02-10-2014 19:00 - MEN Enseignants rappelés : remède de cheval ou punition collective ?
Mauriweb - Le rappel improvisé des enseignants (détachés) par le Ministre de l’Education Nationale sur instruction du Premier Ministre continue de soulever de nombreuses vagues.
A quelques jours de la rentrée des classes, cette mesure hasardeuse n’a pas échappé à la sagacité des syndicats des enseignants qui l’ont qualifiée d’abusive à travers plusieurs médias de la place.
En effet, tous les spécialistes de la question considèrent qu’il s’agit là d’une décision purement politique qui conduira directement vers un chemin de traverse. Les arguments ne manquent pas : sureffectif des enseignants sur le terrain, changement des méthodes d’enseignement, difficultés psychologiques de reprise de la craie, absence de critères objectifs du choix des enseignants détachés cibles, etc.
Les syndicats ont dénoncé, à l’unanimité, une mesure hâtive, prise au mauvais moment, sans planification et sans concertation avec toutes les parties prenantes. Plusieurs centaines de fonctionnaires sont concernés par cette option qui heurte de plein front leur dignité et qui n’accepteront pas d’en subir stoïquement les conséquences.
Eloignés des salles de classes depuis des décennies, nombre d’enseignants détachés ont fait de belles carrières en renforçant leur curriculum vitae par des formations supérieures de haute facture. Certains ont même entamé des carrières internationales, toujours au service de leur pays, et ne peuvent que se sentir brimés par une telle mesure.
Tous ces fonctionnaires ont reconstruit leur vie en fonction de nouvelles réalités matérielles et financières, et exiger leur retour au bercail pour se faire rémunérer en monnaie de singe constitue un affront et une punition collective.
Dans leur majorité, ces fonctionnaires avaient des engagements auprès des banques sur la base de traitements et salaires trois fois supérieurs à ceux des enseignants. Le Premier Ministre va-t-il généreusement endosser leur passif auprès de ces banques ? Et ce n’est là que la partie émergée de l’iceberg !
Enfoncé dans l’apathie et l’immobilisme, le Ministère de l’Education Nationale fait face à de nombreux défis : un enseignement public où le travail est fait sans grand ferveur à cause de la précarité matérielle et financière dans laquelle se débat l’enseignant et un secteur de l’enseignement privé, véritable électron libre, sans règles, qui est le véritable ventre mou du secteur de l’éducation nationale.
Dans les années 70, un grand respect été voué aux enseignants car se sont réellement eux qui ont tissé la trame de l’histoire de ce pays qu’on appelle la République Islamique de Mauritanie.
Aujourd’hui, en jetant l’anathème sur les enseignants détachés, le Premier Ministre veut, sans autre forme de procès, faire leur oraison funèbre alors qu’ils sont bien vivants. Pourtant ils n’ont commis que le seul vice rédhibitoire d’avoir cherché à exercer leur talent dans de meilleures conditions mais toujours au service de leur pays.
Pourquoi donc une telle sanction unilatérale, sans préavis et si démesurée ? Peut être que la réponse réside dans le fait que ce genre de choses est ordinaire dans une nouvelle république bananière !
