01-05-2015 07:00 - Education nationale : Que de contradictions !

Education nationale : Que de contradictions !

Le Calame - Les années se suivent et se ressemblent, pour le secteur de l’Education nationale en Mauritanie. Depuis la dernière réforme d’Avril 1999, tous les Mauritaniens, toutes tendances confondues, sont unanimes à dire que rien ne va. Le fameux Plan décennal, avec son Programme National du Développement du Secteur Educatif (PNDSE), ses stratégies et ses pompeuses directions (éducation, formation, projet et autres) n’ont, finalement, servi qu’à engloutir, dans la plus grande impunité, des milliards d’ouguiyas.

Seize ans plus tard, le secteur marque encore le pas, avec les mêmes problèmes structurels qui avaient motivé la réforme de 1999. La Commission nationale de l’Education nationale, les journées de concertations, pompeusement appelées « Etats Généraux de l’Education et de la Formation » et leurs recommandations n’ont pas servi à grand-chose :

juste des honoraires fantaisistes, à certains ; une grosse maison substantiellement louée, pour plaire à quelqu’un ou quelqu’une ; et des réunions inutiles, pour justifier les liquidations d’un important budget alloué à ce qui n’aura été, finalement, qu’une vaste imposture : celle d’enrichir un microcosme de fonctionnaires, composé de proches du pouvoir ou de retraités dont la plupart sont pour beaucoup, dans la grave léthargie du système éducatif national.

La déclaration de 2015 en Année de l’Enseignement est un aveu, on ne peut plus éloquent, de la totale faillite du système pédagogique national, en tous ses ordres : primaire, secondaire, technique et supérieur. Alors que, paradoxalement, le budget de l’Education nationale a toujours été parmi les plus importants des ministères.

Ses prestations sont loin d’être proportionnelles à l’argent qui lui est annuellement alloué. Le passage de Nebgouha Mint Mohamed Vall ouvrit une brève éclaircie. Mais, depuis le coup d’Etat du 6 Août 2008, le département a renoué avec ses vieilles habitudes parrainées par d’aussi vieux lobbies qui maîtrisent tous les rouages de la malversation, dans un océan de gabegie, sur fond de clientélisme, corruption, copinage et népotisme ambiants.

Entre 2008 et 2015, au moins trois, sinon quatre ministres ont été propulsés à la tête de l’Education nationale. Foncièrement, rien n’a changé. Le système a même poursuivi sa descente aux enfers. Ses problèmes de fond, qu’il est inutile de ressasser, sont restés en l’état. Les nouvelles autorités ont promis de restructurer le tout. Mais, à ce jour, ces promesses sont restées au niveau des déclarations d’intention.

Des projets aussi primaires celui des tables-bancs ont fini en queue-de-poisson, sans que personne ne sache pourquoi ! Les infrastructures scolaires et le matériel didactique laissent encore à désirer, dans beaucoup d’établissements, en ville comme en brousse. L’école de 2015 n’est en rien différente de celle de 1999, une année déclarée particulièrement catastrophique, sur le plan du fond (formation des enseignants), de la forme (infrastructures) et du contenu (curricula et programmes).

La réforme, le plan décennal et toutes ces petites histoires étaient, théoriquement, destinés à faire face à cela. Et voilà que, sur un coup de génie, 2015 est déclarée Année de l’enseignement. Au cours de ses dernières visites dans les deux Hodhs, en Assaba et au Gorgol, le Président a pris sur lui de visiter des établissements scolaires.

Mais, pour une raison que les gens d’Aïoun ne comprennent pas encore, Ould Abdel Aziz n’a visité aucune école fondamentale ni le moindre établissement secondaire de leur ville. A part ces impromptues visites, rien de concret n’a encore été fait, pour cette Année de l’enseignement.

Les directions régionales et les inspections départementales sont toujours dans le même délabrement. Seules quelques-unes, très rares, disposent, par exemple, d’une voiture dont use et abuse le premier responsable, à des fins qui n’ont, souvent, rien à voir avec l’éducation. Les quelques distributions de livres et de matériel de bureau, à certaines structures éducatives de Nouakchott, ne suffisent pas à combler les nombreux déficits de tous ordres.

