20-02-2014 09:30 - Éducation nationale : Aucune éclaircie en vue

Éducation nationale : Aucune éclaircie en vue

Le Calame - La problématique de l’Éducation nationale se pose avec de plus en plus d’acuité. Des aléas de toutes natures en découlent. Problèmes économiques, frictions sociales, dysfonctionnements politiques et vicissitudes de tous ordres dérivent de cette léthargie du système éducatif dont la déperdition a commencé à la fin des années 70.

Les réformes successives (1966, 1973, 1979, 1999), a priori conçues pour dynamiser le système, l'ont plutôt plongé dans la torpeur. Trop d'interférences idéologiques ont perturbé les approches pédagogiques et techniques sur lesquelles toute ambition éducative doit être engagée. Cet échec scolaire généralisé a produit une école nationale sans objectifs. Des centaines de milliers d’écoliers sans niveau.

Des milliers de formateurs démotivés et frustrés. Des départements ministériels insouciants, juste bons à faire semblant, pour amuser la galerie.

Des dizaines de milliards claqués inutilement, via des stratégies, plans et programmes de redressement d’un système en qui personne ne croit plus. Une véritable crise de confiance qui a entraîné l’envoi de quasiment tous les enfants de la high et moyenne société dans des écoles privées, nationales ou étrangères, dont les apprentissages n’ont parfois rien à voir avec les programmes et les contenus pédagogiques mauritaniens.

Quant aux autres, c'est-à-dire plus de 80% de notre jeunesse, issus, pour l'essentiel, de ménages pauvres, les voilà entassés dans des dépotoirs d’enfants, garderies d’infortune pompeusement appelées écoles publiques. Les nouveaux établissements dits « d’excellence » ne font pas exception à cet ostracisme, puisque quasiment tous leurs pensionnaires proviennent des familles hautement placées dans la hiérarchie militaro-affairiste de Nouakchott.

De 1978 à 2014, le système éducatif n'a cessé de se débattre dans des problèmes inextricables. Nonobstant le bref intermède instruit par le passage de Nebgouha Mint Mohamed Vall à la tête de l’Éducation nationale, au temps du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, rien ne va, depuis au moins trois décennies, dans cet important secteur social qui emploie 45 à 50% des travailleurs de la fonction publique. Les relations des militaires avec les choses scolaires n’ont jamais été au beau fixe.

Les armes et les effets didactiques feraient mauvais ménage, dit-on. Un complexe séculaire qui pèse, encore lourdement, dans ces rapports à la limite de la conflictualité. De fait, la léthargie du système a commencé avec l’avènement des pouvoirs militaires : ce n’est pas qu’une coïncidence.

Le cloisonnement de l’école, suite à la réforme de 1979, le « Livre » de Maouiya, sa célèbre campagne d’alphabétisation et les éphémères professions de foi de Mohamed Ould Abdel Aziz, au lendemain de sa prise de pouvoir par les armes, n’y feront rien.

La sentence est sans appel : l’école mauritanienne est malade de ses stratégies, de ses réformes et de ses cadres.

L’éternelle litanie des problèmes structurels, comme la baisse des niveaux, la dévalorisation de la fonction, la déplorable gestion des carrières, la problématique des promotions, les formations initiale et continue, les conditions de vie de ses fonctionnaires, l’enseignement des langues secondes et nationales, la déperdition scolaire ou autres, n’est, en réalité, qu’une somme des conséquences engendrées par la faillite d’un système aux abois et auquel les pouvoirs publics n’accordent plus aucune importance, depuis des dizaines d’années.

De 2008 à 2014, les ordres de l’enseignement (fondamental, secondaire, supérieur et professionnel) sont rabâchés, séparés puis re-mélangés. Des indiscrétions rapportent que l'actuel Président aurait déclaré que le secteur de l’éducation est si « gâté » que pour en reprendre la main, il lui faut « tout un mandat à lui seul ». Vrais ou faux, ces propos sont corroborés par les actes du général-président.

En six ans, trois ou quatre ministres sont passés, sans que rien de spécial ne bouge. Les hommes passent et se ressemblent. Le fiasco continue, les scandales augmentent, les lobbies et petits groupes mafieux perpétuent les mauvaises pratiques de corruption, népotisme, régionalisme, sabotages organisés et autres affectations complaisantes.

Au cours de l’avant-dernier remaniement, le ministère d’État a été déstructuré en trois petites unités (Fondamental, Secondaire et Supérieur). Cette fois, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf version 4 restructure le Fondamental et le Secondaire en un énième ministère de l’Éducation nationale.

Avec, en prime, à sa tête un profane dont la formation n’a rien à voir avec le secteur ni avec la gestion d’un personnel de plusieurs milliers de professeurs et instituteurs complètement démotivés. La mise en œuvre des recommandations des derniers états généraux de l’Éducation et de la Formation permettra-t-elle d’entrevoir le bout du tunnel, pour un système brinquebalé de tous côtés ?

En attendant, aucune éclaircie ne pointe à l’horizon, surtout en cette année électorale où les esprits sont ailleurs. On peut, certes, s'attendre à quelques promesses, histoire d'entretenir l’espoir et donner au moins l'illusion d'un programme électoral. Mais la parole est une chose, l’acte en est une autre.

