, de vivre sans complexe, en son milieu de clercs.

Autre chance : aller à l’école des Nazaréens, à Boutilimitt, puis au lycée Faidherbe, à Saint-Louis du Sénégal, où tu décrochas, en juin 1949, premier mauritanien, sinon premier maure, à coup sûr, ton BEPC, grâce, cette fois-ci, à ton amour du savoir, ton intelligence et les connaissances accumulées.

Aîné des sept garçons d’Ahmed Ould Cheikh Ould Ahmed Mahmoud et de sa cousine Bette Mint Mohamed El Yedaly, Mohamed clôtura son palmarès scolaire, choisit l’enseignement et la fameuse medersah franco-arabe de Kanaoual, à Atar, comme lieu d’affectation. Il y servira quatre années, de 1949-50 à 1953-54, et c’est là que j’eus le bonheur de le découvrir, en sa qualité de Messié Mohamed, durant trois années scolaires et demie.

Affecté à Boutilimitt, de 1954 à 1957, Mohamed commença à mieux se faire connaître, dépassant les préaux des écoles, trop étroits pour l’ambition et la carrure de l’homme. En décembre 1955, il conduira, avec, entre autres, Ahmed Baba Miské, Sy Seck Mamdou et Yaacoub Ould Boumédiana, la dissidence des jeunes du parti UPM, qui aboutira à la fondation de l’Association de la Jeunesse de Mauritanie (AJM).

En 1957, il est élu secrétaire général du syndicat des enseignants de l’AOF, affilié à l’Union Générale des Travailleurs de l’Afrique Noire (UGETAN).

En 1959, il est nommé, dans la première foulée de la "mauritanisation" du commandement, résident (préfet) d’Aleg. En 1961, il jouera un rôle important, dans la préparation et la conduite de la « Table Ronde des Partis » qui aboutira à leur unification, dans le Parti du Peuple Mauritanien (PPM), au congrès de Nouakchott de décembre 1961.

Mais sa grande consécration sera, en plus de sa désignation au Bureau politique du parti unifié, sa nomination, en 1962, au poste de secrétaire général chargé de l’administration du ministère de la Défense et, à ce titre, de l’organisation de la jeune armée. Il devenait, ainsi, un quasi secrétaire d’Etat à la Défense.

Il présidera, en conséquence, les tribunaux d’exception qui jugeront, en avril 1962, les « comploteurs de Néma » et les responsables d’attentats à Nouakchott, Atar et autres procès de personnalités accusés « d’intelligence avec l’ennemi ».

Il jouera, également, un rôle essentiel, dans la « réunion des cadres du PPM », à Kaédi, en 1964, qui se mua en « Congrès Extraordinaire » et sera à l’origine du fameux article 9 modifiant la Constitution de 1961 et érigeant, en 1965, le PPM en parti unique.

Cette année 1965 fut celle de Mohamed Ould Cheikh, élevé au rang de ministre de la Défense nationale, qu’il cumulera avec celui de ministre des Affaires étrangères. Le comble des honneurs et aussi celui des campagnes sournoises de dénigrement.

Il fut révoqué le 21 février 1966 de ces deux postes et ne retournera jamais plus au premier rang. Le seul fait publiquement notable, après cette disgrâce, est sa publication, sous le nom d’emprunt de Hamid el-Mauritaniyi, d’un livre-pamphlet de 357 pages intitulé : « L’indépendance néocoloniale », avec, en sous-titre, « combattre pour l’indépendance et le socialisme » qu’il fait publier à Paris, par NPP, le 1er trimestre 1974, pour le compte des « Editions les Six Continents ».

Ce livre était une véritable rupture de l’homme avec le régime, un réquisitoire sans nuances. Il était incontestable que le premier « technocrate » à assumer un rôle politique essentiel, comme collaborateur, soutien sans faille et conseiller influent et écouté, cinq années durant, rompait toutes les amarres.

A mon avis, de 1961 à juillet 1978, trois fonctionnaires se muèrent en hommes politiques, pour garder le temple et servir, avec loyauté, abnégation et compétence, leur chef. Mohamed fût, chronologiquement, le premier du trio, se distinguant, toutefois, par sa personnalité, forte et positivement ambitieuse, pour lui-même et pour le pays.

Puisse-t-il retrouver, au Firdows, récompense pour son courage, sa franchise, son sens aigu de la justice, sa générosité, son abnégation et son attachement passionné à l’unité des Mauritaniens. Amine !

Il ne me reste plus, à présent, que la présentation, émue et affectueuse, de mes condoléances à sa veuve ; à ses frères toujours vivants : le ministre Abdellahi, le docteur Cheïkh, le professeur Abd el-Weddoud et mon jeune collègue Brahim ; à ses enfants : Ahmed, Yaacoub, Mariem, Cheïkh, el-Yedaly, Ahmed Mahmoud, dit Memmoud, Meïmouna, Naha et Sara ; enfin, plus généralement, à Ehel Ahmed Mahmoud, Ehel Mohand el-Yedaly et Ehel Cheikh Sidiya, à tous les habitants de Dar el-Barka et Dar es-Salam, sans oublier les nombreux amis de Mohamed, Allahou yarhemhou…

Nouakchott le 12 Ramadan 1434 & le 21 juillet 2013

Mohamed Saïd Ould Hamody



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Commentaires (1)

  • Zreiga (F) 23/07/2013 14:36 X

    Allahouma aghvirlou wa arhamhou wa jawoz anhou.
    Un homme qui était très digne ,très noble et qui assumait ses choix. On le dira jamais assez.mais Dieu a tout vu et rétribuera par sa miséricorde cet homme qui n'était pas matérialiste du tout.