22-07-2015 08:29 - Volcan du sud : Les misérables « recrutés »
L'Authentique - Depuis sa naissance en tant qu’Etat, la Mauritanie n’a jamais connu de faillite économique, ni cessation de paiement de ses fonctionnaires. A chaque fin du mois, chacun recevait ses droits sans difficultés.
Mais aujourd’hui, qu’est ce qui se passe ? Des dysfonctionnements dans le mode de paiement de certains employés de l’Etat, surtout les contractuels de l’enseignement et les contractuels du Programme EMEL. Un peu partout, cette frange d’agents du secteur public souffre d’énormes retards dans le paiement de leur salaire.
Je suis un retraité, recruté le 8 Novembre 2014 pour continuer à servir mon pays dans un établissement secondaire en qualité de professeur de langue française. Le lieu de mon affectation est situé à 40 Km de mon lieu de résidence et je dois m’y rendre 3 à 4 fois par semaine, sans frais de transport.
Je suis père de famille et j’ai des enfants à charge. Mon calvaire, comme des dizaines d’autres contractuels de l’intérieur du pays, a commencé depuis quelques mois. Mon premier salaire et mon deuxième salaire, je les ai perçus avec d’énormes écarts de payement. Pendant ce temps que faisons-nous, misérables contractuels ? À qui nous adresser ?
Rien que de l’humiliation consommée, une révolte réprimée et l’impression d’être un mendiant qui quémande sa pitance. Où sont les syndicats des travailleurs ? Morts ou compromis, complètement effacés. Les contractuels ne peuvent pas revendiquer leurs droits, ni même faire des grèves, ou des marches de protestation.
Il y a deux sortes de contractuels : les retraités et les diplômés-chômeurs. Ces deux entités ne vont jamais s’entendre pour une action commune puisqu’ils sont tous désarmés et sans moyens de lutte. Ils appartiennent à la horde des nécessiteux et à la frange des pauvres repêchés.
A la moindre incartade, ils se retrouveront virés sans autre forme de procès. La situation des contractuels ressemble à celle des enseignants fonctionnaires de l’état débiteurs auprès des banques .Ils sont devenus esclaves des institutions financières. Ce sont encore des nécessiteux, victimes de leur propre turpitude.
Les contractuels seraient ainsi victimes de leur aplatissement, de leur silence, de leur vulnérabilité qui en fait des âmes sans coquilles.
L’année 2015, les contractuels continueront de vivre la catastrophe.
Seule alternative, travailler, se taire et se contenter de la phrase habituelle « on vous payera vos salaires ». Pareille situation dans l’enseignement en a découragé certains et incite d’autres à l’abandon, car elle tue le patriotisme. Le contractuel maltraité, qu’il soit enseignant ou n’importe qui d’autres, compte parfois, trois à six mois de retard de salaires et doit se déplacer de ses propres moyens et se débrouiller pour nourrir sa famille.
La Mauritanie qui se veut un pays de droit, ne doit pas accepter que ses agents soient maltraités, que des ministères malmènent leur personnel, ce qui aurait des impacts négatifs sur leur rendement. En fait, cette forme d’exploitation frise dans certains cas l’esclavage domestique.
Pourtant, en cette année de l’enseignement, le rôle de l’enseignant doit être valorisé, car il est à la base de la formation des futurs cadres du pays. Il est paradoxal que ceux qui gouvernent aujourd’hui le pays et qui sont quelque part le fruit de ces enseignants les méprisent à ce point.
Jamais vous n’auriez été de grands hommes politiques, des dirigeants, sans nous. Aujourd’hui, nous avons besoin de nos salaires, nous avons besoin de manger, de boire, de nous habiller, de nous soigner. Nous ne sommes pas des mendiants.
De grâce, un peu de respect et de considération. Ne serait-ce que par égard aux nombreuses années que nous avons consenti pour former des générations et des générations de Mauritaniens et pour notre patriotisme. La récompense, ne devrait pas être l’ingratitude.
Hélas, nous constatons que nous sommes traités dans ce pays pour lequel nous avons consenti les meilleures années de notre vie, comme des misérables ; nos droits sont bafoués et on nous paye à compte gouttes. Le constat est amer, presque tous les contractuels subissent la brimade des élus, des hauts fonctionnaires…Tous gardent le silence sur notre lamentable situation.
Mr Cheikh Hmeida retraité