Les mauvaises pratiques continuent à l’Education nationale, malgré la fameuse Année. Les promotions de complaisance, sur la base du régionalisme, de l’interventionnisme, la corruption, le copinage et autres petites combines continuent à prévaloir, au grand jour, via des réseaux fermement incrustés, depuis des décennies.

Les directions centrales, notamment celle des ressources humaines, continue à vider les établissements du fondamental et du secondaire de leurs instituteurs et professeurs, au profit des autres directions du ministère qui ne servent qu’à « cacher » ceux-là et leur permettre d’aller vaquer à d’autres occupations, tout en continuant à percevoir indûment salaires et compléments.

Cette année 2015 est marquée par un laisser-aller déconcertant. Jamais année scolaire n’a connu autant de recrutements de contractuels (instituteurs et professeurs), au point qu’en certains établissements, leur nombre dépasse, parfois, celui des fonctionnaires titulaires. Une manière, pour le ministère, de dilapider les fonds et, pour les directeurs régionaux, de recruter proches et connaissances. Une notable partie de ces contractuels, seraient, selon des sources proches du ministère, fictifs.

En cette année 2015, l’éducation religieuse ne serait pas prévue au baccalauréat, comme l’atteste le hiatus entre les annonces de son calendrier – quatre jours d’examen (15, 16, 17 et 18 Juin) – et la convocation donnée aux élèves (seulement trois jours). En Mauritanie, l’année scolaire commence en Octobre et finit en Juin.

Mais la fameuse Année de l’enseignement a commencé en Décembre et risque de ne pas finir. Concrètement, elle n’a encore été que manœuvres, démagogie et contradictions. Toutes choses loin de relancer un système éducatif au bout d’un cancer malin en stade terminal.

Ben Abdallah



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Commentaires (6)

  • hoore-fowru (F) 01/05/2015 21:50 X

    Notre société est malade, notre système éducatif est moribond. Alors qu'un système éducatif c'est fait pour former les apprenants selon un archétype et un seul. Pour réduire à un dénominateur commun l'ensemble des citoyens d'un pays afin qu'ils aient les mêmes idéaux, les mêmes référents, les mêmes repères. Nous, nous réussissons le tour de force d'avoir au bout du cursus scolaire plusieurs types de mauritanienns ayant chacun ses poétes, ses philosophes, ses héros, ses sandri, sa sensibilité, sa vision du monde bien à lui. Aller parler, après cela d'unité nationale et du sentiment d'appartenance à la même nation! Notre système éducatif est ségrégationniste, régionaliste, tribal,piètre et improductif, et il prend une toute autre allure dans notre ploutocratie. L'école publique est devenue un véritable ghétto de l'éducation. La majorité des élèves du pays, principalement, dans le primaire s'entassent à même le sol, devant un insti débordé par la marmaille et ayant très souvent la tête ailleurs. L'état démissionne. L'institution va à vau-l'eau. L'école n'est plus, ne sera plus un facteur de démocratisation et d'émancipation sociales pour les classes déshéritées. Ceux qui ont aujourd'hui un capital de pouvoir entendent le léguer à leur progéniture en lui assurant une éducation convenable, ou excellente selon les richesses. C'est ainsi que le nombre d'écoles privées monte en flèche et c'est à qui va inscrire son rejeton dans l'école la plus prestigieuse et lui donner la formation la plus coûteuse que va revenir la palme de prestige. aujourd'hui il y a une grande part de snobisme dans cet élan de nos riches, mais ils comprennent déjà que l'enjeu du pouvoir passe par l'acquisition du savoir. ET L'EGALITE DES CHANCES DANS CETTE GALÈRE? A.HAMPATHE BA

  • hathlele (H) 01/05/2015 16:52 X

    "Jamais année scolaire n’a connu autant de recrutements de contractuels (instituteurs et professeurs), au point qu’en certains établissements, leur nombre dépasse, parfois, celui des fonctionnaires titulaires." C'est la vérité ,puisque au T.Zemmour les contractuels au fondamental sont évalués au 1/3 des instituteurs.Par contre je n'ai aucune information sur le secondaire. Ils sont nombreux eux aussi. C'est une politique qui a l'aval du M.E.N! Sidi Ould Bobba Zouerate

