17-02-2015 11:54 - Rencontre : Peya Gueye, l'entreprenariat féminin en bandoulière
Véritable Baye Fall dans le job, Madame Kane née Pèya Gueye, porte haut la pancarte dans le secteur « informel ». Une battante. Véritable self-made-women, elle est spécialiste de l’import-export depuis plusieurs décennies avec pour seule arme l’engagement et l’audace en bandoulière. Cridem l’a rencontré.
La femme directrice générale du groupe La Case est devenue la figure emblématique de son secteur d’activité, en véritable globe-trotter, elle aura sillonné le monde entier en quête de nouveaux marchés. Comme tout début, les choses n’ont pas été faciles pour cette femme qui voulait concurrencer des hommes dans le commerce avec sa « boutique Mode sans frontière dans les années 1984/85 qu’on a démarré avec très peu d’argent, 12.000 UM ensuite 35.0000 ouguiyas ».
C’est petit à petit qu’elle va instaurer un environnement favorable à entrepreneuriat féminin, à l’image de « la première femme à vendre des voitures d’occasion dans le pays » créneau porteur qui la déplaçait jusqu’à Bruxelles, déblayant la route à bien des hommes qui occupe le secteur aujourd’hui.
Toujours dans l’univers des fonctions réputées masculines, elle se fraie un chemin dans la vente du poisson en 1992 « avec une production de 2 tonnes ensuite 4 tonnes, puis 10 à 12 tonnes, vendues au Sénégal, avec la location de camions frigorifiques, avant d’en devenir la propriétaire». Sincère dans son engagement, la brave femme va s’attirer l’attention d’une société de pêche de la place.
La confiance de celui qui en était le directeur ne tardera pas à la rejoindre dans son parcours amazonien. Elle le dit tout haut : « Soumaré Silman, m’a aidé, de même que ses collaborateurs Diop Samba Hawayèl et Baba Fall, en me vendant le kilogramme de courbines à 60 ouguiyas ». Qui peut dire mieux.
C’était la bonne époque. La société l’aidait aussi dans la vente de la glace pour la conserve des produits halieutiques exportés. La confiance régnant face à son dynamisme, Mme Kane poursuit, « qu’il arrivait à la société de me permettre d’emporter et de vendre ma marchandise et revenir ensuite payer mes dettes ». Ne dit-on pas que « qui paie ses dettes s’enrichit »? Cite-t-elle avec un sourire.
A la manière de l’oiseau, c’est petit à petit avec les fonds générés que Pèya va élargir son champ d’affaires pour se lancer dans « l’immobilier, en achetant ce terrain qui abrite les locaux de notre fondation, la Case, à un prix modique » souligne-t-elle, car le lieu en ces temps ne pouvait intéresser.
« Cela c’est suite à une déconvenue survenue à notre groupe les sœurs unies, après la location d’un lieu pour une soirée dansante qui a failli virer au cauchemar pour nous », poursuit-elle. Elle lève les yeux au ciel quand elle relate comment elle a dépensé sans compter pour la bonne marche de ce lieu qui va générer biens des emplois au point d’étendre ses activités présentement à Rosso, dans le Trarza.
Le groupe La Case est une vaste bâtisse à étage avec une large cour carrelée qui renvoie au traditionnel indigo, surmontée d’un dôme en forme de case. Le visiteur est dans un univers clair, coloré, exotique. Dans son bureau madame la directrice générale, le regard derrière une paire de lunettes qui laissent apparaitre la barre de sourcils charbonneux, parle de son itinéraire, « réussi grâce à Hamidou, mon visionnaire de mari, qui m’a soutenu sans réserve, comme étant mon premier collaborateur, dans une aventure au début incertaine ».
Sa vie, la bonne dame la résume avec un principe simple : le travail. L’exercice pourrait paraitre un peu rabattu, voire ringard aux yeux de certains mauritaniens, peu enclins à voir les femmes bosser. Mais c’est sans compter que Pèya est une mouride dans l’âme, elle est une fervente talibée de Sérigne Touba, un saint qui a érigé le travail au rang de sacerdoce.
Très jeune, elle était dans le milieu sportif, le basket et l’équipe nationale féminine. C’est le mariage qui l’extirpe de ses godasses. Mais elle reste toujours dans cet univers « comme présidente d’honneur de la ligue de basket-ball », qui du reste, organise justement le tournoi d’une coupe qui porte son nom. C’est dire qu’avec le ballon orange, Pèya Gueye n’est pas encore sortie de la …Case.
Une rose pour un mari : Si ses années sont jalonnées de voyages, jusqu’à la lointain Chine, parcourant les foires pour vendre le savoir-faire made in Mauritanie, « je le dois à mon mari, c’est mon premier partenaire, et un conseiller qui m’a beaucoup aidé», confie-t-elle.
Cet homme de son cœur, pour ceux qui ne le connaissent, c’est Kane Hamidou Baba, docteur en communication, et leader d’un parti politique de l’opposition. Mère au foyer et chef d’entreprise, c’est une arrière-petite-fille de Bourba Djiolof, Alboury NDiaye.
Elle garde de ce passé royal, une candeur et une gentillesse qui ne sont plus d’époque, comme ne l’est plus une certaine générosité qui se ne plaint, ni ne se montre, sinon pour porter la cause des femmes dans une société misogyne. Mme Kane, pour tous ceux qui l’ont connu a vraiment mis son expertise d’assistance sociale pour le compte de son pays, c’est d’ailleurs son combat de tous les jours.
Après une heure d’entretien, une crêpe de tendresse flotte autour de Pèya. La cinquantaine affichée, elle a toujours la délicatesse d’une biche et la présence d’une mère poule pour sa famille, et ses collaborateurs du groupe La Case. On dirait une solide peluche mélancolique, à la voix douce, endormie dans un nuage que crève le silence des mots. Une fois éveillée, ce qui frappe dans cette voix, c’est la précision. Mais d’où vient-elle ? Certainement de son conjoint et journaliste de mari.
ADN
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