Sneïba




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Commentaires (11)

  • Ibiliss (H) 21/02/2014 00:41 X

    Arrêtez de vous prendre au sérieux! Quel besoin a-t-on de "spécialistes" ou "d'experts" pour pouvoir gérer l'éducation des gens comme nous, en l'occurrence des parfaits cancres? Quel "spécialiste" pourrait réussir là où la religion a pratiquement jeté l'éponge? Mais vous ne vous regardez jamais ou quoi? Nous sommes une tristesse!

    Sauf implosion, (afin de renaître de nos cendres) personne ne peut rien pour nous! Alors, collez la paix au pauvre ministre! Il est à se poste pour gagner son pain, comme tout le monde (sauf les chômeurs, bien sûrs!)

  • TufndePinal (H) 20/02/2014 15:22 X

    Sneiba,
    sivous dites que Ba Ousmane est un profane et ne pourra rien apporter à ce departement de l'education nationale, peut etre que vous avez oublié qu'il fut occupé par un professeur de l'universite comme Minsitre d'etat et un autre professeur du secondaire rodé et vous pouvez continuer la suite. Je pense qu'un technicien du domaine ne pourra rien faire.

    Le president a bien fait d'emmener quelqu'un d'externe qui pourra degraisser le mamouth et donner un cout de fourmilière à cette boite de pandore si la chance lui est donnée.

  • YAWARE (F) 20/02/2014 15:21 X

    cet monsieur est loin de solutionner le probléme de l'éducation car etant loin des réalités sociaux culturelles des enseignant, et en le connaissant comme commis d'état il est plein de mépris vis à vis de ces interloccuteur, il est non chalent et je vois toujours pas pourquoi il refait surface dans ce gouvernement alors qu'il manque réellment de compétences téchniques pour piloter un ministére .

    sa dérniére défaite pour le pilotage de coordination d'une catastrophe naturelle des inondations montre bien qu'il n'est pas à la hauteur pour diriger un ministére a part entier, son passage au secretariat générale n'est pas relouissante.

  • douddou (H) 20/02/2014 14:31 X

    Un torchon qui en dit long sur la médiocrité de nos pseudo-journalistes. L'éducation est malade depuis plus de 30 ans à cause des décisions politiques irréfléchies que les chauvins ont imposées pour arabiser le système. Si Aziz a choisi de mettre un cadre de cette envergure c'est qu'il a confiance à ce Monsieur très posé mais rigoureux. Mais puisque les médiocres palissent dès qu'un noir est au Ministère de l'intérieur , des affaires étrangères , à l'éducation c'est l'occasion de produire des vilénies comme ça sans tête ni queue.Les chiens aboient , la caravane passe

  • grand pere (H) 20/02/2014 12:25 X

    Ce ministre n'est pas fautif et meme s'il le voulait il ne pourra rien faire, car le probleme de l'education est celui des pauvres les riches ont resolu leur probleme en creant des bonnes privées pour leurs rejetons et les fils des pauvres n'ont qu'à courir les rues. Mais faites attention car il n'ya pas pire qu'une jeunesse analphabete et inculte elle est à la portée de tous les crimes (vols viols integrismes etc) en ce moment personne ne sera à l'abri car le terrorisme est aveugle à bon attendeur salut agissez avant qu'il ne soit trop tard s'il ne l'est pas déjà.

  • Ardokahel (H) 20/02/2014 12:06 X

    En tout cas il a intérêt à poser des actes concrets et tout de suite, sinon c'est la porte et pour de bon !!!

  • foutatoro (H) 20/02/2014 11:17 X

    Le problème de l'éducation nationale en Mauritanie est POLITIQUE. A comprendre définitivement.
    Bonne journée

  • Adiekodda (H) 20/02/2014 11:07 X

    Pyranha
    Ce petit bout d'homme comme vous le concevez , a trouvé une pourriture éducative qui date de plus de 30 ans . Tout le monde est responsable de cette léthargie qui domine notre système éducatif . Il y a certains qui réclament des moyens surtout financiers pour remettre la machine en marche .Mais le problème en est qu'il y a des requins dans ce département qui ravagent tout et non aucune conscience à l'avenir des enfants ni à l'avenir du pays .

  • hathlele (H) 20/02/2014 09:51 X

    Pour sortir le système éducatif Mauritanien de cette léthargie, il faut investir de l'argent. Investir pour ouvrir des nouvelles classes, investir pour embaucher des nouveaux professeurs nationaux et étrangers, investir pour mettre à la portée de chaque élève un ordinateur portable et fournir l'internet gratuitement sur tout le territoire national.

    Il faut des encouragements financiers pour tous. Distribution gratuite du matériel scolaire (stylos, cahiers, livres, règles, gommes....etc), des tenues sportives pour tous, un habit pour unique pour aller à l'école (primaire, secondaire et universitaire). Un très bon salaire pour le personnel d'encadrement et d'enseignement. En un mot il faut investir pour l'avenir de nos enfants.

    Sidi Ould Bobba
    D.E Collège "3" zouerate.

  • pyranha (H) 20/02/2014 09:40 X

    Ce petit bout d'homme, nage ou plane carrément dans ce département ministériel qui le dépasse largement. Rien qu'à voir les airs et les allures lors des visites qu'il effectue ,on entrevoit que la RIM est à 5 années lumière du règlement de ce casse tête.

  • amouls (H) 20/02/2014 09:34 X

    En connaissance de cause, ce n'est pas ce Monsieur à la photo qui va solutionner cette problématique qui se dégrade de jour en jour. Il s'agit d'un poste technique qui doit échoir à un technicien du domaine. A bon entendeur salut