  • lottoundou (H) 01/05/2015 12:31 X

    Quand on parle de contradictions dans un système quel qu’il soit , on doit être au moins logique dans ses idées et objectif avec sa conscience . L’éducation est viciée depuis des décennies par un système de tribalisation , de « Mahadralisation » , qui a arabisé au rabais l’enseignement , banalisé l’excellence et vidé l’éducation de ses missions fondamentales. Comment espérer des résultats positifs ? Dans tous les secteurs c’est pareille. la santé est entre les mains de sortants de l’d’Irak , de Jordanie , de Syrie. Les médecins issus de ces écoles s’accaparent de tout. Avec des cabinets de la mort, des pharmacies de contrefaçons. Si l’éducation est malade à qui la faute. Si la Mauritanie agonise à qui la faute sinon à un système dominé par la complaisance, le mensonge. Il faut voir plus loin ou se taire Mr ..

  • bonguide (H) 01/05/2015 11:27 X

    Qu'ALLÂH t'entende Ben Abdallâh!!!Wallâhi,tu n'as rien inventé!Si on avait laissé Nebghoûha aller jusqu'au bouton ne serait pas là aujourd'hui en terme de nullité!A chaque fois que parle de notre système éducatif,j'éprouve des nausées...Mentir et tricher jusqu'à quand?

  • nemahaidara (F) 01/05/2015 10:55 X

    L'école est toujours l'école d'un régime politique . Autrement dit , on semble l'oublier c'est le politique qui fait le pédagogique . On a beau réunir des séminaires , des états généraux et que sais-je encore , cela ne servira à rien tant que les fondements de cette république ne sont pas revus de fond en comble . Combien de cadres compétents se sont retrouvés largués du fait de ne pas connaitre l'arabe ?Combien ont été bloqués professionnellement ?Et on est sensé être dans une république , c'est à dire une entité qui offre les mêmes droits et exige les mêmes devoirs à ces citoyens!!! A-t- on pensé un jour à consulter les populations sur les différentes réformes ? Au lieu de faire des réformes idéologiques qui impactent dangereusement sur l'avenir du pays . Ouvrons les yeux , regardons le monde !!!On peut rester nous mêmes dans nos diversités et apprendre les sciences , la technique.Le Japon , l'Inde etc... on su le faire ,d'une façon pragmatique , sans dogmatisme ... La crise de l'école est une crise du système politico-idéologique .Tout thérapie qui ne constate pas cela est vouée à l'échec .

  • cccom (H) 01/05/2015 07:53 X

    Notre Ministére des Vacances de l’Enseignement de 2 à 3 mois réels sur 12 sur la base de 700 h/an dépense des dizaines de milliards d’UM chaque année, dans un systéme éducatif qui détruit l’avenir scolaire de 90% ( taux d’admission au Bac)de nos enfants. Dans mon état d'élu et de société civile (SOS Palmiers) qui s'investit depuis plus de 20 ans dans l'enseignement J’ai n fois sollicité et continuerai toujours , à solliciter une audience , la dernière (http://www.cridem.org/C_Info.php?article=670150 )avec son excellence le Président de la République pour lui proposer d’engager le systéme éducatif novateur Oughoul El Ouahatt, intensif ( pouvant aller jusqu’a 6900h à 10.000 h en 3 ans au lieu de 4000 h à 4900 h en 7 ans) gratuit ( pouvant être généralisé sur tout le territoire le 15 juillet 2015 (sans recours aux fonds du Ministéres de l’Education) assurant en 3 ans un taux d’admission au Bac scientifique de 90% (au lieu de 5%) le plus performant du monde (résumant les 4 sytémes forts japonnais, anglo-saxon, cartésien et mahdhari). Un systéme alternatif (parceque le systéme officiel est irrécupérable)et scientifique dont les résultats sont connus, facilement applicables par les Maires, par le CSJ ,par Tadamoun ... à volonté. Allahouma ya hadi Ya Rachid. cheikhany_ouldsidina@yahoo.fr