10-01-2014 12:39 - A.S. Ould Mohamed El Hacen : «Le Gabon renferme d’excellentes compétences »
A Montréal, devant un parterre de ministres en charge de l’aviation civile et de spécialistes du secteur aéronautique, Nancy Graham, directrice de la navigation aérienne de l’OACI, a qualifié le directeur général de l’ANAC Mauritanie de «Superstar africaine de l’année», eu égard aux résultats que son pays a obtenus sous sa gestion.
M. Siim Kallas, vice-président de l’Union européenne chargé des transports a aussi salué les progrès remarquables de la Mauritanie. Par ailleurs, M. Ould Mohamed El Hacen vient d’être nommé président par intérim du groupe régional de la sécurité de l’aviation civile en Afrique et Océan Indien, RASG AFI. MAGANAC lui a demandé ses secrets…
M. le directeur général, la Mauritanie et le Soudan sont salués par la communauté internationale de l’aviation civile par les remarquables changements qui ont été opérés dans leurs Etats. Quel travail a été accompli dans le vôtre ?
Le chantier qui a été abattu était énorme. On est passé d’une situation d’un pays ou le niveau de conformité est passé de 32% à 74%. Il faut rappeler que la moyenne mondiale est de 60 %. Nous avons purement et simplement inversé les choses. Il s’agit d’un travail de longue haleine réconforté de façon soutenue par une volonté politique claire. Sans celle-ci, on n’aurait pas pu du tout évoluer.
En Mauritanie, nous avons eu une approche de gestion de projet utilisant les outils de management et de la qualité y afférents. Une vision et des objectifs stratégiques ont été déclinés et les différents livrables définis tel que l’arsenal juridique. Par arsenal j’entends le code, les décrets, les arrêtés mais aussi les éléments indicatifs tels que les procédures, les fiches de fonction, les manuels d’inspecteurs, les listes de vérification etc ... Mais pour transformer l’écrit en réalité il fallait se donner les moyens nécessaires pour atteindre les objectifs fixés.
Détaillez-nous ces moyens nécessaires …
Au cours de cette mise en œuvre,la nécessité d’élaborer des programmes et les plans de formation y afférents s’imposait et le suivi de leur mise en œuvre avec la rigueur requise était le souci de tous les jours ; sans un encadrement qualifié les objectifs ne pouvaient être atteints. L’élaboration de la matrice des besoins en formation a mis en exergue cette nécessité de couvrir l’ensemble des domaines objets de la supervision, d’inspecteurs bien formés et entraînés à l’exécution de leurs tâches; la formation théorique n’était pas la panacée.
Pour couvrir les huit domaines des licences, de la navigabilité, des opérations, des enquêtes accident, des aéroports de la navigation aérienne mais aussi de la législation et de l’organisation, il fallait recruter et former des dizaines de techniciens et ingénieurs.
Vous les avez formés où ?
Le complément de la formation de base à été réalisé en Mauritanie grâce aux compétences locales de l’ANAC, de notre industrie, mais nous avons fait recours aussi aux compétences des pays voisins dont le vôtre, le Gabon, mais aussi de l’Europe et du Moyen orient. Les experts de l’OACI, de l’EASA, ont également participé à cette mise à niveau. La densité de la formation nous a contraints à affecter à ce processus une partie de nos locaux, et cela continue depuis 3 ans. Nous avons par ailleurs participé aux formations sous-régionales réalisées sous l’auspice de l’OACI, de l’ACAC, de la CAFAC ...
Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que nous avons les qualifications nécessaires pour assurer la supervision. C’est fondamental d’avoir des inspecteurs bien formés, mais il faut aussi pouvoir les retenir donc entre autres leur donner une rémunération satisfaisante.
Qu’avez vous fait sur ce plan ?
Écoutez : un inspecteur qui n’est pas bien payé, aura des soucis et risque de ne pas atteindre les objectifs qui lui ont été assignés. Le niveau de nos salaires ne pouvait pas fidéliser un personnel compétent Ainsi nous avons doublé les salaires et utilisé d’autres outils de management pouvant aider à lutter contre la fuite des compétences dont le cadre du travail d’équipe, la reconnaissance du mérite, le respect des décisions des inspecteurs, la transparence, l’écoute, la fixation des objectifs, les revues permanentes ...
Si j’ai bien compris, vous avez accompli tout ça en moins de 3 ans ?
En effet, après une année et demie, la Mauritanie est sortie de la liste AARB de l’OACI, en avril 2012. Et à la fin de cette même année, nous avons intégré le club des « champions d’Afrique », réussi la certification ISO 9001 de notre organisation et satisfait aux conditions de sécurité de l’UE. C’était le premier pays africain à passer ce cap, voire du monde. Nous venons d’améliorer encore notre score à l’OACI, suite à la revue en ligne des progrès postés sur le site de l’OACI.
Nous n’avons ni droit à l’erreur ni au sommeil, les jours à venir seront mis à profit pour consolider et améliorer l’existant; notre note évoluera positivement et constamment, nous permettant ainsi de rester dans le concert des nations respectées dans le domaine de l’aviation civile.
Beaucoup d’états africains ont du mal à sortir de la liste noire. Quels conseils pouvez-vous leur donner?
Le premier conseil que je donne ne s’adresse pas seulement à mes collègues. Il s’adresse principalement à leurs dirigeants politiques : sans leur volonté rien ne peut être réalisé. De cette volonté doit découler une feuille de route assez claire fixant les objectifs à atteindre, les moyens requis mais aussi des délais pour la réalisation. La revue des objectifs fixés par les politiques est un outil essentiel pour s’améliorer.
Je dirai aussi à mes collègues que le benchmark est un outil fondamental : notre cas est bien transposable chez eux. La bataille pour acquérir une ressource humaine bien formée, qualifiée et motivée est l’une des clés du succès. Je souhaiterai que le Gabon qui renferme d’excellentes compétences que j’ai rencontrées devienne bientôt un exemple.
Quelles sont les prochaines étapes pour l’aviation civile mauritanienne ?
La prochaine étape est de consolider l’existant, de s’améliorer de façon continue en visant le zéro défaut ce qui est un objectif en soi, d’être efficient. La 38e assemblée de l’OACI a également mis en exergue les mutations et défis qui nous attendent. Il faut être proactif et se préparer sérieusement à ces changements. La coopération avec les pays voisins et les nations à fort potentiel en matière d’aviation civile caractérisera notre vision: voilà ce que l’on essayera de faire dans les années à venir.
ITV
